Les Étoiles

THÉÂTRE | DÈS 14 ANS
Mise en scène Simon Falguières
Compagnie le K

Coproduction DSN

Jeudi 9 décembre 20h
Durée 2h10
Grande Salle
Tarif A | Réserver

 

Distribution Avec John Arnold, Agnès Sourdillon, Mathilde Charbonneaux, Charlie Fabert, Pia Lagrange, Stanislas Perrin. Scénographie Emmanuel Clolus. Création Lumières Léandre Gans. Création Sonore Valentin Portron. Création Costumes Lucile Charvet. Assistanat à la création costume Léa Bordin Stagiaires costumes Margaux Legay et Lena Stockburger. Création Accessoires Alice Delarue. Assistanat à la mise en scène Edouard Eftimakis. Réalisation film Emmanuel Falguières. Régisseuse générale Clémentine Bollée. Régie lumière Léandre Gans. Régie plateau Loïc Guyon / Nicolas Gérard. Dispositif sonore Celsian Langlois.

« À quoi bon des poètes en des temps de détresse » Hölderlin
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Ezra vit avec ses parents, Zocha et Pierre, et son oncle Jean dans un petit village où toutes les maisons sont les mêmes. Un jour, Zocha meurt. Toute la famille prépare alors les funérailles et il revient à Ezra d'écrire l'éloge funèbre de sa mère. Mais dévasté par le chagrin, le jeune poète perd ses mots et l'oraison funèbre devient un grand silence. Alors que le chagrin du ciel recouvre le village, il s'enferme dans sa chambre et commence un voyage immobile, métaphysique. Il part dans la nuit du monde pour retrouver les mots dans les étoiles. Sans qu'il le sache, de l'autre côté du mur de sa chambre, tous ses proches toucheront aux petits bonheurs simples de la vie tandis que lui traversera les épreuves des affres poétiques et passera à côté de la vie pratique. Après Nid de Cendres accueilli en 2019, Simon Falguières revient à DSN avec un conte familial, un conte sur l'acte de création, un conte initiatique qui mêle, sur plusieurs temporalités, mélodrame, comédie, farce, oratorio, épopée… dans une écriture de l'intime où tout est affaire de résonance.

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« Le trajet philosophique du personnage principal est présenté avec autant d'humour que de poésie. Simon Falguières se permet même l'audace de quelques excursions méta narratives. La pièce est un véritable moment d'évasion portée par des comédiens formidables dans leurs multiples rôles. » Toutelaculture

ATELIER DÉCOUVERTE
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Entre lecture et jeu, Simon Falguières vous invite à la découverte de la corporalité des acteurs et de la présence au plateau !
➔ Mer. 8 décembre | 18h30 | Studio dès 14 ans | + d'infos

© Photo : Simon Grosselin.

Production : Compagnie le K. Coprods : Le Théâtre National de la Colline | Le Théâtre du Nord CDN de Lille – Tourcoing – Hauts de France | Le Tangram – Scène Nationale d'Evreux Louviers | Le CDN de Normandie–Rouen | Le Trident – Scène Nationale de Cherbourg | Le Préau – Centre Dramatique National de Vire | DSN – Dieppe Scène Nationale. Projet soutenu par : La DRAC Normandie – Ministère de la culture | La DGCA | La Région Normandie Le Département de l'Eure | Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National | Le texte des Etoiles est lauréat de l'Aide à la création de textes dramatiques – ARTCENA | ODIA, Ce spectacle est automatiquement éligible au dispositif inter-régional Avis de tournée pour le saison 20–21 et 21–22. Edition du texte : Actes Sud Papiers (sortie nationale 4 novembre 2020).

Site de la compagnie

Comme toutes les histoires, Les Étoiles commence par la mort de la mère.

