GRANDE SALLE
VENDREDI 11 DÉCEMBRE – 20H
SAMEDI 12 DÉCEMBRE – 20H
Quand le chanteur Stephan Eicher croise la route du metteur en scène François Gremaud, cela aboutit à un spectacle musical doux et drôle, aux accents folk.
Quarante ans de scène, de chansons et de routes, et l’envie, pour une fois, de poser les bagages plus longtemps qu’une soirée. Stephan Eicher arrive avec ses chansons, les mots de Philippe Djian et Martin Suter, son premier synthé acheté en 1980 et une boîte à rythmes poussiéreuse. Seul face au public, il cherche ce moment rare où la voix individuelle se fond dans quelque chose de plus grand, de plus humain.
De et avec Stephan Eicher – Mise en scène et coécriture : François Gremaud – Collaboration artistique : Viviane Pavillon – Scénographie : Christophe de la Harpe – Lumières : Mathias Roche – Son : Félix Lammli et Eliott Schaer – Costume : Aline Courvoisier.
© Photo : Tabea
Coproduction : Théâtre de Carouge, Electric Unicorn Music Productions – Remerciements à Fadila Adli, Jean-Michel Ballu, Reyn Ouwehand – Création le 31 octobre 2024 au Théâtre de Carouge, Carouge (CH).
Le hasard, mon fidèle compagnon, qui connaît toutes les abréviations et inversions mieux que n'importe quel GPS, m'a emmené, lors d’une flânerie de printemps, dans un quartier moins affairiste ; un quartier rêveur, presque villageois, dans cette ville où je me trouvais par hasard.
Le hasard, toujours lui, m’obligea à contourner un tramway accidenté. Et je me retrouvais sur une place où de grands arbres cachaient une récente et élégante bâtisse, couchée comme un animal sauvage, sûr de lui, sans peur.
Le bâtiment portait la mention THÉÂTRE
Au cours de mes 40 années en tant que musicien itinérant, j’ai appris que les théâtres sont de bons endroits pour exercer cet acte à la fois excitant et effrayant qui est de monter sur scène devant un public.
Je sais qu’il a un rideau rouge et lourd qui étouffe la rumeur du monde extérieur et ses actualités sans fin ; qu’il y a un public qui s’est soigneusement préparé pour ce rendez-vous et amène le plus précieux des biens : son attention !
J’aspire depuis longtemps à passer davantage de temps qu’une seule soirée de concert ; à séjourner en travaillant avec l’équipage de l’un de ces grands navires fermement ancrés, au coeur de l’une de ces merveilleuses machines, de ces vaisseaux des rêves.
La porte était ouverte. Les gens étaient accueillants, curieux et attentifs… Et ils m’ont proposé de poser mes bagages, mes chansons, les paroles de mes amis Philippe Djian et Martin Suter, mon premier synthé acheter en 1980, une boite à rythme poussiéreuse, une guitare achetée tout de suite en sortant dans un magasin de musique à deux pas du théâtre…oui, ils existent encore, ils n’ont pas tous disparu comme les magasins de disques. Il y aurait, bien entendu, des histoires à raconter sur ce sujet. Bien des histoires…
Et si tout va bien, comme dans une chorale, la voix individuelle se fondrait dans quelque chose de plus grand, de plus humain. Oui, peut-être que le mot « humain » est plus approprié pour ces moments-là.
J’amènerais mes peurs, mon courage, mes inquiétudes et mes joies, à cette adresse exacte : notre univers, notre galaxie, la Voie Lactée, notre système solaire, la planète Terre, l'Europe – Le Théâtre
Et nous voilà, vous, moi et le hasard
Merci pour votre temps et votre attention
Coeurdialement
Stephan Eicher
Entre les feuilles est un petit recueil de textes proposés par Karelle Ménine, historienne et auteure à propos de Seul en scène de Stephan Eicher
Il rêvait. D’être « un morceau dans une machine plus grande » que lui, de rejoindre le temps d’un partage ce monde du théâtre qu’il imaginait tel qu’il est, lieu foisonnant ; fourmilière où tout se fait ensemble, où la lumière se travaille dans les détails, où la scène se construit en écoute des mots ; maison où la langue est un foyer. Lui, qui dit n’avoir pas de voix en dehors des moments où il chante, qui raconte ce métier, le sien, en disant avant tout qu’il compose des chansons sur les mots des autres, il rêvait d’une aventure sur une scène nouvelle, avec son public fidèle, et un autre, nouveau également, ou peut-être seulement le même, mais différent avec lui. Il voulait s’installer quelque part, pas seulement passer là, chanter, et repartir. Il voulait des journées harassantes, penché sur ses propres questions. « Le Hasard, mon fidèle compagnon, m’a conduit devant ce Théâtre » écrit-il pour raconter cette aventure. Mais le hasard n’existe pas. Non. Ou, pour le dire autrement, le hasard est au service du désir, pas d’autre chose.
Il en est le valet. Ce que le désir réclame, le hasard l’organise. Il a donc découvert au théâtre une part de ce qu’il espérait : le temps y est plus long, et c’est un luxe précieux, rare dans le monde de la musique. Si rare un peu partout. On cherche avec patience, sans décompter les heures, sans avoir peur d’effacer, de recommencer, jusqu’à s’approcher au plus près de ce qui est imaginé. Il rêvait d’une mise en commun de savoir-faire autour d’un même bateau, lorsque tous les artisanes et les artisans s’y attellent, lorsque la mise à l’eau revient à tout le monde. Il a eu envie d’emmener le public dans son passé, pas pour une autobiographie, mais pour partager des histoires depuis une rive singulière.
