LE DRAKKAR
MARDI 5 JANVIER – 20H
SÉANCE SCOLAIRE
MARDI 5 JANVIER – 14H30
Un ballon, un violon. Deux artistes se rencontrent sur scène pour un duo inattendu, sensible et plein d’énergie.
Paul Molina jongle avec sa balle comme d’autres jouent d’un instrument. Gabriel Majou, lui, fait danser son violon et parfois même ses pieds. Fouad Boussouf les réunit sur un même plateau et les laisse se chercher, s’apprivoiser, se faire des passes. Peu à peu, deux langues que tout semblait opposer finissent par n’en former qu’une.
Un spectacle joyeux et épatant, qui prouve que les rencontres les plus improbables sont souvent les plus belles.
Quarante minutes de pur plaisir. — Télérama
Une belle rencontre musicale et chorégraphique. — La Terrasse
Direction artistique et chorégraphie : Fouad Boussouf – Interprétation : Gabriel Majou et Paul Molina – Musique : Gabriel Majou – Création Lumière : Romain Perrillat-Collomb – Costumes : Salina Dumay.
© Photo : Christophe Raynaud de Lage
Production : Le Phare – Centre chorégraphique national du Havre Normandie Coproductions : Équinoxe, scène nationale de Châteauroux . Mission danse de Saint Quentin-en-Yvelines Soutien en résidence : Service culturel de Magny-les-Hameaux, Institut Français du Maroc, Théâtre Riad Sultan - Tanger (Maroc), Le Phare – CCN du Havre Normandie est subventionné par le Ministère de la Culture / DRAC Normandie, la Région Normandie, le Département de Seine-Maritime et la Ville du Havre.
Avec °Up, Fouad Boussouf porte haut son amour des rencontres improbables et fécondes. En réunissant Paul Molina, prodige du foot freestyle et Gabriel Majou, violoniste compositeur ultra doué, il poursuit en effet la quête esthétique et éthique qui caractérise son travail : l’art de faire communiquer les mondes ; et de faire dialoguer ensemble des langues qu’on pensait étrangères.
Aux sons du cuir d’un ballon qui rebondit, répondent ici les pizzicati d’un violon qui danse, et les jongleries de Paul Molina trouvent un prolongement parfait dans le reggaeton final de Gabriel Majou. Un duo se fait ainsi jour sous nos yeux au fil du spectacle. Pour Fouad Boussouf, il s’agit même d’orchestrer la naissance d’un nouvel instrument de musique à deux têtes. A cet égard, la structure de la pièce est hautement symbolique : partant de leurs solitudes respectives, les artistes se cherchent, se prêtent leur ballon ou leur violon… Et puis, finalement, chacun trouve sa place en se faisant des passes, c’est à dire, au sens fort, en apprenant à jouer « ensemble ».
De fait, ils avaient un point commun prédestiné : l’art de jouer du pied, l’un avec sa balle, l’autre avec son pedalboard. Et puis, en matière de virtuosité, ils se complètent très naturellement : la danse est dans l’ADN de Gabriel Majou avec qui Fouad Boussouf avait déjà travaillé lors de la création de Vïa pour le Ballet du Grand théâtre de Genève. Et Paul Molina a un profond sens de la musique - d’ailleurs le chorégraphe traite le son de sa balle-percussion comme une basse continue qui donne le ton de toute sa pièce.
On est évidemment charmé par la fraicheur de ce duo qui n’en finit pas d’ouvrir le champ des possibles. Mais on est surtout conquis par l’expérience quasi métaphysique qui traverse le spectacle : celle d’une attention tournée vers l’autre, et d’une écoute poussée à son extrême. Il faut voir avec quelle intensité Gabriel Majou fixe la balle comme s’il s’agissait d’un être vivant. Et avec quelle concentration Paul Molina suit la mélodie du violon comme si elle lui était aussi nécessaire que son ballon.
En somme, l’ouïe, le toucher et la vue font ici la ronde, et l’on sait combien Fouad Boussouf aime ce motif, comme en témoigne notamment son précédent spectacle, Fêu, où un groupe de danseuses embrasent le plateau dans une chorégraphie circulaire qui court vers l’infini. Après un spectacle pour neuf femmes, voici donc un duo d’hommes, et toujours la même obsession : donner à voir ce qui nous lie, sous le signe de la beauté.
Judith Sibony
COMMENT EST NÉ CE RAPPROCHEMENT DU FOOTBALL FREESTYLE, DU VIOLON ET DE LA DANSE ?
