Photos de répétitions

DANSE | DÈS 10 ANS

Création 2023

Chorégraphie Ambra Senatore
CCN de Nantes

Coproduction DSN

Jeudi 13 avril
20h | Durée 1h15

Grande Salle
Tarif A

Quelles identités se définissent ou se redéfinissent dans la rencontre ?
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Replongeant dans la série de conversations menées par la chorégraphe pendant deux ans avec des chercheurs, des scientifiques et des habitants, douze danseurs mettent en partage les notions de groupe, de dialogue, de solitude, d’intimité. Ensemble, en micro population mouvante, ils se posent alors des questions de notre temps : qu’est-ce qui fait société ? Et comment accueillir l’autre ?
Dans cette nouvelle création, tout l’art de la composition chorégraphique d’Ambra Senatore réapparaît, avec ce filtre subtil de l’absurdité qui toujours recouvre sa danse. Appuyée par une musique créée sur-mesure par Jonathan Seilman et par une lumière mobile et fugace, la chorégraphe joue des ten-sions, des revirements et des redites pour explorer ce qui nous constitue et agite nos mémoires culturelles et iden-titaires. Bref, ce qui fait vie et lien.

Cinéma | Le Temps qu’il reste
Film franco-israélo-palestinien d’Elia Suleiman | 2009

Pratique artistique
Expérimentez, goûtez et partagez l’univers chorégraphique d’Ambra Senatore.
Sam. 15 avril | Studio

Et je monte le son !
À l’issue de certains spectacles et jusqu’à minuit, prolongez la soirée au bar de DSN en musique !

Chorégraphie Ambra Senatore. Avec Youness Aboulakoul, Pauline Bigot, Pieradolfo Ciulli, Matthieu Coulon Faudemer, Lee Davern, Olimpia Fortuni, Chandra Grangean, Romual Kabore, Alice Lada, Antoine Roux-Briffaud, Marie Rual, Ambra Senatore. Musique originale Jonathan Seilman. Lumière Fausto Bonvini.

© Photo : Bastien Capela

Production : CCN de Nantes. Coprods en cours : Théâtre – SN de Saint- Nazaire, Théâtre de la ville de Paris, KLAP Maiso pour la danse – Marseille, Le lieu unique – SN de Nantes, DSN – Dieppe Scène Nationale.

Site de la compagnie

Pour cette nouvelle pièce, vous aviez envie d’un large groupe, mais aussi d’aborder avec ces onze danseurs une thématique : celle du vivre ensemble, de l’accueil, du rapport entre le groupe et l’individu.
Tout est parti du désir de de parler de société et donc d’avoir beaucoup de danseurs au plateau, comme dans Aringa Rossa (2014), où nous étions neuf. Là, nous sommes douze - onze et moi -, et c’est comme constituer une petite population. Ensuite, et c’est peut-être plus affirmé dans mon travail depuis 2018 et mon projet de Conversations, je souhaitais interroger les questions sociétales avec les collaborateurs et les spectateurs. Nous nous questionnons sur le vivre ensemble – sur les relations entre l’un et le multiple, le rassembler et le séparer. Nous essayons peut-être d’affirmer que c’est possible d’être avec les autres dans le bonheur.

Comment cela se traduit-il dans le travail chorégraphique ?
Je cherche comment, à partir d’une structure formelle, aborder cette question thématique du groupe et de l’individu. Rien n’est encore là de la composition chorégraphique, mais durant les premières semaines de répétition, nous avons travaillé la relation des corps dans l’espace, la question de l’identité… C’est un groupe mixte, et les conversations que nous avons esquissent déjà une dynamique et des interrogations : pour qui et pour quoi on fait de la danse, quel rapport avons-nous à quelles urgences du monde ?

