Spectacle annulé
DSN - Dieppe Scène Nationale est fermée au public en application des mesures gouvernementales. Nous sommes contraints d'annuler la représentation de ce spectacle.

Jeu. 22 avril

Durée 2h

Grande salle
Tarif A

Une histoire POP

THÉÂTRE | DÈS 14 ANS
D'après Howard Zinn
Mise en scène Marie Filippi, Cie L'Ouvrier du Drame

Coproduction DSN

Un plongeon au coeur des États-Unis populaires et combatifs… de 1492 à nos jours.
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Nous avions reçu la compagnie pour deux créations clownesques (Vous êtes ici et Restes d'Opérette).
Avec ce nouveau spectacle, L'Ouvrier du Drame propose la première adaptation théâtrale française d'Une histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. Cet essai historique nous plonge au coeur des États-Unis populaires et combatifs de 1492 à nos jours. Ce livre a fait date dans sa manière d'aborder l'histoire.
Au fil de quatre épisodes, quatre scénaristes, Linda, Rachel, Gino et Lauren sont mis au défi d'écrire leur prochain film d'après ce bestseller de Howard Zinn. Face à l'immensité de la tâche et à l'ampleur de l'histoire des États-Unis, ils et elles imaginent leur film idéal. Que choisir et que dire ? Comment se mettre d'accord sur l'histoire ? Et par où commencer ?
Depuis 1492 et jusqu'à aujourd'hui, l'histoire européenne est profondément liée à celle des États-Unis. Et dans l'élan collectif du spectacle, nous nous regardons, européens, dans un miroir déformant en décelant notre propre colonialisme, impérialisme et capitalisme outrancier. Nous avons tous un rapport à cette nation, qu'il soit réel ou fantasmé. Marie Filippi nous propose ici un regard intime, politique et interrogateur.

ATELIER DÉCOUVERTE
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Expérimentez la fable théâtrale avec Marie Filippi et Marjorie Efther pour transmettre le point de vue que défend un auteur.
Mar. 20 avril | 18h30 | Studio | dès 14 ans annulé
Infos & résa

CINÉMA
Howard Zinn, une histoire populaire américaine
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Le documentaire de Daniel Mermet (2015) constituera une excellente introduction au spectacle de l'Ouvrier du Drame.
Dim. 18 avril annulé

Avec Sarah Calver, Marjorie Efther, Laurent Robert, David Scattolin. Conseils dramaturgiques Sandrine Roche. Création musicale et sonore Etienne Fauquet. Création lumière et régie générale Caroline Carliez. Costumes Carine Goron. Garde-fou politique Damien Scali.
Production L'Ouvrier du Drame. Coproduction DSN - Dieppe Scène Nationale, L'arc – scène nationale Le Creusot, La Maison Folie Wazemmes de Lille. Soutien DRAC Hauts-de-France, Région Hauts-de-France, Ville de Lille, l'ADAMI, Le Grand Sud (Lille), Festival Prise Directe. Accueil en résidence Le Prato – Pôle National des Arts du Cirque, La Maison Folie Beaulieu – Ville de Lomme, TANDEM Scène Nationale, DSN - Dieppe Scène Nationale, La Maison Folie Wazemmes. Remerciements Myla Zinn, les Éditions Agone, Compagnie Théâtre du prisme dans le cadre du compagnonnage, L'Opéra de Lille, Compagnie Les Bourgeois de Kiev. Spectacle labellisé par la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.

© photo : DR

Site de la compagnie

Tant que les lapins n'auront pas d'historiens,
L'histoire sera racontée par les chasseurs.
Les chasseurs racontent des histoires de victoire, Des histoires de guerre.
Qu'hélas il faut bien faire
Pour défendre les faibles et les victimes.
Les chasseurs ne font que leur devoir, au nom du peuple, Au nom de la démocratie, au nom de la patrie,
Au nom de Dieu, au nom de la civilisation,
Contre les rouges, contre les jaunes, contre les bruns. Mais l'histoire que préfèrent raconter les chasseurs, C'est pas d'histoire du tout.
A part pour le numéro de leur carte bancaire, Les lapins n'ont pas besoin de mémoire.
En écrivant Une Histoire Populaire des États-Unis Howard Zinn a pris le parti des lapins
Le parti de ceux qui sont à l'autre bout du fusil Les Indiens devant les conquérants
Les esclaves qui fuient dans les marais
Les ouvrières pâles dans les usines de textile Les déserteurs, les militants, les résistants ... Car les lapins ne s'enfuient pas toujours
Il arrive même qu'ils profitent du sommeil des chasseurs Et qu'ils leurs volent leurs fusils
Et qu'ils les fassent reculer jusqu'au bord de la falaise Et même au-delà ...