Ezra, un jeune poète, vit avec son père et sa mère dans une maison de crépis, dans un village où toutes les maisons sont les mêmes. L'Oncle Jean vit aussi avec eux. L'Oncle Jean est le frère de Zocha, la mère d'Ezra. C'est l'idiot du village. Tous les matins, il peint des figures sur du bois avec de la gouache et du charbon, qu'il nomme « Madame le soleil » ou « Monsieur la mer » ou « Madame la guerre » ou « Madame la poésie »...

Un jour Zocha, la mère d'Ezra meurt. Tout le monde se met au travail. L'oncle Jean construit le cercueil. Le père, jardinier, plante des jonquilles et des pivoines autour du trou dans le jardin. Ezra doit écrire l'éloge funèbre. Le jour de l'enterrement le jeune poète perd ses mots, et l'oraison funèbre devient un grand silence.

Sarah, une voisine qui aime Ezra, lui offre un oiseau noir. L'oiseau ne chante pas le jour, ne chante pas quand la nuit est noire. L'oiseau ne chante que sous le ciel étoilé. Ezra décide de quitter tous ses proches. Il part dans la nuit du monde pour retrouver les mots dans les étoiles.

LA GENÈSE

A la création du Nid de Cendres - épopée théâtrale, spectacle fleuve, fruit d'une aventure de troupe de cinq ans, Wajdi Mouawad me proposa la possibilité d'une prochaine création au sein du Théâtre National de la Colline. « Penser le geste suivant... » Je me devais de requestionner ma place de créateur : comment attiser à nouveau la nécessité de création ? Quelle place, quel constat poétique, devais-je adopter face à ce monde ? Un constat de désoeuvrement ou un constat d'espoir ?

« A quoi bon des poètes en des temps de détresses » dit Holderlin.

Je décidai alors de me plonger à nouveau dans un conte. Un conte familial et un conte sur l'acte de création lui même. Les étoiles est une pièce baroque par sa construction et par sa forme. Un tissage qui mêle plusieurs codes théâtraux - le drame familial, le mélodrame, la comédie, la farce, l'oratorio, l'épopée – plusieurs mondes poétiques et plusieurs temporalités. Une perle irrégulière. Une écriture où tout est affaire de résonance, pour six acteurs jouant treize personnages.

PIÈCE BAROQUE

Les deux pièces et la diffraction du temps.

L'idée de départ est simple, un jeune poète perd les mots le jour de l'enterrement de sa mère et s'enferme dans sa chambre, dévasté par son chagrin. A l'extérieur, il se met à pleuvoir. Le chagrin du ciel recouvre le village qui devient un lac. Les cimes des maisons ressemblent à des îles à la surface de l'eau.

Dans sa chambre, allongé sur son lit sans bouger, Ezra fait un voyage immobile, métaphysique, jusqu'à la retrouvaille de ses mots, au coeur d'une nuit étoilée, nuit primitive. Ainsi la pièce est un perpétuel aller retour entre deux mondes. Le monde de la chambre et du voyage poétique d'Ezra, le monde de la maison et de la vie quotidienne d'une famille endeuillée.

Ces deux mondes cohabitent d'un côté et de l'autre d'une porte. Ils cohabitent sans se voir, sans se comprendre. Ils se rentrent dedans sans s'en rendre compte. Ils dansent l'un avec l'autre sans le savoir. Ils se tissent l'un à l'autre. Les Étoiles est une diffraction du temps. Face à l'obstacle de la mort de Zocha, le temps se diffracte. Les temporalités se démultiplient, se choquent, se rencontrent. L'enfant Ezra croise l'adulte Ezra. L'adulte Ezra croise Zocha, sa mère, quand elle est une enfant. Le père vieillard croise la femme qu'il a aimé quand elle était encore jeune et belle. L'amante d'Ezra, Sarah, prend le visage de Zocha etc... Ce magma, ce mélange du temps, des situations intimes et des situations rêvées permet à Ezra de retrouver le fil originel, de retrouver le sens de sa vie.

Nous ressentons parfois cette sensation intime, proche du songe : marcher au bord de la nuit, accompagné par notre double enfant - partir en voyage vers le masque de notre vieillesse - reconnaître dans une jeune femme, la femme aimée et disparue.

