Spectacle annulé
En application des mesures gouvernementales de reconfinement face à la propagation de la COVID 19, DSN-Dieppe Scène Nationale sera fermée au public à partir de vendredi 30 octobre et ce jusqu'au mardi 1er décembre 2020. Toutes les représentations de spectacles programmées sur cette période sont annulées. Merci de vous rapprocher de la billetterie pour le remboursement de vos billets.

Jeu. 12 novembre

Durée 1h15

Grande Salle
Tarif A

L'Homme à tête de chou

DANSE | DÈS 14 ANS
Chorégraphie Jean-Claude Gallotta

Gallotta, Gainsbourg et Bashung réunis pour un opéra rock !
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À la façon des films noirs américains, l'histoire est construite en un long flash-back. Mi-homme, mi-légume, « l'Homme à tête de chou » revit l'histoire tragique de son amour fatal pour Marilou, qui l'aura conduit à la folie et au crime. Sur un plateau nu, Jean-Claude Gallotta met en scène cette histoire en différents tableaux chorégraphiques, interprétés par une troupe de douze danseurs. Les chansons de Serge Gainsbourg sont chantées sur bande par Alain Bashung avec de nouvelles orchestrations. Le spectacle raconte aussi une autre histoire, belle de compagnonnages et de complicités artistiques, de Bashung avec Gainsbourg, de Gallotta avec Bashung, qui aura résisté aux forces (à la farce) de la mort. Une danse, violente et bourrée d'amour, douloureuse parfois, sex-symboliquement pas très correcte, et qui marche au seul carburant qui vaille : le désir ; des mots de Gainsbourg, joueurs, virtuoses, érotisés ; une musique originelle augmentée de clavecins, congas, guitares, trompette, violons et violoncelles, nourrie de Ravel comme de Steve Reich, des Doors comme de Debussy ; une voix, enfin, celle de Bashung, chaude, profonde, poignante, voire déchirante, si présente. Un hommage à la vie flamboyant et noir, tragique et enivrant.

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« La chorégraphie se nourrit directement des audaces musicales de Gainsbourg… Jean-Claude Gallotta décline cette palette rythmique avec son vocabulaire chorégraphique personnel, élans vigoureux, bras amples et chassés effrénés. Il se régale d'effets de groupe et offre de très belles variations intimistes… Un spectacle à l'énergie rayonnante. » La Croix

CINÉMA : Gainsbourg, vie cinématographique
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Une série de films de, sur ou avec Gainsbourg : Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar, Le Pacha de Georges Lautner, Jane B. par Agnès V. de Agnès Varda…
➔ 10 > 15 novembre

Paroles et musiques originales Serge Gainsbourg. Version enregistrée* pour ce spectacle par Alain Bashung. Orchestrations, musiques additionnelles, coréalisation Denis Clavaizolle. Assistante à la chorégraphie Mathilde Altaraz. Dramaturgie Claude-Henri Buffard. Mixage et coréalisation Jean Lamoot. Costumes Marion Mercier assistée d'Anne Jonathan et de Jacques Schiotto. Lumières Dominique Zappe assistée de Benjamin Croizy. Avec Axelle André, Naïs Arlaud, Paul Upali Gouëllo, Ibrahim Guétissi, Georgia Ives, Bernardita Moya Alcalde, Fuxi Li, Lilou Niang, Clara Protar, Jérémy Silvetti, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger. * Musiciens Denis Clavaizolle (claviers, orgues, pianos, programmations, guitares électriques, basses, violas), Frédérique Havet (guitare acoustique), Pierre-Valérie Lobé et Mamadou Koné dit Prince (percussions), Erik Truffaz (trompettes), Aurélie Chenille (violons), Guillaume Bongiraud (violoncelles), Morgane Imbeaud (choeurs), Yann Clavaizolle (batteries).

© photo : Guy Delahaye

Site de la compagnie

Il y a dix ans, Alain Bashung devait être sur scène, avec ses musiciens, aux côtés de mes danseurs pour la création chorégraphique de l'Homme à tête de chou à partir de l'album de Serge Gainsbourg. Si la maladie a empêché Alain Bashung d'être présent aux répétitions, elle lui a laissé le temps d'enregistrer l'album. Pour « se tester » disait-il, pour « voir s'il était capable de chanter du Gainsbourg ». Jusqu'au bout, il a souhaité que le projet se fasse. De son lit d'hôpital, il travaillait encore à réunir les meilleurs musiciens. Puis l'aventure humaine s'est arrêtée là. L'aventure artistique s'est poursuivie. Bashung, absent, nous a accompagnés dans une longue et belle tournée, son souffle guidant chacun de nos gestes.