Daniel Mermet

Mon père est né en 1953 à Washington D. C. Il avait huit ans lorsqu'il a vu à la télévision les débats entre Kennedy et Nixon pour la Présidentielle américaine. Plus tard, une femme jamaïcaine hébergée par sa famille lui racontait sa vie et sa lutte pour obtenir des papiers en règle sur le territoire étasunien. Il se souvient des débats d'une nation cernée par la lutte des droits civiques. C'est au coeur de l'Amérique des années soixante qu'il a vu naître sa conscience politique, son désir de se rapprocher de ceux qui combattent pour une égalité de droits. Depuis, il a continué à suivre avec ferveur comment les Américains luttaient, de l'autre côté de l'Atlantique. Mais il a préféré consacrer sa vie à militer à Paris où je suis née.

Enfant, j'ai toujours entendu parler avec éclat des manifestations en chantier dans les rues, des souvenirs des réunions publiques à Paris ou ailleurs des années 60 et 70, de la force des luttes de 1936, de la révolution française comme une fierté populaire. La réalité des combats sociaux en France me paraissait limpide car j'étais dès petite plongée au coeur de cette action. Mais celle des États-Unis me semblait floue et indicible. Au-delà des souvenirs juvéniles de mon père, de la puissance américaine, de son hégémonie culturelle et grandiose, du rêve américain, je ne voyais rien.

En 2001, nous avons tous découvert avec horreur les attentats du World Trade Center. Deux ans plus tôt, j'avais entendu avec ma famille, au bas des tours jumelles, un immense concert de gospel. Le souvenir se réduisait en cendre. J'ai vu mon père ému puis violemment choqué, quelques jours plus tard, par la déclaration de guerre de Bush contre l'Afghanistan. J'ai perçu que mon père ne se reconnaissait plus en cette nation. Il y a trois ans, Donald Trump a été élu Président des États-Unis. Mon père et moi avions suivi à distance toute la nuit les résultats. Les chiffres, qui grimpaient peu à peu, laissaient présager le pire. Encore en 2016, le destin politique et social de ce pays n'avait pas cessé de le tourmenter.

En lisant Une Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn, j'ai découvert que mon père ne fantasmait pas un monde politisé américain, mais qu'il existait bel et bien. Lire la parole de Howard Zinn m'a replongée dans cet état de joie, lorsque ma famille était rassemblée autour du poste de télévision pour un débat politique ou une soirée électorale. Je voyais les deux hommes – souvent c'était des hommes – reprendre les verbes, reconduire les adjectifs, les détourner, les retourner, redéfinir les mots de l'autre, les chiffres de l'autre, se couper la parole, passer l'un par-dessus l'autre, ne plus savoir de quoi il s'agissait, et le journaliste empêtré dans sa coiffure qui tentait de reprendre la chose en main. C'était un dialogue improvisé, un combat verbal. J'avais envie d'être l'un d'eux. Le tempérament de l'écriture de Howard Zinn, son ironie parfois tragique, son argumentation ciselée m'ont redonné le goût de cette agitation intellectuelle et l'envie de la transformer en un acte théâtral.

Avec ce spectacle, je souhaite redécouvrir l'Amérique et nous comprendre nous-mêmes, européens. L'Histoire de cette nation a démarré au travers de valeurs et failles européennes – espagnole, française, anglaise : la propriété, l'inégalité sociale, sexuelle et raciale, l'asservissement. En 1492, certains Européens ont pris possession d'une prétendue « terre neuve » et ont appliqué sauvagement et sommairement les règles qui étaient les leurs. Ils ont créé une nation nouvelle, et ont pris soin de se convaincre que tout y serait possible : l'accomplissement d'une vie prospère, de soi-même pour soi-même et par soi-même. Ils ont inventé le mythe du « rêve américain ». Sous cette effigie, les nouveaux Américains ont-ils cru en un nouveau monde, une nouvelle répartition des richesses, un nouveau système politique, une nouvelle liberté ? Ou à la quintessence de l'individualisme ? En 500 ans d'histoire populaire étasunienne, nous sommes témoins d'une idéologie européenne qui migre et explose dans ses mille failles. Nous voyons aussi la force des combats des femmes et des hommes qui ont su réagir au sein d'une nouvelle société où la révolte est souvent ignorée et occultée par l'intouchable image de l'American dream.

