JEUDI 5 MARS 20H
durée 1h55
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séance scolaire
jeu 5 mars 14h
GRANDE SALLE
tarif A
THÉÂTRE
dès 14 ans

Le Menteur

TEXTE PIERRE CORNEILLE
MISE EN SCÈNE JULIA VIDIT
COMPAGNIE JAVA VÉRITÉ

« Quoi, même en disant vrai, vous mentiez en effet ? »

Le séduisant Dorante, jeune provincial revenu à Paris, entend bien se faire une place dans cette « île enchantée » qu'est devenue la ville. Épris d'aventures amoureuses, « vaillant par nature et menteur par coutume », il imagine et s'invente des exploits… Dorante a du talent, Dorante est un artiste, un joueur. À sa façon, il se veut un héros. Si le mensonge fait partie d'une stratégie savante, il semble aussi imposé par la loi de prestige qui régit le théâtre social. Mais le menteur est loin d'imaginer que la belle Clarice, qu'il veut subjuguer, lui tend un piège en faisant passer sa cousine pour elle-même ! L'euphorie du mensonge tourne au vertige : qui aime qui ? Démasqué, le menteur s'en tirera par une ultime pirouette…
Le dispositif en miroirs offre un terrain d'expression à tous ces questionnements et nous plonge dans le monde de l'écran. Aujourd'hui ultra-présent, il nous empêche de nous regarder en même temps qu'il est le support de nos vies fantasmées. Le texte est retravaillé à la chair, élagué et reformulé parfois pour affirmer sa contemporanéité et le rendre plus direct. Corneille soulève cette question – aussi vraie alors qu'aujourd'hui : toute position de pouvoir ne s'établit-elle pas sur le mensonge et la fiction ?

« On se laisse emporter dans cette ronde des faux-semblants fort bien troussée, séduire par cette comédie douce-amère portée par un jeune collectif fort inventif ». L'oeil d'Olivier

Adaptation Guillaume Cayet, Julia Vidit. Dramaturgie et écriture Guillaume Cayet. Scénographie Thibaut Fack. Lumière Nathalie Perrier. Son Bernard Valléry et Martin Poncet. Costume Valérie Ranchoux. Maquillage, perruques Catherine Saint-Sever. Régie générale Loïc Depierreux. Régie lumière Jeanne Dreyer ou Manu Nourdin. Régie son Martin Poncet. Confection costumes Alix Descieux assistée de Maeva Filée, Blandine Achard et Marion Sola. Construction du décor Atelier de La Manufacture-CDN de Nancy en partenariat avec Like Mirror. Avec Joris Avodo, Aurore Déon (ou Clarisse Lohni-Botte), Adil Laboudi, Nolwenn Le Du, Barthélémy Meridjen, Lisa Pajon, Karine Pédurand, Jacques Pieiller.

Production : Java Vérité. Coproductions : La Manufacture – CDN de Nancy – Lorraine, ACB – Scène Nationale de Bar-le-Duc, Théâtre Firmin Gémier – La Piscine – Pôle National du Cirque d'Antony, Le Carreau-Scène nationale de Forbach et de l'Est Mosellan, Les Théâtres (Aix-en-Provence), MC2: Grenoble, Théâtre Jacques Prévert – Aulnay-sous-Bois, Le Théâtre de Rungis. Avec la participation artistique de l'ENSATT et du Fonds d'Insertion pour les Jeunes Comédiens de l'ESAD-PSPBB. Avec le soutien de la DRAC Grand Est, de la Région Grand Est, de la Ville de Nancy, de l'ADAMI, de la SPEDIDAM. Java Vérité est compagnie conventionnée par la DRAC Grand Est et la Région Grand Est.

© photo : Anne Gayan

Site de la compagnie

Après avoir écrit Le Cid, Corneille écrit une dernière comédie, autobiographique, Le Menteur et met en scène Dorante, un jeune homme qui s'invente une vie pour prendre place dans un monde où les apparences font loi. Dorante embarque son entourage au cœur d'une intrigue où chacun va devoir se mettre face à son propre masque. Mis à nus, les personnages se révèlent multiples et complexes, prisonniers des mœurs de leur siècle.
Cette pièce baroque crée un miroir dans lequel il est troublant de se regarder. Ode à l'imaginaire et à l'invention, l'auteur s'amuse à soulever une question essentielle : exister, n'est-ce pas déjà mentir ? Ou plutôt, mentir, n'est-ce pas cela exister ?