Un monde de figures et de marionnettes.

La pièce est peuplée d'hommes, de femmes et de figures. D'une scène à l'autre nous passons d'un univers Tchekhovien épuré et simple, à la maison de l'oncle juif dans Fanny et Alexandre de Bergman. Un monde fourmillant et merveilleux. Un grenier, endroit d'une théâtralité archaïque faite d'objets magiques.

L'oncle Jean qui peint des figures de bois dans une forme d'art brut, en est le premier magicien. Ce sont ses figures de gouache et de charbon qui accompagneront notre héros Ezra dans son voyage jusqu'aux étoiles.

L'enfant Ezra lui aussi fait des marionnettes, confectionnées en bave et en papier.

Des dieux mythologiques inventés qui prennent corps pour accompagner leur créateur dans ce voyage à la recherche des mots. Ce monde de prosopopées graphiques est notre première ligne de travail pour penser l'espace. Un espace nu, fourmillant d'accessoires, d'objets, où les acteurs viendront créer avec peu de choses le miracle de l'illusion.
Les six acteurs, manipulateurs, danseurs, artisans interprètent une quinzaine de personnages, font apparaître les lieux dans une ronde effrénée où chaque détail nous rappelle au tout de la fable.

La vie poétique et la vie matérielle.

Les étoiles est aussi une pièce sur l'acte de création. Face à la douleur du deuil, Ezra s'enferme pour vivre une vie poétique et passe à côté de la vie pratique. Sans qu'il le sache, de l'autre côté du mur de sa chambre, le temps avance, son enfant naît, son père vieillit, son oncle découvre l'amour. Tous ses proches toucheront aux petits bonheurs simples de la vie matérielle tandis que lui traversera les épreuves des affres poétiques. Quand il sort de sa chambre à la fin de la pièce, vingt cinq ans sont passés. Il a cinquante deux ans. Il a vécu une aventure de l'esprit mais sans goûter au véritable bonheur. Sa vie aura été étrangère au reste de la société des hommes.

