mOts premiers

THÉÂTRE & DANSE | DÈS 2 ANS
Mise en scène Laurance Henry
Compagnie AK Entrepot

Coproduction DSN

Samedi 7 mai 11h
Durée 30 min
Séances scolaires : Jeu. 5 & ven. 6 mai 9h30 | 10h30
Le Drakkar
Tarif D | Réserver

 

Assistant mise en scène et direction technique Erik Mennesson. Interprètes Harrison Mpaya et Jordan Malfoy. Assistante chorégraphique Pauline Maluski. Regard et dialogue philosophique Dominique Paquet. Costumes Sophie Hoarau. Composition musique Sylvain Robine.

Le langage, les langages, le mot.
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mOts premiers réunit deux interprètes, l'un est comédien et l'autre danseur contemporain, venu à la danse par le hip-hop, l'expérience conjuguée du sol, de la rue et des battles. Chacun avec son propre langage, sa pratique et son expérience va tenter de retourner à la parole originelle, de détricoter le savoir pour retrouver l'émerveillement, l'étonnement, la fraîcheur du début. Chacun va tenter de communiquer avec l'autre, de trouver un territoire commun en lâchant ce qui était acquis, comme une joute verbale et physique, un corps à corps : à celui qui trouvera le mot, le geste, le dessin le plus juste selon lui, le premier, en résonance avec son partenaire ou en décalage. Harrison Mpaya et Jordan Malfroy chercheront et proposeront une langue bien à eux, une langue primaire, un langage premier. Dans un décor s'inspirant du pouvoir des toutpetits qui s'affranchissent du réel, qui vivent pleinement le présent et le traversent, l'espace public et l'espace scénique sont conçus en grande proximité. Laurance Henry nous propose un spectacle tout en douceur et en profondeur entre danse et théâtre.

© Photo : Jeanne Paturel.

Coprods : a k entrepôt, DSN - Dieppe Scène Nationale, L'Agora de Billère, Théâtre du Champ Exquis, Scène Conventionnée Art, Enfance, Jeunesse à Blainville sur Orne, Lillico – Festival Marmaille à Rennes, Imaginart, Sabadell, Catalogne Espagne, Communauté d'Agglomération Pays Basque. Soutiens : Centre Paul B de Massy, La Ville Robert de Pordic, Théâtre Lillico Rennes, Très Tôt Théâtre. A k entrepôt est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Bretagne), le Conseil Départemental des Côtes d'Armor et la Ville de Saint Brieuc, et soutenue par la Région Bretagne et Saint Brieuc Armor Agglomération. Laurance Henry est artiste associée du Théâtre du Champ Exquis, Scène Conventionnée Art, Enfance, Jeunesse de Blainville sur Orne (14) depuis septembre 2019.

Site de la compagnie

« Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre comme si j'avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots »

Roland Barthes

Dans « La phénoménologie de la Perception », Merleau Ponty, philosophe, rappelle que le langage et le geste ne font qu'un :
« Pour l'homme, exister c'est parler, c'est-à-dire habiter un monde de gestes.»
« La parole trouve dans le corps une origine, un sol, un horizon.»
« Faire un geste, c'est à la fois reprendre le donné du monde, et en même temps, lui donner une nouvelle expression. C'est faire en sorte que le monde s'organise devant moi, comme s'il était mon corps, comme si les choses devenaient mes gestes, et mes gestes des choses. »

Il évoque également l'importance de retrouver la parole originaire, la pureté des premières paroles, de partir à la recherche de la parole à sa source : celle de l'enfant, de l'écrivain ou du philosophe :
« Nous perdons conscience du lien fort dans l'expression et dans la communication, soit chez l'enfant qui apprend à parler, soit chez l'écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence.
Notre vue sur l'homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous ne décrirons pas le geste qui rompt ce silence. »