En quoi ce groupe est-il plus mixte que vos précédentes distributions. Et qu’est-ce que cela apporte à cette création ?
Sur les onze danseurs, j’en connaissais déjà certains, avec qui j’avais travaillé, ou des danseurs de Nantes que j’ai côtoyés, d’autres que j’ai connu dans des stages ou des entrainements. J’ai aussi cherché à intégrer, des danseurs aux origines plus diverses que je côtoie pas assez fréquemment dans le monde de la danse contemporaine. Cela permet des échanges très riches, une belle activité mentale. Nous avons fait une première sortie de résidence publique, et les spectateurs ont senti une grande complicité entre eux et nous, une bienveillance globale, mais aussi cette ambivalence entre la force qui irrigue tout collectif, et tout ce que le groupe peut inhiber ou castrer même subtilement, chez chaque individu.

Après les premières semaines de travail, quels sont les choix chorégraphiques, scénographiques qui se profilent déjà ?
Je me rends compte, que, petit à petit, j’en reviens à cette structure du “puzzle”, qui se retrouve dans ma façon de composer mes pièces, c’est plus fort que moi ! Mais cette fois-ci, ce “puzzle” se construit à partir d’une thématique très claire, celle de l’identité, de l’accueil et des relations dans le groupe, alors que avant la ou les thématiques arrivaient plus tard à travers le travail de structure.
Concernant la scénographie, j’ai l’intuition d’un plateau plutôt vide, mais avec des choix de lumière forts. J’imagine, par moments, une lumière portée par un danseur, qui viendrait éclairer précisément des éléments, des actions dansées ou théâtrales. Comme un zoom, ou un oeil de caméra. Cela travaillera l’attention du spectateur, et nous parlera de ce qu’on peut voir, ou ne pas voir, de ce qu’on veut nous montrer ou pas. Ce travail physique de la lumière, et le fait qu’il y ait besoin de deux personnes témoins, pour assister le porteur et tenir le câble, a ouvert des pistes de travail chorégraphique. Quant à la musique, j’ai à nouveau proposé à Jonathan Seilman de la composer, en nous éloignant de ce que nous avons créé ensemble par le passé, en partant aussi de morceaux qui soient comme des réminiscences de pays différents, ou alors des citations plus ou moins repérables, des airs qui nous ont marqués et qui font aussi notre identité.

Et l’ironie, l’humour, qui teintent toutes vos pièces, est-il ici présent ?
Le jeu, l’ironie, ne sont jamais une revendication dans mes pièces, ni une fin en soi, même si, malgré nous ils arrivent toujours assez vite pendant les répétitions. Peutêtre que là, cela arrive beaucoup moins que par le passé. Mais à la sortie de résidence, les spectateurs ont trouvé ça drôle plus de ce que l’on imaginait. Cela vient du timing, de l’absurdité, des connexions inattendues entre les choses. Je sens que ce sont mes propositions formelles qui déterminent ça, plus qu’une volonté de faire rire (mais en même temps, je constate à chaque fois que c’est beau de partager aussi du rire).

Propos recueillis par S. Pichon - mars 2022

« - On part des corps, de l’espace : distance, proximité, regards, dynamiques partagés, traces, compositions collectives construites, quittées, retrouvées après des suspensions, des départs, des retours, des explosions ;
- on cherchera autour des différents états des corps, dans des différents contextes et situations (presque des moments de listes de conditions humaines) ;
- je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de parole, mais je me le dis à chaque fois ;
- il y a aura peut être de la légèreté mais cela n’empêche que je cherche d’aller vers une profondeur de sens ;
- une lumière centrale tourne : on voit ce qu’elle illumine ; à d’autres moments on ne voit rien dans la lumière et on entrevoit ce qui n’est pas en lumière. Changement de situations en séquence rapide et parfois ralentissement sur une situation ;
- musique : très variée ; - je désire que le spectateur.rice se sente appartenir au groupe;
- j’imagine un moment de danse très soutenue et probablement avec de la répétition qui va rentrer comme une vague puissante (j’espère) dans la salle. Les spectateur.rice.s bien que assis.ses, sont projeté.e.s avec nous dans la danse ;
- peut être une entrée du groupe très quotidienne (une marche ?) , mais très lente avec des variations de lumières qui donneraient l’impression de changer d’époque de manière successive ;
- je vois émerger de nos corps et actions des questionnements sur : l’influence sur l’autre, le pouvoir, l’indépendance, le plaisir d’être ensemble, le poids d’être toujours à plusieurs, l’indifférence, la générosité, la liberté de chacun.e qui doit prendre en compte celle de l’autre, le merveilleux, la simplicité. »