On connait mon attachement à la notion de répertoire chorégraphique, de transmission et de reprise afin que les oeuvres scéniques éphémères continuent à travailler le temps et à être travaillées par lui. Reprendre l'Homme à tête de chou en avril 2019 au Printemps de Bourges s'inscrit dans cette démarche, augmentée de l'émotion due à l'histoire particulière de ce spectacle.

L'Homme à tête de chou devient ainsi le troisième volet de mon triptyque sur le rock après My Rock et My Ladies Rock, par lequel je clos ma recherche sur les émois musicaux de mon adolescence et sur les musiciens qui ont formé ma sensibilité artistique.

À la création, en 2009, l'Homme à tête de chou a été perçu comme un objet singulier, parce qu'il tentait de « tremper » la danse contemporaine dans l'univers de la chanson. Ce que Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond-Point, a bien compris en nous invitant alors à présenter la pièce dans un théâtre qui n'avait encore jamais reçu de spectacle de danse, en nous réinvitant cette saison.

Aujourd'hui, la pièce n'est évidemment ni tout à fait la même ni tout a fait une autre. Qu'est-elle alors ? Une pièce neuve, en ceci que c'est le vivant, la vibration du vivant (celle des danseurs, en grande partie différents de ceux de la création) qui lui donnera son caractère. Que le chorégraphe le veuille ou non, qu'il ait la volonté ou non de la modifier, c'est la pièce elle-même qui proposera ses propres vibrations, un peu les mêmes, un peu autres. Une chorégraphie « pousse » comme une plante, dans la droite ligne de ce qu'elle était, ou non, avec des rameaux nouveaux, nombreux. Ou non.

En répétition, naitront évidemment des désirs nouveaux, des envies de lumières, de costumes, d'images ; à ce sujet, nous interrogerons la pièce, elle saura nous répondre.

Aujourd'hui, je me livre à une écoute : ce que nous disent encore Serge Gainsbourg et Alain Bashung en 2019, ces « icônes iconoclastes » dont on constate chaque jour qu'il est décidément difficile de vivre sans.

Jean-Claude Gallotta – avril 2018

Une danse, violente et bourrée d'amour, douloureuse parfois, sex-symboliquement pas très correcte, et qui marche au seul carburant qui vaille : le désir ; des mots, de Gainsbourg, joueurs, virtuoses, érotisés, voire lubriques, dont chaque syllabe pénètre délicieusement oreilles et sens ; une musique originelle augmentée de clavecins, congas, guitares, trompette, violons et violoncelles, nourrie de Ravel comme de Steve Reich, des Doors comme de Debussy ; une voix, enfin, celle de Bashung, chaude, profonde, poignante, voire déchirante, si présente.

Dans la lumière d'une nuit de lune narquoise, forcément bleu pétrole, l'Homme à tête de chou ne raconte pas seulement la vie tumultueuse de la petite garce Marilou, insaisissable shampouineuse qu'un homme « aveuglé par sa beauté païenne » fera disparaître sous la mousse. Le spectacle raconte aussi une autre histoire, belle, de compagnonnages et de complicités artistiques, de Bashung avec Gainsbourg, de Gallotta avec Bashung, qui aura résisté aux forces (à la farce) de la mort. Et sur scène, c'est dit sans barouf. Des corps sans décor hormis le fauteuil à roulettes que l'absent Bashung n'occupera plus. Besoin de rien d'autre. De rien d'autre que des diagonales vertigineuses, des courses frénétiques, des pas glissés, une gestuelle ample des bras, la puissance et la dextérité des mouvements d'ensemble. « C'est beau à tomber, écrit le journaliste Patrice Demailly. Danseurs sublimes, sidérants, affolants, dotés d'une énergie dévastatrice ».

En douze tableaux, les douze interprètes, comme on distille un parfum, rendent un hommage flamboyant et noir, tragique et enivrant à la vie. Désespérés et insolents,
inconsolables et fringants, Serge Gainsbourg et Alain Bashung offrent chaque soir en cadeau, sur la scène, « leur absence en héritage ».