Argument de la pièce
Dorante revient à Paris, fraîchement débarqué de Poitiers en compagnie de son valet Cliton. Paris, ce pays du beau monde et des galanteries, semble lui offrir ses charmes et ses attraits. Dorante le sait bien et c'est en galant qu'il se présentera pour courtiser Clarice - qu'il prendra pour sa cousine Lucrèce.
Le quiproquo ne s'arrêtera pas là, les cavalcades mensongères non plus. Car quand Géronte - son père - le presse d'épouser une Clarice - qu'il croit ne pas connaître - rien ne va plus, et l'arrivée de son amant ne fera qu'amplifier l'imbroglio. D'autant plus que, de son côté, Clarice a l'idée de demander à Lucrèce, sa cousine, de prendre rendez-vous avec Dorante afin de pouvoir l'observer et de lui parler en empruntant son nom !
Pour échapper au dévoilement de sa maigre condition, Dorante se dira chevalier ; pour échapper aux ordres de son père, il se dira déjà marié à Poitiers. Tantôt il usera de lyrisme pour charmer ses compagnons, tantôt il jouera au héros dans un duel fictif pour épater la galerie. C'est toujours la parole qui lui sert d'appui pour mentir. Et c'est aussi sa parole qui le sauvera.

Pourquoi Le Menteur ?
Ce nouveau spectacle s'inscrit dans le prolongement de ma recherche à créer des illusions théâtrales propices à donner le vertige à la réalité. De création en création, j'explore ce désir ambitieux de faire du théâtre un exercice de vérité à partager. Et la scène s'affirme comme le lieu d'une question passionnante parce qu'insoluble. Je la soulève avec des acteurs généreux et nous l'éclairons grâce à l'intelligence d'un texte sensible, toujours lié à des problématiques d'aujourd'hui. Il y a le réel et son double, il y a les ténèbres et notre besoin de clarté. Le mien est certainement impossible à rassasier.
L'intrigue du Menteur n'est pas vraisemblable et chez Corneille, comme le rappelle l'Abbé d'Aubignac, « c'est bien la conscience de la tromperie qui en garantit l'efficacité ». Plus Dorante ment, plus nous croyons à ses élucubrations. Et mensonge après mensonge, c'est chaque fois la vérité que l'on pense voir apparaître ! Illusion ! En travaillant sur un imposant dispositif en miroirs, c'est la période baroque et la folie de la multiplicité qui se met en scène. Nous plongeons ainsi dans des réflexions sur la partialité de l'image, de l'être et du paraître.
Cette comédie du 17ième en forme de boule à facettes nous emporte joyeusement vers des interrogations profondes et contemporaines. La place de l'écran, la place des femmes, mais aussi la place de la langue et des conventions. Le mensonge, lui, n'est pas seulement le pied d'appel du pouvoir... il embrasse tous les sujets.