FOUAD BOUSSOUF : Je suis fan de foot et ai fait la connaissance de Paul Molina, freestyler, grâce à Jérôme Montchal, directeur de l’Equinoxe à Châteauroux. Avec Gabriel Majou, compositeur et musicien, la rencontre a eu lieu lors d’une précédente collaboration lors de la création de VÏA à Genève et je l’ai beaucoup apprécié tant sur un plan artistique qu’humain.
EST-CE UNE PREMIÈRE D’EXERCER SUR CE TYPE DE MUSIQUE ?
PAUL MOLINA : C’est une première en effet ! Habituellement mes goûts musicaux s’orientent vers les musiques dansantes de reggaeton. Le véritable challenge était de travailler avec un musicien composant en direct. C’est une chance incroyable de pouvoir allier mes compétences techniques aux mélodies de Gabriel. Je découvre une nouvelle facette de mon sport à travers son instrument et les directions de Fouad. Cette adaptation est surtout rendue possible grâce aux échanges et au travail de recherches que nous menons autour du rapport musical et sonore entre le ballon –qui percute et rebondit - et le violon – qui pince et glisse.
AVIEZ-VOUS DÉJÀ COMPOSÉ SUR UNE CHORÉGRAPHIE ?
GABRIEL MAJOU : J’ai toujours été attiré par la danse, mais poser une musique sur un spectacle de football freestyle reste une première. Lorsque Fouad m’en a touché un mot, j’ai trouvé l’idée intéressante… et folle ! Cette pratique sportive et artistique est aérienne et technique à la fois. Elle semble remettre en question les lois de la physique. Tout ce que j’aime. Pour cette pièce, en plus de travailler autour d’un état de corps vivant, il s’agit de composer aussi avec la gravité d’un autre corps plastique, le ballon. Cet objet peut bouger tout seul, ce qui est aussi magique qu’inquiétant, mais apporte une touche très ludique au processus de composition musicale. Pendant la première phase de direction artistique, Fouad insistait sur l’amusement et nous poussait à retrouver en nous un esprit enfantin : tout devient possible autour de ce pas de deux, ballon et violon.
Dans le processus de travail, la musique s’adapte toujours au mouvement. Pour °UP, nous sommes partis du son naturel du ballon, les rebonds, les contacts, les glissements, les envolés, afin d’en faire jaillir une musique originale au plus près de la rencontre entre un ballon et un violon. Je tiens beaucoup à garder cette approche organique lorsqu’il s’agit de composer de la musique originale pour la scène. C’est l’occasion de me renouveler, de sortir de ma zone de confort.
QUELLE DISCIPLINE SUPPLÉMENTAIRE CE TRAVAIL CHORÉGRAPHIQUE A IMPOSÉ ?
PAUL MOLINA : Mon freestyle a tendance à être très explosif, très performatif. Fouad m’a fait ralentir et m’a demandé de travailler la gestion du rythme : comment créer l’attente, la surprise, comment construire des moments clés qui vont guider les spectateurs. Ce travail chorégraphique a imposé le calme et, bien entendu, l’écoute de l’instrument de Gabriel, la découverte de son univers. Il s’agissait d’être attentifs et réactifs l’un à l’autre. Nous avons cherché à mettre nos créativités en commun pour écrire une histoire, un dialogue. Là, c’est un autre monde qui s’est ouvert à nous !
J’ai le sentiment que le travail chorégraphique que j’ai amorcé avec Fouad est une grande exploration d’un nouveau monde entre un violon et un ballon. S’il faut respecter certains codes, je n’ai jamais eu l’impression que ce soit imposé mais plutôt précisé et peaufiné par Fouad pour que le résultat final soit le plus poétique possible.
COMMENT ÉVOLUE LE RAPPORT AU PUBLIC, D’UNE PRATIQUE « STREET » À LA SCÈNE ?
PAUL MOLINA : La grande différence entre le battle et la scène est l’importance que l’on accorde au public. Quand je monte sur scène, ma priorité absolue est de raconter quelque chose et susciter des émotions. Amener le freestyle en salle est un privilège et une chance. Je le vois comme une évolution de ce sport qui vient toucher un autre public en jouant avec les codes du spectacle vivant.
GABRIEL MAJOU : C’est toute l’ambivalence de ce projet ! Du trottoir à la scène, le public joue toujours un rôle clé. Venir à son contact, demande de s’adapter à ses vibrations, son énergie. En tant que compositeur, j’aime donner l’illusion d’une bande originale pré-écrite pour la scène, tout en m’amusant en temps réel à jouer sur le fil de l’improvisation. C’est mon thème de prédilection : rendre l’oralité d’une pratique “street” au plateau.