Claude-Henri Buffard – avril 2010

ENTRETIEN AVEC JEAN-CLAUDE GALLOTTA

En 2009, vous créez L'Homme à tête de chou, quelques mois après la mort de Bashung, à qui vous aviez demandé de reprendre la partition de Gainsbourg… Aviez-vous pu suivre son travail de « re-création » ?
En 2006, Bashung, venu donner un concert à la MC2 : Grenoble, voulait que je chorégraphie pendant son concert. Ça n'avait pas pu se faire. Aussi quand le producteur Jean-Marc Ghanassia est venu me voir avec le projet de L'Homme à tête de chou, j'ai aussitôt pensé à Bashung qui a accepté avec plaisir. On a commencé à travailler avec lui, sur la mise en scène, sur son jeu de scène possible, sur le positionnement des musiciens, etc. Il a eu l'idée alors d'enregistrer une maquette de l'album avec Denis Clavaizolle, pour voir s'il était capable de chanter du Gainsbourg. Ce qu'on ne savait pas, c'est que cette maquette allait rester l'unique enregistrement. C'est celle-là qu'on entend aujourd'hui dans le spectacle. Puis on s'est revu tous les trois, on a imaginé le tempo, la longueur des musiques additionnelles, et Bashung a choisi les musiciens. Quelques semaines ont passé, et je n'ai plus eu de nouvelles de lui, je m'inquiétais, en réalité il commençait à être malade. Il m'a appelé pour me le dire, qu'il ne serait donc pas sur scène avec nous, mais qu'il fallait que je continue. Il y tenait. L'Homme à tête de chou serait son dernier spectacle, il le savait.

Dix ans plus tard, le spectacle a connu un succès considérable, il est devenu « culte », comment l'avezvous vu évoluer, changer, en dix ans ?
De la première version, nous avons gardé deux éléments « intouchables » : d'abord la bande-son, avec la voix profonde et fragile de Bashung, et les merveilleux arrangements dansants de Denis Clavaizolle. Ensuite, le plateau de scène nu et noir qu'en 2009 Bashung avait validé. Quant à l'évolution du spectacle, elle passe d'abord par les danseurs… Ce ne sont plus les mêmes. Seuls quatre d'entre eux étaient présents en 2009. Et puis, assez naturellement, le regard que je porte sur la chorégraphie a changé en dix ans, sans même que je le veuille. Alors, j'ai opéré quelques retouches : un solo qui s'augmente d'une danse de groupe, l'essoufflement d'un danseur dont je fais une petite séquence, des variations dans les costumes, une couleur plus chaude sur une séquence qui l'est tout autant…

Ce spectacle a-t-il marqué un tournant dans votre manière de travailler, de chorégraphier ?
D'approcher la danse ? Oui et non. Non, parce que j'ai travaillé comme d'habitude, dans le silence, même si cela peut paraître étonnant pour ce spectacle. Et oui, parce que la musique et le texte prennent une telle place, ils forment un tel continuum que, pour une fois, j'ai aimé jouer avec la narration, ou disons que je l'ai rejointe de temps en temps.

Vous souvenez-vous des raisons qui vous ont poussé à chorégraphier l'oeuvre de Gainsbourg ? Etait-ce l'histoire elle-même ? Est-ce la partition musicale qui vous inspirait ? Ou cette histoire d'amour et de désir, de jalousie et de mort ?
L'Homme à tête de chou est un des rares disques que j'avais pu m'acheter à sa sortie en 1976. Gainsbourg inventait là un concept en liant toutes les chansons d'un album entre elles pour raconter une seule et même histoire. Il inventait aussi une forme d'écriture où se mêlaient poétique et sexe, allusions érudites et argot. Pour le jeune homme que j'étais, c'était révolutionnaire, j'étais fasciné par cette nouveauté, ces audaces. Aussi, quand trente ans après, j'ai pu mettre en scène et chorégraphier cette oeuvre, ça a été pour moi comme un accomplissement.

PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE NOTTE

Après un séjour à New York à la fin des années 70 où il rencontre Merce Cunningham et découvre l'univers de la post-modern Dance (Yvonne Rainer, Lucinda Childs, Trisha Brown,...), Jean-Claude Gallotta fonde en 1979 à Grenoble – avec Mathilde Altaraz – le Groupe Émile Dubois qui devient en 1984 l'un des premiers Centres chorégraphiques nationaux, inséré dans la Maison de la culture de Grenoble, dont il sera également le directeur de 1986 à 1988.

Ulysse,1981, lui ouvre les portes de la reconnaissance internationale, jusqu'à Shizuoka où il dirige une compagnie japonaise de 1997 à 1999.