Dialoguer avec un classique
Corneille rédige cette comédie juste avant la fronde parlementaire et l'avènement de « l'Etat, c'est moi » de Louis XIV. Je la mets en scène à l'heure de l'ultra-communication, d'une crise de la représentativité et de la démocratie. Derrière une comédie baroque jouissive, Corneille dénonce clairement un contexte politique difficile dans lequel s'agite un héros qui n'a peut-être d'autre choix que celui d'être amoral et individualiste. Dorante veut se faire une place dans une société parisienne qui détient le pouvoir, et il ment, oui, mais pour tenter de rester l'acteur de sa vie. Nous avons affirmé sa contemporanéité, en travaillant à la chair du texte, élaguant quelquefois, reformulant tantôt, pour le rendre plus direct sans infliger d'anachronisme au langage.
J'ai choisi de porter un regard sur la place des femmes et de les rendre plus présentes, afin qu'elles ne soient plus seulement les objets de la convoitise masculine.
Nous avons fusionné le rôle de Lucrèce - quasi-mutique chez Corneille - et celui de sa suivante. Par cette pirouette dramaturgique, elle devient la menteuse, double féminin du rôle-titre. J'ai aussi voulu épaissir le parcours de Clarice : elle cherche le vrai et lutte contre un mariage imposé, quitte à enfreindre les conventions.
Dans cette même volonté de sortir de la domination masculine et d'éviter une représentation souvent hétéro-normative des textes classiques, le rôle de Cliton est distribué à une femme. Ce trouble dans le genre rejoint les questions essentielles de la pièce sur l'être et le paraître. Enfin, toujours dans ce même souci de représenter le monde d'aujourd'hui, la distribution est métissée, à l'image de notre société, et pour en finir avec un théâtre classique, trop souvent exclusivement blanc.
Citation baroque, le dispositif en miroirs évolutif, joueur et incontournable, offre un terrain d'expression à tous ces questionnements et nous plonge dans le monde de l'écran. Aujourd'hui ultra-présent, il nous empêche de nous regarder en même temps qu'il est le support de nos vies fantasmées. Cet imposant reflet en scène nous met face à la multiplicité de l'être et des points de vue : il nous engage à accepter une réalité partielle et subjective. La couleur du dispositif dynamise et traduit l'urgence de dénoncer nos propres jeux de dupes.
Les costumes, eux, revisitent les lignes classiques et achèvent de créer l'esthétisme d'une société fermée, codifiée, dans laquelle les corsets sont les attributs des pions d'un jeu amusant, mais dangereux.
Ce jeu, gagné par le Père et l'ordre ancien contre Dorante et sa jeunesse, fait dire à Cliton « Apprenez à mentir ! ». Corneille n'aurait-il pas teinté sa convention finale d'une touche de cynisme ? En perturbant avec humour les applaudissements, je veux susciter un regard réflexif. Pourquoi faire l'apologie du mensonge ?
Ne pouvons-nous pas dire vrai ? Pourquoi ? Prêcher la vérité à ceux qui n'en supporteraient pas même des doses infimes, serait-ce s'exposer à leur vengeance ?

Julia Vidit, metteure en scène
Elle se forme en tant que comédienne à l'École-Théâtre du Passage, puis au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de 2000 à 2003, dans les classes de Dominique Valadié et Catherine Hiégel puis dans les ateliers de création d'Alain Françon, Denis Podalydès, Jean-Pierre Wenzel et Caroline Marcadé. Elle a joué sous la direction de Ludovic Lagarde dans Oui, dit le très jeune homme de Gertrude Stein, de Victor Gaultier- Martin dans La Vie de Timon. Avec Jean- Baptiste Sastre, elle joue au Théâtre National de Chaillot Les Paravents et La Surprise de l'Amour. En 2006, elle travaille avec Jérome Hankins et Edward Bond sur la création du Numéro d'Équilibre. Elle campe Elvire dans Le Cid mis en scène par Alain Ollivier. Jacques Vincey l'engage en 2009 pour jouer Madame de Saint- Fond dans Madame de Sade. Elle fait l'expérience de Shakespeare, Marivaux, Corneille mais aussi d'auteurs contemporains comme Jean Genet, Yukio Mishima, Noëlle Renaude ou Michel Vinaver. En 2006, elle créé la compagnie Java Vérité et met en scène Mon cadavre sera piégé de Pierre Desproges. En 2009, elle met en scène Fantasio de Musset au CDN de Thionville-Lorraine. En 2010, elle monte un spectacle musical autour des Vanités avec le chanteur Emanuel Bémer: Bon gré Malgré. Alors que sa compagnie est en résidence à Scènes Vosges - Epinal (2011/ 2013), elle travaille avec le Théâtre du Peuple à Bussang et prend en charge la formation des amateurs entre 2012 et 2014.

En 2014, elle créé Le Faiseur de Théâtre de Thomas Bernhard au CDN de Thionville-Lorraine, spectacle repris notamment à l'Athénée. A partir de la saison 14/15, la compagnie Java Vérité est en résidence à l'ACB-Scène Nationale de Bar-le-Duc. C'est le début d'une association avec l'auteur et dramaturge Guillaume Cayet soutenue par le Ministère de la Culture dans le cadre de l'accompagnement auteur-cie.