FOUAD BOUSSOUF : Sans les spectateurs, il n’y a pas de spectacle. Il faut aller chercher le public et le convaincre de rester. Il y a de plus en plus de propositions atypiques, qui sortent des formats traditionnels. Ces nouvelles propositions, plus hybrides, sont le propre de l’évolution de l’histoire des arts vivants qui permet de sortir les spectacles des salles de théâtre. °UP est la preuve de cette adaptabilité.
De la danse, Fouad Boussouf dit qu’elle est élan, mouvement. Une définition qui caractérise aussi son propre parcours, fait d’une curiosité toujours en alerte et d’un constant désir d’évasion. Ses premières années marocaines, dans un village isolé de la région de Moulay Idriss, marquent son imaginaire de fêtes familiales et d’un environnement naturel à la simplicité monacale. À l’âge de sept ans, lorsque sa famille s’installe en France à Romilly-sur-Seine près de Troyes, il découvre un nouvel univers dont l’école lui enseigne la culture et les codes. Dès l’adolescence, il s’initie au hip-hop, apprenant au son des cassettes de Prince et de Michael Jackson. Ce qui, à l’origine, n’est qu’un moyen socialement valorisé de se dépenser physiquement, devient bientôt pour lui le chemin d’une véritable construction personnelle, où le dépassement par le corps apporte de surcroît la reconnaissance de ses pairs.
Achevant sa scolarité à Chalons-en-Champagne, il en profite pour suivre les ateliers menés par les élèves circassiens du CNAC (Centre national des arts du cirque). Il arrive à Paris en 2000 et entame un cursus en sciences sociales à l’université de Paris XII Créteil tout en donnant des cours de street dance, d’abord de façon informelle puis en tant que chargé de TD. En parallèle, il continue à se former à l’Académie de la Cité Véron, participe aux auditions du festival Suresnes Cités Danse et est interprète pour Farid Berki et Pierre Doussaint. Après avoir soutenu un DESS sur la danse hip-hop, il part pour un road trip de sept mois en Australie, début d’un cycle mariant voyages et activité de pédagogue qui le conduira également en Égypte et en Russie. Au retour, décidé à se consacrer pleinement à la danse, il fonde à 27 ans la Cie Massala. Il crée en 2008-2009 des soli et trii, et en 2010 sa première pièce de groupe, Déviations.
Dès lors, le parcours de Fouad Boussouf s’écrit dans l’urgence d’un élan créatif sans cesse renouvelé. Hybride, sans souci d’étiquette, inscrite dans le présent, sa danse met le vocabulaire hip-hop au service de ses différents projets. Au fil des années, il affirme une écriture basée sur la spontanéité du geste et sur un mouvement continu, qui ne jamais ne commence et jamais ne s’arrête. Mus par cette dynamique qui les déplace hors de leurs gestuelles habituelles, les interprètes génèrent au plateau une irrésistible énergie cyclique. En témoignent les succès de Näss (Les Gens) en 2018, puis de Oüm (2020), en hommage à Oum Kalthoum, qui imposent le chorégraphe sur la scène internationale.
Si son outil de travail privilégié reste le corps, il se nourrit aussi d’autres expressions artistiques, notamment la vidéo et les arts plastiques – qu’elles soient contemporaines ou liées à l’histoire du monde méditerranéen. En témoignent ses films documentaires, Le Ballet Urbain (2019), ou ses collaborations avec le sculpteur Ugo Rondinone, pour l’installation vidéo Burn to shine (2022) au Petit Palais à Paris et pour la pièce Vïa (2023) avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève, sur une commande de Sidi Larbi Cherkaoui. Après Fêu (2023), une pièce pour 9 interprètes féminines, il commence un laboratoire, en complicité avec Equinoxe, scène nationale de Châteauroux, avec Paul Molina et Gabriel Majou autour d’un duo musique live et foot freestyle, °Up (2025). Chez ce « citoyen du monde », la création impose un rythme guidé par l’émotion, le goût du risque et l’envie permanente d’aller de l’avant. Entre 2020 et 2022, Fouad Boussouf a été artiste associé à la Maison de la danse de Lyon, à Équinoxe - Scène nationale de Châteauroux et à la Maison de la musique de Nanterre. Choisi à l’unanimité pour diriger depuis le 1er janvier 2022 le Phare - Centre chorégraphique national du Havre Normandie, il a reçu la même année les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres.
Isabelle Calabre
Paul Molina (alias Pablito) - Foot freestyleur
Jeune sportif qui se rêve artiste. Il commence comme beaucoup de jeunes par les terrains de football avant de glisser doucement, mais sûrement, vers ce qui va devenir sa passion : le football freestyle. Cet art de jonglage croise de multiples disciplines artistiques, sportives et acrobatiques avec comme seul outil un ballon de football. Obsédé par cette matière nouvelle, il explore avec avidité les perspectives sans fin que lui ouvre cet art qu’il cherche désormais à transposer dans le monde du spectacle.