Ambra Senatore - novembre 2021

Le jeu des relations humaines
La question du partage et de la rencontre constituent pour moi les éléments essentiels du spectacle vivant. Créer c’est avant tout générer les occasions d’une relation, entre la scène et la salle, entre les collaborateurs d’un même projet. L’humain traverse toutes mes pièces. Je cherche une danse qui rencontre les gens et propose une relation d’humanité, laissant place à la fragilité, au doute, au sens critique, au partage et à l’humour. La présence simple, vivante, directe des danseurs sur scène crée d’emblée une complicité avec la salle, une relation concrète avec le spectateur. Cette relation humaine se prolonge naturellement dans des temps dédiés aux échanges, aux ateliers... Ces temps ont pour moi le même poids et la même importance que ceux de la création et de la représentation.

Une gestuelle emprunte de quotidien
Ma danse s’inspire de la vie ; je pique des gestes simples et des mouvements du quotidien, je les déplace de leur contexte. Les détails puisés dans la réalité - les lieux publics, la rue, les sons, les mouvements des gens dans un bus, les gestes qu’on se passe de génération en génération constituent mon inspiration première. Je ne les transforme pas, mais je les change de place, avec un effet grossissant. J’ai l’impression que cette référence au quotidien amène une proximité avec le spectateur. Ce qui se passe sur scène résonne en lui comme quelque chose de familier où ilpeut déceler un décalage et déplacer son regard.

Des images en mouvement, entre fiction et réalité
Pour autant, je ne pars jamais d’une thématique pour créer une pièce, mais plutôt d’images ou d’envies qui concernent la strucrure de composition. Souvent le moteur d’une création est la nécessité profonde et simple de donner corps à une image qui m’habite. De ce matériau premier, malaxé avec les danseurs dans un état de grande disponibilité, naît, petit à petit, à travers les temps d’improvisation, d’anayses et de réfléxion, une forme plus ample. Mon travail se construit à la frontière entre fiction et réalité, j’aime jouer sur cette limite, qui déjoue parfois les attentes. Je fournis des indices, qui se dévoilent petit à petit, j’accumule des couches, des répétitions, qui vont construire ce que j’appelle une dramaturgie, un sens unitaire qui dépend plus de la composition que d’une thématique. Je demande pour cela aux spectateurs de jouer avec nous, d’avoir un regard actif ; nous collaborons.

Une dimension théâtrale et cinématographique
Il existe donc une dimension théâtrale dans mon travail, mais c’est du corps que tout part. Je fais confiance au mouvement, à la force et la beauté qu’il dégage, qui est de l’ordre de l’indicible. Même si les mots surgissent parfois, je ne suis jamais dans l’explicite. Je souhaite que le spectateur ait sa propre trame interprétative, son propre imaginaire, malgré les indices et traces que je sème. C’est une sorte de puzzle que chacun peut recomposer à sa manière. Sans pour autant désirer une recomposition fermée par chacun. Ma danse tisse un lien fort avec la photographie et le cinéma, la construction du cadre. Tel un cinéaste, je m’emploie à diriger le regard du spectateur, à jouer du montage, à construire l’espace et le temps. Dans toutes mes pièces, j’essaie de situer ma danse à cet endroit ténu entre la construction de l’action, la fiction déclarée par le jeu et dans la répétition, et la vérité de la présence.

