L'immanquable du mois

2 > 27 FÉVRIER

La Zone d'intérêt

THE ZONE OF INTEREST
FILM BRITANNIQUE DE JONATHAN GLAZER | 2023 | 1H46
AVEC SANDRA HÜLLER, CHRISTIAN FRIEDEL
D'APRÈS UN ROMAN DE MARTIN AMIS
GRAND PRIX, CANNES 2023

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Jonathan Glazer

Au début des années 40, Rudolf Höss, sa femme Hedwig et leurs cinq enfants vivent en Pologne, dans une jolie maison. Il s’agit en fait d’un logement de fonction car Monsieur occupe un poste à responsabilité et il doit nécessairement habiter prés de son lieu de travail. Madame gère le quotidien, entretient le jardin, surveille les domestiques... Le couple reçoit beaucoup. Hedwig est très fière de faire visiter son domaine, elle aime rappeler à ses invités que cet adorable cadre de vie « n’était qu’un champ il y a trois ans ». Quand le temps le permet, ils vont se baigner à la rivière qui coule paisiblement derrière le jardin. Une certaine idée du bonheur. Mais, pour le récompenser de ses bons et loyaux services, les supérieurs de Rudolf projettent de le faire grimper dans la hiérarchie, une promotion difficile à refuser qui est synonyme de déménagement. Hedwig rechigne à quitter ce nid d’amour si propice à l’épanouissement des enfants. Ce serait donc une histoire de couple assez banal si Rudolf n’était pas le commandant du camp d’Auschwitz. De l’autre côté du mur qui borne leur petit paradis, plus d’un million d’hommes, femmes et enfants seront exterminés. La « zone d’intérêt » est un terme utilisé par les SS pour décrire le périmètre de quarante kilomètres carrés autour du camp. Il témoigne de la même logique effroyablement administrative que l’expression « solution finale ». Le Britannique Jonathan Glazer a choisi de reconstruire la propriété des Höss sur les lieux mêmes, à quelques centaines de mètres du sinistre camp devenu musée mémorial. Il a ensuite truffé le décor de caméras pour filmer les comédiens un peu à la façon d’une émission de téléréalité. « J’ai régulièrement utilisé l’expression ‘Big Brother chez les nazis’ » assume le réalisateur de 58 ans, lauréat du Grand prix du Festival de Cannes. « L’idée était d’observer des gens dans leur vie quotidienne. Je voulais capturer le contraste entre quelqu’un qui se verse une tasse de café dans sa cuisine et quelqu’un en train d’être assassiné de l’autre côté du mur (…) La chose qui nous effraie le plus, je crois, est que ces gens pourraient être nous. C’étaient des êtres humains. »

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