Il note que le langage dévoile lui-même ses secrets à l'enfant quand celui-ci vient au monde et ce parce que le corps, la parole, le geste et le langage sont indissociables.
« C'est parce que le langage est d'abord un être gestuel que je peux apprendre à parler pour la première fois: en vivant la situation par le sens immanent qu'elle laisse exister. Parce que la parole est un comportement, la première parole peut commencer pour l'enfant : il apprend à parler, non parce qu'il reconnaît un concept, mais parce qu'il discerne, par le geste, que la signification est à l'œuvre dans le corps.
L'enfant apprend le langage par son existence charnelle. »
Dans une récente rencontre, Thierry Paquot, philosophe, s'interroge sur la langue, ce premier espace que doit « habiter » un enfant pour construire sa relation à l'autre et au monde :
« Je suis persuadé que l'on n'habite pas seulement un lieu, on habite aussi une langue. Parce qu'une langue est un lieu. L'être humain est un être de parole, un être relationnel avant d'être un être "situationnel". Il doit d'abord en premier lieu, dans l'enfance, développer une capacité à dire ce qu'il ressent. On ne peut habiter un univers que si l'on sait nommer ce qui le constitue ».

Habiter une langue acquise à l'origine par le corps, retrouver le silence primordial sous le bruit des paroles ; seront au cœur de « mOts premiers ».

« Ce que cache mon langage mon corps le dit »

Roland Barthes

Langage : Capacité, observée chez tous les hommes, d'exprimer leur pensée et de communiquer au moyen d'un système de signes vocaux, gestuels, corporels, graphiques
(la langue).
Qu'est-ce qui se dit dans le premier mot énoncé, celui du tout petit, celui qui ouvre la pensée, celui qui débute la phrase ?
Comment cela se formule, s'articule, se pose, se déplace ? A quel moment cela advient et comment ?
De quel MOT, parlons nous ? De quelle phrase ? Comment et quand le corps entre en jeu ?
Qu'est-ce qui se dit entre les mots ?
Qu'est-ce qui se joue quand cela nous parvient ?
Que comprenons-nous, que saisissons-nous, que veut-il nous dire ? Pourquoi cela échappe et en même temps construit ?
Quelle est la place du vide dans le langage, entre les mots ? Le silence est-il langage ?
Le langage du corps fait-il mot ? quel est l'usage du mot dans le mouvement ? Mouvement/mot construisent-ils un langage, lequel ?
Le mot prend forme chez le plus petit à travers le son et forme très vite pour lui, une musique. Il désigne UN/UNE et devient ensuite jeu. Le mot construit l'enfant. Grâce à lui, à travers lui, il peut saisir le monde. Il se construit des paysages, il élabore des concepts, il s'oppose, se singularise, il devient lui.
Il se crée une langue fluide, unique et parfois étrangère aux yeux des autres. Un mouvement adaptable qui franchit les lignes et frontières.

« Il y a … un objet culturel qui va jouer un rôle essentiel dans la perception d'autrui : c'est le langage. Dans l'expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun… »

Merleau-Ponty

« mOts Premiers » réunira deux interprètes, deux hommes : le premier Harrison Mpaya est comédien , le second : Jordan Malfoy est danseur contemporain, il est venu à la danse par le hip-hop, l'expérience conjuguée du sol, de la rue, des battles.
Chacun a donc déjà son propre langage, ses langages, sa pratique et son expérience.
Dans « mOts premiers », en référence à Merleau-Ponty, chacun va tenter de retourner à la parole originaire, de détricoter le savoir pour retrouver l'émerveillement, l'étonnement, la fraîcheur du début. Chacun va tenter de communiquer avec l'autre, de trouver un territoire commun en lâchant ce qui était acquis. Par où commencer ?
Il s'agira d'une joute verbale (de quel verbe s'agit-il ?), d'un corps à corps (de quel corps s'agit-il ?).
A celui qui trouvera le mot, le geste, le dessin le plus juste selon lui, le premier en possible résonance avec son partenaire ou, afin de créer une friction, un décalage.
L'oralité, le corps, la ligne du dessin seront les langages en pratique, des langages à inventer pour retrouver la parole à sa source : comment est-ce possible sans être dans le mimétisme du tout-petit ?

Donner naissance et forme à un champ lexical poétique qui désigne tout autant qu'il crée, c'est ici tout le pouvoir du tout-petit qui s'affranchit du réel, qui vit pleinement le présent, qui le traverse et qui construit son propre langage, énonce ces premiers mots.
Dans un espace scénographique où espace publique et espace scénique sont conçus dans une grande proximité, Tiebeu Marc-Henry et Jordan chercheront et proposeront une langue bien à eux, une langue primaire, un langage premier.