Simon Falguières, Septembre 2019

SCÈNE ENTRE ZOCHA ET SON ENFANT EZRA.
ZOCHA : Ezra mon chéri je t'en prie, tu n'aurais pas joué avec mes allumettes ? Je ne les trouve plus. Je ne peux plus remettre la main dessus. Lâche tes marionnettes et trouve mes allumettes.
EZRA ENFANT : Laisse moi jouer, maman !
ZOCHA : Ezra !
EZRA ENFANT : Je ne sais pas où elles sont ...
ZOCHA : Comment ça tu ne sais pas ! Tu me réponds sans réfléchir. Tu me réponds par dessus l'épaule. Ezra, écoute ta mère ! Je ne suis pas une chienne tout de même. Je n'ai pas le droit à plus d'attention que tes poupées ? Qu'est ce qu'elles ont de si spéciales ces poupées ? Elles ne t'ont pas mis au monde que je sache. A quoi joues-tu ?
EZRA ENFANT : Je joue aux indiens !
ZOCHA : Aux indiens ?
EZRA ENFANT : Les dieux mythologiques des indiens d'Amériques !
ZOCHA : Pauvres dieux, finir sa carrière dans les mains d'un enfant. Parlent-ils ?
EZRA ENFANT : Oui, ils se querellent pour de l'amour et ils font du mal aux hommes et c'est très amusant.
ZOCHA : ... Elle trouve ses allumettes. Ah ! Mes allumettes ! Elle s'allume une cigarette. Oh mon dieu quel bonheur... Fumer dans la chambre d'un enfant en bas âge... Tout près de lui, à ses côtés et tout ça dans un théâtre qui plus est... Fumons ! Fumons ! Foutons le feu au papier ! Faisons nous du mal.
EZRA ENFANT : Elle s'appelle Kowagountata Papo !
ZOCHA : Qui c'est ça ? Kowagountata Papo ?
EZRA ENFANT : C'est une déesse ! La même que Poséïdon ! La déesse de la mer mais chez les indiens !
ZOCHA : Mais c'est un homme Poséidon, mon chéri... Avec une grosse barbe et un gros trident d'homme.
EZRA ENFANT : Ce n'est pas ce qu'a dit tonton Jean.
ZOCHA : Tonton Jean invente beaucoup de choses pour s'arranger, tu sais. Je pense qu'il doit confondre Mer et Mère, tu vois... Il pense que la Mer et la Mère c'est pareil. Alors il ne peut pas imaginer que la mer est un Dieu homme avec un gros trident d'homme ! Montre moi à quoi elle ressemble Ta Poséïdon des indes.
EZRA ENFANT : Kowagountata Papo !
ZOCHA : Kowagoutata Papo ! C'est toi qui a inventé le nom ?
EZRA ENFANT : Oui !
ZOCHA : Ils ont de drôles de têtes tes dieux...
EZRA ENFANT : C'est moi qui les ai fabriqués ! C'est du papier et de la bave. Rien d'autre !
ZOCHA : Charmant !
EZRA ENFANT : Tu ne trouves pas ça beau ?
ZOCHA : C'est magnifique mon amour. Allez ! Maintenant il est venu le temps...
EZRA ENFANT : Non !
ZOCHA : De se coucher !
EZRA ENFANT : Pourquoi ?
ZOCHA : Parce que c'est ainsi que Zeus l'a décidé ! Pour qu'il puisse rejoindre sa belle amante Kowagountata Papo sur terre, il faut que tous les hommes dorment !
EZRA ENFANT : Tu mens.
ZOCHA : Au lit !
EZRA ENFANT : Je peux prendre les dieux avec moi ?
ZOCHA : Bien sûr.
EZRA ENFANT : Porte moi maman...
ZOCHA : D'accord, mais petit passage par la salle de bain pour les dents.
EZRA ENFANT : Je veux pas me brosser les dents.
ZOCHA : Si tu ne te brosse pas les dents, tu auras des caries et c'est très douloureux.
EZRA ENFANT : Je veux avoir des trous dans les dents. Je ne veux pas me laver. Je veux être sale et libre. Et je ne veux pas me coucher !
ZOCHA : Mais tu veux être bien coiffé tous les matins pour aller à l'école !
EZRA ENFANT : Oui !
ZOCHA : Des cheveux bien sales et bien coiffés...
EZRA ENFANT : Oui !
ZOCHA : A la salle de bain...
EZRA ENFANT : Maman ?
ZOCHA : Oui ?
EZRA ENFANT : Je ne veux pas dormir. J'ai peur.
ZOCHA : Comme tout le monde.
EZRA ENFANT : Qu'est ce qu'il y a de l'autre côté, quand on dort ?
ZOCHA : Quand on dort, de l'autre côté, il y a tout...
EZRA ENFANT : Tout ?
ZOCHA : Absolument tout ! Zocha disparaît dans le lointain. Pendant qu'elle continue de parler, on installe le décor de l'enterrement.
ZOCHA : Le déluge et les grandes tempêtes, et l'eau calme dans l'attente de la terre retrouvée. Toutes tes peines. Toutes tes joies. Toutes mes peines aussi... Toutes mes joies et celles de ton père, et celles de l'oncle Jean. Tes camarades avec leur peines et leurs joies aussi comme toutes dépliées devant toi. Les pissenlits de la cour de récréation. Les histoires des dieux. Les dieux eux même, si nombreux qu'ils sont. Les gendarmes. Les coquelicots. Le bruit des travaux. Toutes les voitures, tous les écrans, tous les présidents, tous les visages. Ton chien qui court. Le chocolat froid et le soleil du matin. Le mont aux oliviers où tu n'es jamais allé. La haute mer et l'ours polaire. Les cellules bien sûr. Les fleurs bien sûr. Le vol des abeilles en traces d'infini, et celui, très bas des hirondelles le soir, comme office de présages. Les baisers que l'on se donne d'un coup d'oeil à travers un grillage dans un pays lointain. Tous les textes immémoriaux. Les écritures en dessins, les écritures en bâtons, les écritures de gauche à droite, de droite à gauche, de haut en bas, de bas en haut. Les cartes postales. Toutes les cartes postales. Les grains de sable. La première coccinelle. Les fenêtres illuminées de la grande ville quand il fait nuit. Et les étoiles bien sûr et leurs peines. Et leurs peines et leurs joies.