Diplômé d’une prestigieuse école de commerce, il décide de s’éloigner de ce milieu et de prendre le risque de se lancer corps et âme dans cette nouvelle aventure artistique, muni de son ballon avec lequel il essaye de défendre sa discipline si chère à ses yeux.
Une discipline sur laquelle il a dû poser un regard nouveau, un regard « d’artiste » pour s’extraire du schéma de la compétition dans lequel un « drop » (c’est à dire le moment où le ballon touche le sol après avoir raté un geste) est synonyme d’échec ultime intolérable. Il a dû revoir cette notion de l’échec, pour pouvoir décrire un sport où la réussite d’un geste n’est possible qu’à la condition de répéter inlassablement le même mouvement et entendre l’écho de ce ballon qui heurte le sol, encore et encore. Paul Molina prend le risque de voir ce ballon tomber en quittant le parvis d’Équinoxe, lieu où son apprentissage a commencé et se perpétue depuis 4 ans, pour faire découvrir sa passion sous un autre angle, celui de l’art.
Paul rassemble fulgurances et moments figés du freestyle football dans deux spectacles : un solo dansé sensible chorégraphié par Mélodie Joinville, Portrait dansé, et un autre mise en piste par Wilmer Marquez, Mouton noir, dans laquelle le cirque et le théâtre viennent se mélanger au freestyle pour raconter sa folle passion.
Gabriel Majou - Musicien & compositeur
Compositeur français né en 1992, Gabriel Majou met son sens de la narration musicale au service de l’image et de la scène.
Diplômé du Conservatoire de Paris en violon et composition, il se forme au jazz à l’IMEP et auprès de Didier Lockwood. Il intègre ensuite le Berklee College of Music à Boston (USA), où il obtient son Bachelor of Music Degree en Musique à l’image et en Direction d’orchestre. Il reçoit en 2017 le prix de composition de la Fondation Georges Delerue.
Aux États-Unis, il est pendant trois ans assistant de Christopher Tin et producteur associé de l’album symphonique To Shiver the Sky (Decca Gold, 2020), enregistré à Abbey Road Studios avec le Royal Philharmonic Orchestra. Il compose également pour l’Orchestre de Chambre des Nations-Unies, et est invité par Melody Gardot à enregistrer au violon sur l’album Sunset in the Blue (Decca Records, 2020). En 2021, de retour en Europe, il crée en réponse à une commande de l’Orchestre de Chambre des Nations-Unies Le Spectre de la Rose, une partition pour voix, cordes et piano diffusée pour la Journée internationale de la Francophonie. En 2022, à la demande de la Ville et l’Orchestre d’Harmonie de Roubaix, il crée une Variation autour du Mépris lors d’un concert hommage à Georges Delerue le 16 décembre. Gabriel Majou collabore aussi régulièrement avec plusieurs compagnies de danse, dont en 2023 le Ballet du Grand Théâtre de Genève pour la création musicale du ballet Vïa de Fouad Boussouf, et la Cie Tiss N’Ko pour laquelle il a composé en janvier 2024 la partition du Concerto pour deux danseuses. Il est par ailleurs le directeur musical du projet Bakannal (Parad, Bal et format plateau) porté par la Cie Difé Kako sur le thème des carnavals créoles, français et vénitien.
photo © Fouad Boussouf
« Toujours souriants, ils fascinent par leur dextérité et leur capacité à rebondir et s’adapter à chaque situation, aidés par une musique inventive. Tendre et ludique, drôle et facétieux, ce duo magique a tout pour plaire. Les regards éblouis des enfants à la fin du spectacle en disent long...» Delphine Goater, ResMusica
«°Up est un duo ciselé qui orchestre le mariage des contraires, et confirme une fois de plus l’immense sensibilité de Fouad Boussouf, son attention à la relation sous toutes ses formes, sa recherche gestuelle affutée et inspirée.» Marie Plantin, sceneweb.fr
« Virtuosité, humour et complicité sont au coeur de cette confrontation ludique. Attentifs l’un à l’autre, ils évitent le piège de la prouesse ou la démonstration. » Claudine Colozzi , L’oeil d’Olivier
«Il faut voir °Up absolument : Parce que c’est intense, et accessible à tous. Parce que ça fait du bien de découvrir un spectacle qui ne ressemble à aucun autre. Parce que cela parle à tout le monde : amateurs de sport, de musique, de danse, enfants comme adultes. Et surtout, parce que ça rappelle que l’art, c’est aussi cela : créer des ponts là où on ne les attend pas.» Frédéric Bonfils, Foud’Art