Je veux raconter en public cette histoire des États-Unis en France pour découvrir avec juste distance comment toute histoire se construit et se manipule. Dans l'élan collectif du spectacle, nous nous regardons, européens, dans un miroir déformant en décelant notre propre colonialisme, impérialisme et capitalisme outrancier. Enfermés dans un système semblable, nous n'oublierons pas de nous remémorer nos luttes et combats pacifiques, égalitaires, violents, féministes, ouvriers. Exactement comme le rire est un phénomène collectif, la prise de conscience des évènements et des mensonges liés à l'Histoire prend une ampleur décisive dès lors qu'elle est vécue en communauté.

Comme un conte qui commencerait par une expérience scientifique « quelques Européens débarquent sur une côte inconnue, laissons-les agir et observons », je souhaite raconter cette histoire du point de vue du chercheur critique et combatif qu'était Howard Zinn.

Mon histoire c'est aussi notre histoire : nous avons tous un rapport aux États-Unis, qu'il soit réel, fantasmé, culturel, imagé, touristique, idéologique. Le mien est à la fois intime, politique et interrogateur.

Marie Filippi

Les deux premières créations de L'Ouvrier du Drame mettent en scène des clowns qui se posent des questions trop immenses pour eux - les limites de l'Univers et la condition de l'Homme - et s'y confrontent avec leurs moyens dérisoires. De la même manière, l'étendue et la profondeur de cet essai nous poussent à en créer une forme théâtrale : quatre acteurs, sans nez rouges, mais avec le sens de la dérision, vont faire face à cette épopée étasunienne de 1492 à aujourd'hui.

Au fil d'Une histoire Pop, nous traversons l'Histoire étasunienne au travers des grandes thématiques du livre qui nous ont saisis par leur résonance contemporaine : la colonisation, l'esclavage, le racisme, la guerre, les inégalités sociales. Nous préférons ainsi valoriser les questionnements de l'Histoire plutôt que sa chronologie.

Notre principal désir est de transmettre cette Histoire populaire à un large public. Pour la rendre accessible, nous nous sommes inspirés de la forme de la mini-série dans la création des personnages ainsi que dans la construction dramaturgique. Communément utilisée à la télévision, la série nous vient pour une grande part de la culture populaire américaine.

Une Histoire Pop met en scène quatre personnages, scénaristes de cinéma, qui travaillent à la conception d'un film inspiré du livre de Howard Zinn. Linda, Rachel, Gino et Lauren imaginent et composent leur film idéal. Devant l'étendue du projet ils se saisissent de discours, narrations, lettres, chants, témoignages... Dans un perpétuel mouvement alternant entre narration, jeu de scène et réécriture, ils sont « sur le pont » pour raconter ce qui les bouleverse de cette œuvre. Mais des différences de points de vue sur les évènements de l'Histoire vont faire surface, révélant les idéologies intimes et politiques de chacun, mettant parfois à l'épreuve les relations des quatre compagnons.

Le spectacle se découpe en quatre parties / épisodes qui représentent la vision de l'Histoire d'un.e des scénaristes. Comme dans un éternel recommencement, le spectacle « se reboot ». Les spectateurs sont alors pris dans une boucle infernale. Il y a autant d'entrées dans l'Histoire que de chapitres du livre d'Howard Zinn…

L'Ouvrier du Drame est une compagnie des Hauts-de-France (Lille) fondée en 2013 à l'initiative de Marjorie Efther et Marie Filippi. Cette compagnie a pour ambition de créer un théâtre proche des spectateurs et qui mêle à la narration de ses créations une réflexion sur le monde. Nous sommes en perpétuelle recherche pour affiner au mieux la corrélation entre la forme et le propos de nos créations. Nous avons donc la nécessité d'explorer différents biais d'expression théâtrale.

Valère Novarina a offert à la compagnie de pouvoir emprunter une expression dont il est l'auteur : « L'Ouvrier du Drame ». Drame est ici à prendre dans son sens original « pièce de théâtre » ou « action jouée sur scène ». Les parcours théâtraux de l'équipe artistique composée pour ce projet de Marjorie Efther, Marie Filippi, David Scattolin, Sarah Calver, Laurent Robert et Sandrine Roche se caractérisent par la diversité de nos formations et nos expériences professionnelles. Chaque projet naît d'un désir fort d'une personne de l'équipe et nous attachons une grande importance à cette genèse dans nos spectacles. Mais la création collective reste au centre de notre démarche de travail, mêlant ainsi nos points de vue, nos directions et nos axes artistiques.