APPRARITION DES DIEUX MYTHOLOGIQUE DANS LA CHAMBRE D'EZRA.
La chambre d'Ezra. Ezra est allongé dans son lit. On entend la pluie derrière le carreau. On entend des petits coups au carreau. L'oiseau noir est à ses côtés. Le chien dort au pied du lit. Tous les objets de la chambre se meuvent dans une danse très lente. Ezra remue dans le lit, il bouge et pousse de légers cris. Entrent deux personnages maquillés grossièrement. Ils sont habillés de multiples couches de tissus et de papiers.

KOWAGOUNTATA PAPO : Tuiles rouges ! Troisième maison à l'allée au cerisiers. Petite fenêtre à laquelle une âme perdue lance quelques graviers. Pluie abondante. Araignées multiples dans la lumière de la lune. Lit mélancolique. Cris de grues. Chants de hannetons. Animaux psychopompes. Plafond blanc à fissures. Moquette bleu, couleur d'un ciel perdu. Odeur de mort. Pieds plats. Drap crasseux. Mauvais sommeil. Mon cher Dionysos, je crois que nous sommes arrivés !
DIONYSOS : Poséïdon...
KOWAGOUNTATA PAPO : Non Dionysos, appelle moi Kowagountata Papo ! Combien de fois faut il que je te le répète ? Tu sais que je préfère !
DIONYSOS : Les lubies orientales, trop peu pour moi !
KOWAGOUNTATA PAPO : Regarde comme il dort.
DIONYSOS : J'ai mal aux pieds.
KOWAGOUNTATA PAPO : Tais toi !
DIONYSOS : Je ne suis pas tranquille ! Je ne suis pas dans mon univers, c'est gênant... Nous faire arriver ainsi... Habillés comme des clochards, dans la chambre d'un petit déprimé en plein dans un drame familial... Notre métier a bien changé.
KOWAGOUNTATA PAPO : Il va se réveiller !
DIONYSOS : Je me souviens avant... On jouait dans des récits de notre rang. Aujourd'hui, nous voilà invités, je ne sais même pas par qui, à faire les mariolles sous un toit de fausses étoiles électriques, loin des arbres, loin du ciel, loin du sang des animaux sacrés. La beauté a perdu sa stature.
KOWAGOUNTATA PAPO : Estime toi déjà heureux d'être là !
DIONYSOS : Quel est cette langue que je parle ?
KOWAGOUNTATA PAPO : Du français !
DIONYSOS : Quelle horreur ! Bubububu … C'est plat ! C'est plat plat plat.
KOWAGOUNTATA PAPO : C'est la langue d'Ezra.
DIONYSOS : Où sont les longues et les brèves ? Où sont les grenouilles ?
KOWAGOUNTATA PAPO : Mettez lui des grenouilles ! Chants de grenouilles.
DIONYSOS : Ca sonne faux ! Que je suis malheureux ! Où sont passés les vrais voyages Kowagountata Papo ?
KOWAGOUNTATA PAPO : Nous sommes justement là pour changer d'air ! Partir sur un radeau tressé de rêve ! Nous allons éprouver Dionysos ! Nous sommes à la porte du voyage !
DIONYSOS : Éprouver ! Éprouver ! Éprouver ! Mille ans que tu me dis que je vais éprouver et que je n'éprouve plus rien...
KOWAGOUNTATA PAPO : Menteur !
DIONYSOS : Nous sommes perdus. La poussière et les têtes blanches ont rempli les assemblées. Le théâtre ! Tout le monde en fait et plus personne n'y croit.
KOWAGOUNTATA PAPO : Réactionnaire !
DIONYSOS : Je ne suis pas passéiste, je suis mort ! Qui nous invite à dîner ? Où est passé le goût des figues ? Où est passé mon vieux tambour et le chien qui aboie à chaque vers ? La petite colline de l'âge d'or où les hommes et les femmes jouaient nus pour des sourires d'enfant ? Le chant des aèdes ? Les violences et le sang de la bonne guerre d'avant ? Où sont elles passées les bonnes vieilles guerres ? Plus personne ne nous connaît...
KOWAGOUNTATA PAPO : Dépressif !
DIONYSOS : Donnez moi des choses de votre temps : du Xanax ! Du Valium ! Des anxiolitiques ! Du Viagra ! Des opiacés ! Que je vous comprenne, mes pauvres petits sujets... Faites que ça passe ! Montrez moi des séries avec de la glace à la crème, j'ai mal... J'ai mal...
KOWAGOUNTATA PAPO : Arrête de te plaindre ou je te fesse !
DIONYSOS : Oh oui ! Voilà … Fesse moi devant les yeux de tous.
KOWAGOUNTATA PAPO : Maintenant ?
DIONYSOS : S'il te plaît ! Que je retrouve un peu de la superbe d'antan...
KOWAGOUNTATA PAPO : Alors vite... Une fessée pas plus !
DIONYSOS : Deux ou trois qu'est ce que ça change ?
KOWAGOUNTATA PAPO : Va pour trois !
DIONYSOS : Oh Bonheur ! Dieu, délivrez nous de nos stériles angoisses