Ensemble, ils conçoivent des petites formes liées aux créations en salle. Nous serons à l'heure introduit le spectacle Illusions de Viripaev créé en mars 2015. Le Menteur 2.0 ouvre le débat autour du spectacle Le Menteur de Corneille créé en octobre 2017 au CDN de Nancy. Ensemble, ils inventent aussi des créations partagées sur des territoires, avec amateurs et professionnels : La Grande Illusion (2016 et 2019) et La Grande Conférence sur la Vérité (2019). En mai 2016, en résidence à La Chartreuse, ils travaillent sur Dernières pailles de Guillaume Cayet. Ce texte est créé en juin 2017 en Meuse. Le spectacle sera repris en mai 2019 dans le cadre de L'Autour, itinérance artistique en milieu rural, puis à l'automne 2019. Elle travaille actuellemement sur le récit La Bouche pleine de terre de Branimir Sćepanović, qui sera créé en janvier 2020 au Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine.

Par ailleurs, elle est formatrice auprès des acteurs amateurs dans différentes associations et pour l'Agence Culturelle d'Alsace. Elle intervient régulièrement dans les établissements scolaires pour initier les élèves à la pratique du théâtre. Elle est parfois sollicitée pour former ou examiner les acteurs en voie de professionnalisation. A l'été 2016, elle est metteure en scène pour Les tréteaux de France dans le cadre du stage de réalisation à Phalsbourg (57).

Guillaume Cayet, auteur dramaturge
Depuis sa sortie du département d'écrivain.ne-dramaturge de l'ENSATT, il collabore avec divers.es metteu.r.se.s en scène en tant que dramaturge et collaborateur artistique. Il a signé une dizaine de pièces, dont plusieurs ont fait l'objet de publication notamment aux Éditions Théâtrales (Les Immobiles, Proposition de Rachat, Dernières Pailles, Une commune, et B.A.B.A.R) aux Éditions En Actes (De l'autre côté du massif, La disparition) ainsi que chez Lanzman Éditeur. Ces pièces ont reçu différents prix (Artcena, Journée des auteurs de Lyon, …) et ont été lu dans différents festivals (Festival Focus de Théâtre Ouvert notamment) et mis en onde sur France Culture. Il collabore avec Julia Vidit en tant que dramaturge depuis la pièce Illusions d'Ivan Viripaev, et en tant qu'auteur (création de Dernières Pailles en 2017 à la scène nationale de Bar-Le-Duc par Julia Vidit). Parallèlement à cette collaboration, il est membre de la compagnie Le désordre des choses avec laquelle il créera la saison prochaine Neuf mouvements pour une cavale, une pièce autour du paysan Jérôme Laronze, et La Comparution (pièce sur les violences policières). Son parcours l'amène également à investir d'autres champs littéraires puisqu'il travaille actuellement à l'écriture de son premier roman.

La compagnie Java Vérité est une compagnie de théâtre qui aime faire des grands écartspour rencontrer tous les publics. Julia Vidit, la metteure en scène, cherche à mettre debout des textes classiques et contemporains qui permettent de s'y réfléchir et de penser le monde dans lequel nous vivons.En collaboration étroite avec Guillaume Cayet, dramaturge et auteur, et Thibaut Fack, scénographe, ils enquêtent longuement et minutieusement l'œuvre choisie afin de découvrir son sens et ses contre-sens, ainsi que les indices de sa théâtralité. Forts de leurs découvertes et attachés à les traduire, ils imaginent et conçoivent l'espace comme un jeu de construction, qui entraine les acteurs et les publics dans un jeu de conscience. A la manière d'une équation, les signes mettent en jeu la perception et produisent une multiplicité vertigineuse de points de vue sur l'œuvre et sur le monde.

La metteure en scène veut, par l'acte théâtral, ouvrirun espace de délibération conflictuelle.L'écart entre le mot et le signe, entre l'image et le propos, entre le concret et le rêvé ouvre un débat. Un débat dans lequel acteurs et spectateurs sont à égalité pour réfléchir, ressentir, échanger et s'émanciper. Pour le provoquer, la metteure en scène met les idées et la langue du texte au centre du projet. Ainsi, chaque spectacle questionne la place et l'action des hommes dans notre société contemporaine. Sensible à la représentation des minorités, visibles ou invisibles, Julia Vidit a le souci de faireavancer leur représentation sur les scènes.