RÉSIDENCES DE RECHERCHE AUPRÈS DES PUBLICS À CONSTRUIRE AVEC DES PARTENAIRES

« Beaucoup plus qu'un moyen, le langage est quelque chose comme un être »

Merleau-Ponty

A l'image du cycle les Traversées, Laurance Henry souhaite pour « mOts premiers » construire des temps de recherches auprès de publics concernés :
la petite enfance : structures petite enfance, crèches et maternelles.
Il s'agit, sur différents territoires, d'aller à la rencontre des plus petits, de se poser auprès d'eux, de partager dans le corps, une pratique plastique, corporelle et le mot. Chaque résidence marque une nouvelle étape dans le processus de création, chaque résidence se différencie de la précédente de par le contexte mais aussi de l'évolution de nos échanges et de l'endroit où nous sommes parvenues.
Chaque résidence s'inscrit dans une continuité, dans un espace-temps long mais nécessaire afin d'enrichir la rencontre. Nous ne validons rien dans ces rencontres, nous ne cherchons pas à démontrer, à prouver, à tester. Nos matériaux de réflexions sont bruts et s'élaborent dans la rencontre. Nous cheminons ensemble.
Cela signifie de la part des partenaires culturels, des médiateurs mais également des partenaires sociaux, scolaires un véritable engagement, une confiance, une curiosité à partager nos silences, nos latences, nos fulgurances, l'abstraction du processus.
Il ne se produit rien de quantifiable ou de nommable durant ces échanges. Ce sont pour l'équipe de création de petites pièces de puzzle qui jouent ensemble, qui s'imbriquent ou pas, qui infirment ou confirment des intuitions.
Cela permet d'éviter tout fantasme ou projection de notre part, de s'inscrire dans du réel sans jamais oublier le poétique de la démarche et celui de la création à venir.
Ces résidences de création en dehors des plateaux de théâtre s'écrivent en amont de la création. Ils alimentent dans un second temps, l'écriture dramaturgique puis le travail de répétition, ce temps durant lequel nous nous retirons. Vient ensuite ce temps de partage sur scène, de transmission à l'équipe de création durant lequel nous établissons ce qui nous semble être la structure de la pièce. Puis la découverte par les publics rencontrés de la création, de l'aboutissement de la pensée.

« L'individu n'est pas la somme de ses impressions générales, Il est la somme de ses impressions singulières »

Démarche

Laurance Henry – Metteure en scène :

« J’arpente les territoires de l’enfance depuis plusieurs années.
Chercher les résonances de nos gestes fondamentaux.
Retrouver l’axe, le noyau qui nous constitue.
Revenir aux strates premières; aux premières sensations, revenir à cet endroit de l’enfance où tout bascule.
Interroger la chair de notre mémoire: peurs, émotions, indicible, invisible…
Arpenter, à travers la pensée, le corps, le langage; cette mémoire pour la questionner.
Je m’appuie sur les mots, la lumière, la matière, les sons qui constituent un corpus, un langage: le mien. Ces signes forment du sens, ils interrogent en creux et chacun doit pouvoir y puiser du sensible. Formes abstraites, épurées, loin de toute narration/ explication/ didactisme… pour ouvrir sans chemin préétabli.

Si mon regard d’artiste n’est ni sociétal, ni sociologique, ni politique; il est totalement imbriqué à « notre moi », à « nos mille morceaux » qui cohabitent en nous, aux émotions qui nous traversent de façon fulgurante ou pérenne, à ces fils intimes qui s’enchevêtrent pour former une pelote, à ce fil que je tire pour trouver le bout, aux paysages sensibles qui nous construisent sur lesquels ni mot, ni image ne sont posés. »

Historique

Créée en 1998 à Strasbourg, la compagnie est dirigée par un binôme, Laurance Henry et Erik Mennesson.

Laurance Henry, scénographe, plasticienne et metteur en scène, formée aux Beaux Arts de Rennes et aux Arts Décoratifs de Strasbourg.
Erik Mennesson, éclairagiste et assistant metteur en scène, ingénieur de formation, a travaillé pour d'autres compagnies avant la création d'a k entrepôt.

La compagnie est installée à Saint-Brieuc en Bretagne depuis 2004.