Né en 1988, Simon Falguières découvre très jeune le théâtre à «l'Ecole de la Forme » de la Scène Nationale Evreux-Louviers. Il entre au lycée Senghor en classe théâtre où il écrit déjà et met en scène trois créations : Triptyque autour de Cocteau (2004), La Marche (2006), Lenz adapté de Buchner (2007). Arrivé à Paris, il entre au conservatoire du XVIIIème arrondissement et sera l'un des membres fondateurs du Collectif du K. Il crée Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare en 2009 et travaille à cette occasion avec André Markowicz et Françoise Morvan, traducteurs de la pièce.

En mai 2011, il reçoit le prix d'encouragement de l'aide à la création de textes dramatiques du CNT pour sa pièce La Marche des enfants et met en scène La Nef des fous, lors du festival Premiers Pas au Théâtre du Soleil.

En 2014, il entre à la Classe Libre du Cours Florent pour poursuivre son travail de comédien et lance la création de La Marche des enfants qu'il tourne en Normandie. Il crée parallèlement de nombreux spectacles burlesques, Bureau, Chez soi, Rob, Un Diner anglais, qu'il tourne régulièrement avec sa troupe.

En 2017, il prend la direction artistique de la compagnie rebaptisée Le K. Implanté en Normandie, dans le département de l'Eure, il écrit et met en scène son premier spectacle jeune public, Poucet. Il est coproduit sur cette création par Le Tangram - Scène Nationale d'Evreux Louviers et le Théâtre du Château d'Eu, scène conventionnée texte et voix où il sera artiste associé pendant trois ans. Poucet est édité en Mars 2020 à l'Ecole des Loisirs.
Il crée en Janvier 2019 Le Nid de Cendres – épopée Théâtrale au Théâtre du Nord CDN de Lille Tourcoing Hauts de France. Cette pièce tourne ensuite à la Rose des Vents et dans les théâtres coproducteurs du Réseau PAN en Normandie.

Entre 2017 et 2019 il crée sept épisodes d'un journal intime théâtral intitulé Le Journal d'un autre qu'il joue seul en scène.

Il créera sa prochaine pièce Les Étoiles, au Théâtre National de la Colline en Novembre 2020. La pièce sera éditée à Actes Sud Papiers en Octobre 2020.

Aujourd'hui, Simon Falguières est artiste associé au Théâtre du Nord CDN de Lille Tourcoing Hauts de France et au Préau CDN de Vire.