Les premiers spectacles, Vous êtes ici (théâtre/clown) et Restes d'Opérette (théâtre/clown d'après Valère Novarina), sont deux créations travaillées en collaboration collective par Marjorie Efther, Marie Filippi et David Scattolin. Nous voulions nous plonger dans une recherche autour de thèmes universels et métaphysiques : les limites de l'Univers ou encore la tragédie de l'existence humaine. Pour cela nous avons choisi le travail du clown. Avec leur rapport poétique au monde, les clowns abordent des questions trop immenses pour eux et tentent de les résoudre avec des moyens décalés et dérisoires.

Vous êtes ici créé en 2014 et Restes d'Opérette créé en 2015 ont fait l'objet d'une importante tournée au niveau régional et national, notamment au phénix scène nationale Valenciennes, Théâtre Olympia (CDN Tours), Le Dôme d'Albertville, Pronomades, Dieppe Scène Nationale, Le Prato Pôle National des Arts du Cirque (Lille), La Maison Folie Moulins, l'Hectare (Vendôme), Le Vivat (Armentières), Centre Culturel Albert Camus (Issoudun), Théâtre Jean Vilar (Bourgoin Jallieu), Théâtre Gérard Philipe (Frouard), Théâtre de Montreuil-sur-mer, L'Escapade (Hénin-Beaumont), Centre André Malraux (Hazebrouck), Lambersart… Ces deux spectacles sont toujours en tournée.

photo (Vous êtes ici) © DR

Howard Zinn (1922-2010) est un enfant d'une famille immigrée. Par conviction antifasciste, il s'engage dans l'armée de l'air américaine pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il participe alors au bombardement aérien de Royan (une des premières utilisations du napalm). Conscient des conséquences tragiques de ces actes guerriers, cette expérience deviendra le point de départ de sa position pacifiste. Après des années d'études d'histoire, il devient enseignant en Université. Il est renvoyé de l'Université d'Atlanta en 1963 pour avoir pris parti pour les étudiantes qui avaient participé aux manifestations contre la ségrégation raciale dans les lieux publics de la ville. Son positionnement politique fait écho aux périodes brûlantes de l'Histoire des États-Unis : le mouvement des droits civiques, la guerre du Vietnam, la guerre contre l'Irak.

« Le passé nous est transmis exclusivement du point de vue des gouvernants, des conquérants, des diplomates et des dirigeants. Or la mémoire des États n'est résolument pas la nôtre » ! En 1980, tel un conteur, Howard Zinn entreprend de relater l'Histoire de son pays au travers des regards du peuple, des colonisés, des ouvriers, des femmes, des esclaves, des immigrés exploités, des opprimés. Howard Zinn transmet alors un récit inédit de l'Histoire des États-Unis, dénonce les stratégies politiques, impérialistes, capitalistes des gouvernements américains successifs, et met au jour les révoltes populaires qui ont su parfois renverser certaines décisions gouvernementales.

Les États-Unis incarnent un modèle mondial culturel, économique, sociétal. A l'heure où les États-Unis et l'Europe traversent une période de bouleversement politique et une montée du populisme, du nationalisme et du puritanisme, il nous paraît nécessaire de revenir sur l'Histoire de ce pays en se saisissant de l'éclairage que nous offrent ceux qui l'ont vécue et non décidée, expérimentée et non manipulée. C'est « une histoire qui se veut créative et souhaite envisager un futur possible sans pour autant trahir le passé ».

Une Histoire populaire des États-Unis (de 1492 à nos jours) est un best-seller aux États-Unis. Il est devenu une référence pour de nombreux enseignants, artistes, réalisateurs. L'ouvrage est cité dans des films grand public comme dans Will Hunting de Gus Van Sent. Le populaire dessin animé Les Simpsons l'a également intégré à l'un de ses épisodes. L'essai a été adapté en bande dessinée (Une Histoire populaire de l'Empire américain, par Mike Konopacki, Paul Buhle, Howard Zinn), en film documentaire (Du pain et des roses par Oliver Azam et Daniel Mermet). Des lectures publiques ont été organisées par Howard Zinn lui-même avec entre autres Matt Damon, Viggo Mortensen, Morgan Freeman, Bob Dylan, Bruce Springsteen, Sean Penn pour donner voix aux paroles rebelles. Nous signerons la première adaptation au théâtre de cette œuvre. Passionné de théâtre, Howard Zinn est aussi dramaturge. Il a écrit deux pièces de théâtre sur Emma Goldman et Karl Marx. Son style d'écriture est empreint de sa vivacité oratoire. Ses prises de parole publiques sont connues pour leurs argumentations ciselées, leurs accents acerbes et leur tonalité ironique. Howard Zinn écrit comme il pourrait parler. Son adresse au lecteur est captivante. C'est pourquoi nous avons à cœur de faire découvrir sa pensée.