Suivront notamment Daphnis é Chloé (1982,) Hommage à Yves P.(1983), Mammame (1985), Docteur Labus (1988), Presque Don Quichotte (1999), Nosferatu (à l'Opéra de Paris, 2001).

Attaché à ouvrir grand les portes de la danse contemporaine, il propose une série de pièces sur et avec « les Gens » ; dont 99 duos (2002), Trois Générations (2004), Des Gens qui dansent (2007), Racheter la mort des gestes - chroniques chorégraphiques (Théâtre de la Ville, 2012), où il mêle danseurs professionnels et personnes de tous âges, de toutes corpulences, de toutes histoires.

Puis son répertoire de plus de quatre-vingts chorégraphies s'enrichit au fil des années par le croisement de la danse avec les autres arts : le cinéma (il a lui-même réalisé deux longs-métrages), la video, la littérature, la musique classique.

Son Sacre et ses révolutions, en 2015, est présenté à la Philharmonie de Paris ; en 2016, il crée Volver avec la chanteuse Olivia Ruiz, à la Biennale de la danse de Lyon ; il travaille également autour des figures du rock avec le triptyque My Rock (2004), l'Homme à tête de chou (2009), My Ladies Rock (2017).

En 2016, le Groupe Émile Dubois redevient une compagnie indépendante et reste hébergé à la MC2 : Grenoble. Jean-Claude Gallotta est également auteur associé au Théâtre du Rond-Point à Paris.

En septembre 2018, il présente Comme un trio, d'après Bonjour Tristesse de Françoise Sagan. L'Homme à tête de chou est recréé au Printemps de Bourges 2019.

Il prépare pour la rentrée 2020 une nouvelle création, intitulée le Jour se rêve, avec le musicien Rodolphe Burger et la plasticienne Dominique-Gonzalez Foerster.

« En douze tableaux, Jean-Claude Gallotta ne surligne pas mais suggère. Gallotta porte en lui une douleur, symbolisée par ce fauteuil à roulettes vide, point de convergence des danseurs. Bashung aurait du l'occuper. L'Homme à tête de chou est l'accomplissement d'une promesse, d'un dialogue qui se perpétue avec l'absent. Et le timbre chaud de Bashung coule dans le récitatif avec aisance et respect. Plus tard sa voix de crooner country décolle et déchire sur Ma Lou Marilou.» Le Monde

« Gallotta et ses danseurs ont depuis toujours l'art d'être aériens, légers et gais dans le désastre, de faire que les corps en mouvement, course et élévation perpétuelles apportent une joie d'être et de vie quand même. Ils sont quatorze en jeans et chemise, parfois torse nu ou soutien-gorge de dentelle noire, à figurer à tour de rôle les héros du drame sanglant, à aimer l'amour et le sexe jusqu'à en mourir. Si le show est bref, on en sort exsangue. La trinité Gallotta, Gainsbourg, Bashung nous a promenés, entre les corps et les voix, violence et douceur, dans les abîmes du désir et de la jalousie. Et les silhouettes tous gabarits des danseurs fraternels s'évanouissent comme en glissant dans l'ombre de l'obsession et du souvenir. » Télérama

« Indissociables, les deux mises en abyme du son et des corps recomposent l'Homme à tête de chou dans une poésie inédite. » Les Inrockuptibles

« Sept danseuses, sept Marilou et sept danseurs, sept « homme à tête de chou », se livrent à une danse endiablée. Sorte de « vertige de l'amour » destructeur sur fond de désir et de violence, rythmé par la voix de Bashung. Avec les mots de Gainsbourg. » Le Parisien

« Jean-Claude Gallotta oeuvre dans le suggestif, puis dans l'incarnation lascive des jeux érotiques des amants : le passage illustrant l'orgiaque reprise de Variations sur Marilou nous fait littéralement découvrir le chorégraphe sous un nouveau jour, passionné, sensuel, ludique dans sa façon de gérer les interactions entre les danseurs… La fluidité de l'ensemble ne laisse aucun moment de répit au spectateur happé par la cohérence d'un spectacle à voir et à revoir pour en saisir toutes les résonances. » Le Petit Bulletin

« Gallotta délivre une danse qui, l'air de rien, joue sur les codes de la comédie musicale. Il y a bien une narration, des personnages et une danse qui s'appuie sur les rythmes de la partition. Mais Gallotta met tout cela à sa manière. Ses armes se sont les suggestions et les images claires. » Le Figaro