Un focus sur nos modes de vie, avec humour et légèreté
Avec toujours l’idée d’un rapport très direct avec le public, l’humour et la légèreté sont là, même si faire sourire n’est pas mon but premier. Cette manière d’explorer le côté drôle des choses fait partie d’une approche de la vie. Je cherche à atteindre une certaine profondeur des choses. C’est comme si, cette légereté était une première couche, une première peau faite de petits détails anodins qui viendraient mettre en lumière certaines vérités parfois plus graves.

Il y a encore beaucoup de bonheur et bien des pistes à parcourir dans ce voyage qu’est la création.

Ambra Senatore
Parcours

Chorégraphe et performeuse italienne originaire de Turin, Ambra Senatore est depuis 2016 directrice du Centre Chorégraphique national de Nantes. Sa danse se trouve à cet endroit ténu entre la construction de l’action, la fiction dans la répétition et la vérité de la présence. Au fondement de toute sa gestuelle se trouve le quotidien « observé à la loupe » qu’elle décale, renverse jusqu’à ce que le geste se fictionnalise, jusqu’à ce que la danse se théâtralise. Adepte des surprises, des cut, et des répétitions, qui rappellent le cinéma Ambra Senatore re-compose le réel à la manière d’un réalisateur. Elle dirige le regard du spectateur, à lui de recomposer ensuite le puzzle de cette matière chorégraphique et des indices qu’elle sème. Cette façon de jongler avec les situations jusqu’à l’absurde fait affleurer une douce ironie.

En Italie, elle se forme auprès d’artistes tels que Roberto Castello, Rafaella Giordano avec qui elle collabore rapidement. En tant qu’interprète on la verra aussi travailler avec Jean-Claude Gallotta, Giorgio Rossi, Georges Lavaudant, ou Antonio Tagliarini. A la fin des années 90, elle crée des pièces en collaboration avec d’autres auteurs puis termine un doctorat sur la danse contemporaine (2004) avant d’enseigner l’histoire de la danse à Milan.

De 2004 et 2009, elle axe ses recherches chorégraphiques sur des soli qu’elle interprète : EDA-solo, Merce, Informazioni Utili, Altro piccolo progetto domestico, Maglie, avant de passer à des pièces de groupe : Passo (2010) en version duo puis quintet, A Posto (2011), trio féminin et John (2012). Avec sa compagnie EDA, qu’elle crée en 2012 à Besançon, elle chorégraphie sa première pièce jeune public à partir du texte de Fabrice Melquiot, Nos amours bêtes (2013), qui sera suivie en 2016 de Quante Storie, projet du dispositif « Au pied de la lettre », qu’elle compose en miroir avec Loïc Touzé. En 2014 elle présente Aringa Rossa, pièce pour neuf danseurs à la Biennale de Lyon faite de portés, de duos, de tableaux recomposés. Après Pièces (2016), elle crée au festival 2017 d’Avignon Scena madre*, spectacle pour sept danseurs où elle joue des codes cinématographiques.

Lorsqu’elle prend la direction du CCN de Nantes en janvier 2016, Ambra Senatore apporte dans ses bagages cette danse proche de l’humain, cette façon d’aller à la rencontre des personnes et des lieux. A Nantes comme ailleurs, elle propose des créations in situ dans les écoles (Petits pas et Pas au tableau) ou dans des lieux de patrimoine et musées (Promenade), imagine des rendez-vous - Primavera, Festival Trajectoires, chorégraphie les intermèdes dansés de l’opéra Cendrillon de Jules Massenet au Théâtre Graslin (Angers Nantes Opéra) et se lance dans des Conversations, dialogue ouvert avec la danse (2019) avec des personnalités et des habitants, pour comprendre comment la danse peut se glisser dans les grands débats de notre société contemporaine.

En 2018, elle co-écrit avec le chorégraphe Marc Lacourt, Giro di pista, bal participatif pour les enfants et les familles puis le duo, Il nous faudrait un secrétaire, 2021. En parallèle, elle crée en 2020, Partita, série de duos pour un danseur et un musicien live et invite l’équipe originelle de sa pièce Passo à s’investir dans Col tempo.