LE K
Autrefois collectif pluridisciplinaire, c'est aujourd'hui sous le nom de cette lettre énigmatique – l'une des plus anciennes – que la compagnie théâtrale LE K, dirigée par Simon Falguières et créée en 2011, continue son chemin.

UNE LETTRE
La lettre K est une lettre archaïque qui – semble-t-il – devait représenter, au début de l'écriture, la paume de la main. Aujourd'hui, il se dégage de cette lettre une impression d'inconnu. Les auteurs du XXème siècle comme Kafka ou Buzzati l'utilisait pour nommer les « sans noms ».

UNE EQUIPE
Le K réunit aujourd'hui une équipe dirigeante de quatre personnes. Simon Falguières – directeur artitistique, Martin Kergourlay – Administrateur, Juliette Didtsch – responsable des actions culturelles et Léandre Gans – directeur technique. Autour de cette équipe, vingt-quatre comédiens participent aux dernières créations, ainsi qu'une équipe artistique et technique.

CRÉATION ET DIFFUSION
LES ETOILES, création à venir en Novembre 2020 au Théâtre National de la Colline.
LE NID DE CENDRES, créé en janvier 2019 au Théâtre du Nord-CDN de Lille Tourcoing.
POUCET premier spectacle jeune public de la compagnie créé en février 2018 sur le département de l'Eure et en tournée à travers la France.
A MON FRERE spectacle diffusé dans les établissements scolaires à l'attention des classes de 3ème et de lycées

SOUTIENS
La compagnie Le K est conventionnée DRAC Normandie et Région Normandie. La compagnie est soutenue par la DRAC Normandie, la Région Normandie, le Département de l'Eure et l'ODIA. Simon Falguières est artiste associé au Théâtre du Nord et artiste associé au Préau CDN de Vire.

« Cette pièce scintillante, accessible et exaltée, mêle les genres avec subtilité. C'est du théâtre, c'est un conte bien sûr et c'est aussi un peu du cinéma, à travers un clin d'œil à Bergman qui apparaît à Ezra comme une sorte de magicien, capable de transformer une plage en salle de cinéma... Avec Les Etoiles, Simon Falguières montre aussi, à travers l'enfance, le pouvoir de l'imagination et ses dangers. Car prendre refuge dans un monde imaginaire pour récuser la souffrance et la confrontation au réel fait prendre l'effroyable risque de ne pas vivre sa vie. » Transfuge

« L'univers de Simon Falguieres interroge les choix de vie à l'aune de la vie artistique et de la vie simple, matérielle, en chacun de ses personnages. Délicatesse, pudeur, finesse, justesse, beauté, drame, étrangeté, cocasserie, folie. Tout. Tout y est, On s'esclaffe, on s'émotionne, on frissonne, on s'envole. Dans cette épopée initiatique et échappée poétique a l'image des « Douze Travaux » d'Hercule ou d'un conte de fée initiatique » Apartés

« Naviguant en permanence entre rêve et réalité, Simon Falguières insuffle à son texte, paru en décembre chez Acte Sud, une délicatesse onirique qui effleure nos cordes sensibles. Passant en revue les sentiments humains, ceux qui réchauffent les âmes perdues, isolées, abandonnées, il invite à une parenthèse enchantée où la mélancolie se conjugue joliment, intensément, avec l'euphorie de la vie. Éclairant le chemin comateux d'Ezra vers la lumière, deux divinités, l'une onirique, l'autre plus prosaïque, plus clownesque (impayable Mathilde Charbonneaux), font de l'épopée irréelle du jeune homme un voyage savoureux et poétique en utopie. (…) Entremêlant humour et poésie, Simon Falguières propose non une pièce de théâtre, mais bien une épique balade dans un ailleurs plein de fantasmes et de songes. Penseur, rêveur, il laisse transparaître un peu de lui-même en filigrane dans chaque mot, chaque image. » L'œil d'Olivier