Les formes scéniques créées par la compagnie sont volontairement variées. Certaines propositions s'inscrivent dans le champ d'un théâtre d'artfait pour de grands plateaux où la générosité de l'artifice scénique est au service d'une vision qui n'a pas peur de la démesure. D'autres formes, plus légères, sont jouées hors-les-murs, dans tous types de lieux engagés dans la vie civile ou associative. Au cœur de ces lieux réels, la fiction trouve unappui pour créer un débat riche, vecteur d'émancipation. C'est aussi dans ces moments de rencontres qu'une invitation au théâtre en salle peut avoir lieu.

Dans leurs costumes modernes aux couleurs fluos et flashys – baskets aux pieds, corsets satinés sur pantacourts et vestes luisantes – le grand manipulateur multiplie les intrigues. Son audace fait d'un ami son rival à cause de sa forfanterie. L'étau se ressert un peu plus, en même temps que se referme le palais des glaces où se reflètent en double démultipliés les intrigants, lorsque son père le promet en mariage à celui de Clarisse. Le bougre s'inventera rien moins qu'une femme enceinte de six mois pour y échapper ! Impossible d'arrêter la roue entraînante des menteries. Pourtant Julia Vidit ne juge pas. Ce Dorante joue dans une cour qui n'est pas celle de son rang, use des armes qu'il possède : de l'aplomb, de l'audace et de la répartie. « Peut-être n'a-t-il d'autre choix que celui d'être amoral et individualiste ? Il ment, oui, mais pour tenter de rester l'acteur de sa vie. » La plus belle trouvaille de la metteuse en scène n'est pas dans ce miroir tendu à notre époque, ses bassesses, jeux de pouvoir et écrans où se réfléchissent les projections de nos vies fantasmées. Mais dans la fusion des rôles de Lucrèce et de sa suivante, faisant d'elle un double féminin du menteur. Le statut des femmes et leur sort réduit à l'obéissance de "bonnes à marier" se voit battu en brèche. Elles sont fortes et malines, belles et moins soumises aux galants qu'il n'y paraît. Magazine Poly

Il faut donc se réjouir de voir une jeune compagnie (conventionnée) nommée Java vérité (si si, je ne baratine pas), celle de Julia Vidit, entrer de plain pied dans Le Menteur de Corneille et signer un spectacle dont la qualité de bout en bout ne se dément pas, promis, juré. (...) La mise en scène est pleine de ces petits bonheurs comme ceux que procure la scénographie (Thibaut Fack) faite de grands pans de miroirs pouvant se déployer ou se rassembler rapidement. Tout va vite, et les acteurs s'épaulent. Dans l'excellente distribution, distinguons la prestation très inventive de Lisa Pajon dans le rôle de Cliton. Une femme dans un rôle d'homme. MédiaPart

Julia Vidit, metteuse en scène qui a fait ses classes de comédienne au Conservatoire, connaît ses classiques et sait combien ils peuvent encore nous parler. Pour rendre Le Menteur encore plus éloquent aux oreilles d'aujourd'hui, elle en a légèrement retouché le texte – mais toujours respecté le vers – avec Guillaume Cayet. Surtout, elle a choisi une distribution et une mise en jeu qui rompent avec le côté policé bien blanc du théâtre hexagonal. De plus, ici, les hommes portent des baskets et des peignoirs de boxeurs qui vont au ring et les filles des robes à frou-frou fluo tout droit sorties des années 80. La scène est occupée par un large panneau modulable composé de douze miroirs qui évolue tout au long de la pièce, servant tantôt de palissade, de ceinture ou, bien sûr, à faire miroiter les rêves. L'entreprise d'actualisation en mode urbain menée par Julia Vidit est assez osée et trouve une forme métaphorique dans la musique baroque teintée d'électro qui ouvre le spectacle. Il s'agit ici de mêler les époques et les univers et de donner à réfléchir sur l'usage du mensonge dans une société contemporaine qui ne jure que par l'image. C'est d'ailleurs sans doute dans cette dimension que le spectacle fonctionne le mieux. Car l'intrigue et ses rebondissements laissent plutôt indifférent, et la langue de Corneille concourt à entretenir une certaine distance. Dans sa partie finale, quand les choix de mise en scène prennent du sens, que le propos – sur les femmes notamment – sonne et résonne, l'audace de Julia Vidit saute aux yeux et prend tout son éclat. La Terrasse