« C’est comme un tour de chant entouré par de petites anecdotes de mon passé, et des histoires plus graves. »
Il voulait, aussi, une part d’improvisation. Être sur un fil. Il a choisi de s’en remettre à François Gremaud. C’est lui, le metteur en scène. « Il me dirige, je suis à son service. » Il ne devient pour autant pas un comédien. Il se veut personnage, funambule, toujours poète. « Je vais créer sur le moment des musiques improvisées, électroniques, avec un piano sur lequel je joue très mal, mais dont je suis fier car je l’ai moi-même dessiné… » Ce qui le fascine au théâtre, c’est que l’on peut ralentir, murmurer, et puis ne rien dire. Être en silence, comme être en haut d’un col. Face à l’horizon, regarder les chemins filer vers l’infini, regarder devant soi. Ainsi, il a écrit une partition différente, avec une trame, un récit. Avec nous. Nous, avec lui. Il rêvait de s’aventurer un jour sur une scène de théâtre et que le théâtre l’accueille.
Il a voulu pour titre Seul en Scène parce que c’est ainsi qu’il se présente, avec ses instruments, seul sur la scène. « Et si tout va bien, comme dans une chorale, la voix individuelle se fondra dans quelque chose de plus grand, de plus humain. »
Karelle Ménine
Stephan Eicher
Suisse, né à Münchenbuchsee un 17 août, Stephan Eicher est un chanteur, auteur-compositeur et musicien. Artiste polyvalent et pionnier dans son domaine, il est connu pour son style musical qui traverse les frontières entre rock, chanson française, musique électronique et pop. Stephan Eicher découvre la scène avec son premier groupe, les Noise Boys en 1977. Puis deux ans plus tard, il crée avec son jeune frère Martin, Grauzone, groupe techno punk et précurseur de la musique électronique. Le titre Eisbär les fait connaître au grand public et se vend à 500 000 exemplaires en Allemagne et en Suisse
Le triomphe se poursuit avec l’album I tell this night en 1986.
Puis c’est la rencontre avec le romancier Philippe Djian qui écrit les textes en français de Stephan Eicher à partir de l’album My Place en 1989 dont le célèbre tube Déjeuner en paix. Sur scène, Stephan Eicher livre de véritables spectacles mille fois réinventés.
Le premier single, Combien de temps de son troisième album, Silence devient aussi très vite un classique de son répertoire. À partir de cet album, Stephan Eicher décide de s’éloigner un peu de ses ordinateurs pour le plaisir de jouer avec d’autres musiciens pour montrer qu’il y a d’autres choses après.
En octobre 2022 il sort un nouvel album Ode avant de partir en tournée pour partager ses nouveaux titres.
Stephan Eicher continue de se réinventer au fil des décennies, explorant de nouvelles sonorités et approches artistiques, comme ici en se produisant dans un spectacle musical Seul en scène, mis en scène par françois Grémaud.
François Gremaud
Après avoir entamé des études à l’École cantonale d’Arts de Lausanne (ECAL), François Gremaud suit à Bruxelles une formation de metteur en scène à l’Institut National supérieur des arts du spectacle (INSAS). Il fonde en 2005 l’association 2b company, structure avec laquelle il présente deux créations originales qui rencontrent un joli succès public et critique (My Way ; Simone, two, three, four).
En 2009, à partir d’un concept spatio-temporel unique qu’il a imaginé, il présente KKQQ dans le cadre du festival des Urbaines à Lausanne, qui marque le début de sa collaboration avec Tiphanie Bovay-Klameth et Michèle Gurtner.
Produits par la 2b company, ils fondent le collectif Gremaud/Gurtner/Bovay et sous ce nom co-signent entre 2009 et 2015 Récital ; Présentation ; Western dramedies ; Ateliers et — en collaboration avec Lætitia Dosch — Chorale.
Dans le même temps, toujours au sein de la 2b company, François Gremaud poursuit ses activités de metteur en scène et présente Re en 2011 et Conférence de Choses en 2013.
Parallèlement à ses activités au sein de la 2b company, François Gremaud se met au service de divers projets.
En 2009, il met en scène Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux de Noëlle Renaude pour la Cie La Mezza Luna, plus de dix-huit heures de spectacle présentées en dix-huit épisodes.
En 2011, il met en scène Yvette Théraulaz dans son spectacle chanté Comme un vertige.
En 2014, au Festival d’Automne à Paris, il joue sous la direction de la compagnie française Grand Magasin dans Inventer de nouvelles erreurs.
Depuis 2014, avec le collectif Schick/Gremaud/Pavillon, il présente X MINUTES, un projet évolutif inédit : le spectacle, d’une durée initiale de zéro minute, s’augmente de 5 nouvelles minutes — jouées dans la langue du pays d’accueil — à chaque fois qu’il est présenté dans un nouveau lieu.
Entre deux projets théâtraux, François Gremaud compose des chansons minimalistes (Un dimanche de novembre, album écrit, enregistré et diffusé en un jour) ou festives (Gremo & Mirou, une chanson de Noël chaque année depuis 2008) et intervient régulièrement à la Haute École des Arts de la Scène La Manufacture à Lausanne, dans les filières Bachelor (comédiens), Master (metteurs en scène), Formation continue et Recherche & Développement.
François Gremaud est lauréat des Prix Suisses de Théâtre 2019.
En 2022, il est lauréat du Grand prix de la Fondation Vaudoise pour la Culture.