Jeu. 1er octobre

20h | Durée 1h35
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Grande Salle
Tarif A

La Vie devant soi

THÉÂTRE | DÈS 14 ANS
D'après Romain Gary
Mise en scène Simon Delattre, Rodéo Théâtre

Pour ne pas vivre sans amour, il faut choisir sa famille de coeur.
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Momo, un jeune Arabe, raconte son quotidien dans un Belleville populaire. À la fois gamin débrouillard et jeune adulte philosophe au langage poétique et maladroit, il nous livre ses peurs et ses interrogations. Il vit chez Madame Rosa, une vieille femme juive, ancienne prostituée, qui a ouvert une pension afin de s'occuper des enfants de ces filles « parties se défendre en province ». Du roman de Romain Gary, Prix Goncourt en 1975, Simon Delattre tire une adaptation entre théâtre, marionnettes et musique, qui fait souffler un vent d'espoir. L'altruisme, la solidarité et la générosité sont au centre de cette pièce émouvante, drôle et ludique. Une série de marionnettes, grandeur nature, incarne sur scène les personnages qui peuplent le récit. Une façon de rappeler à chacun qu'il n'est pas vain de prêter l'oreille à l'enfant tendre qui sommeille en nous…

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« Simon Delattre adapte avec une grande sensibilité le roman de Romain Gary et le place à la confluence de plusieurs arts pour en extraire toute [sa] tendresse. » ScèneWeb

D'après La Vie devant soi de Romain Gary (Émile Ajar). Adaptation Yann Richard. Avec Nicolas Gousseff, Tigran Mekhitarian, Maïa Le Fourn. Assistanat à la mise en scène Yann Richard. Musique live Nabila Mekkid. Scénographie Tiphaine Monroty assistée de Morgane Bullet. Lumière Tiphaine Monroty. Son Tal Agam. Construction du décor Morgane Bullet, Clément Delattre. Stagiaire scénographie Emma Bouvier. Construction des marionnettes Marion Belot, Anaïs Chapuis. Costumes Frédéric Gigout. Confection des costumes de Madame Rosa et du rideau Odile Delattre. Adaptation LSF Yoann Robert. Régie générale Jean-Christophe Planchenault. Régie lumière Jean-Christophe Planchenault ou Chloé Libereau. Régie son Laurent Le Gall.

© photo : Matthieu Edet

Site de la compagnie

Extrait

« La première chose que je peux vous dire c'est qu'on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu'elle portait sur elle et seulement deux jambes, c'était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu'elle ne se plaignait pas d'autre part, car elle était également juive. Sa santé n'était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c'était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »

Momo, un jeune Arabe, raconte son quotidien dans un Belleville populaire. Il vit chez Madame Rosa une vieille femme juive, ancienne prostituée qui a ouvert une pension afin de s'occuper des enfants de prostituées « parties se défendre en province ».

Romain Gary construit dans cette histoire la relation forte entre Madame Rosa et Momo. Une histoire d'amour, d'une famille qui se choisit, qui se dessine en dehors du modèle établi, interrogeant le conformisme du modèle familial.

Madame Rosa va mal, elle vieillit, s'approche de la mort, et Momo va l'accompagner, chercher à apaiser ses peurs, même si « c'est pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur ». C'est également ses peurs et ses interrogations à lui que nous suivons. Un gamin débrouillard, philosophe au langage poétique et maladroit, qui ouvre, qui touche au coeur. Durant tout le récit, l'âge de Momo est incertain, en déséquilibre. Tout comme son esprit qui balance entre enfance et réalités du monde adulte. Je souhaite que Momo prenne la parole en tant qu'adulte qui vient ré-éclairer ses jeunes années. Une entrée dans le récit par convention. Momo à 25 ans, 30 ans, vient nous raconter ses 10 ans, 12 ans, peut-être 15...

Des personnages à fort potentiel théâtral
La vie devant soi, c'est deux personnages centraux entourés d'une galerie de personnages hauts en couleur au fort potentiel théâtral. Madame Lola, qui « se défend » au bois de Boulogne mais qui auparavant était boxeur au Sénégal. Monsieur Hamil, le grand-père spirituel et philosophe du café du coin de la rue. Nadine, la potentielle nouvelle mère de Momo, si jamais Madame Rosa venait à le « lâcher ».

Rendre à nouveau visible la solidarité
Il y a dans le roman de Romain Gary un grand vent de solidarité, une petite utopie perdue ou devenue plus invisible avec la « gentrification » des quartiers populaires de Paris. Simon Delattre y inscrit l'action dans notre époque : « Je vois de nombreuses thématiques ouvertes par le roman en 1975 qui résonnent encore extrêmement fort avec la société actuelle. »

Extrait

« Moi la vie je veux pas lui faire une beauté, je l'emmerde. On n'a rien l'un pour l'autre. Quand j'aurai la majorité légale, je vais peut-être faire le terroriste, avec détournement d'avions et prise d'otages comme à la télé, pour exiger quelque chose, je ne sais pas encore quoi, mais ce sera pas de la tarte. Le vrai truc, quoi. Pour l'instant, je ne saurais vous dire ce qu'il faut exiger, parce que je n'ai pas reçu de formation professionnelle. »

Pourquoi choisir d'adapter ce roman ?
Je sortais d'une écriture de plateau et je voulais me tourner vers un récit fort et solide. Ce roman a joué un rôle important dans ma vie de lecteur adolescent. Devenu adulte, il a toujours eu le même effet sur moi : une immense émotion. C'est un roman qui traverse les âges, actuel, et, mieux encore, universel. Momo incarne la figure du poète, de l'artiste. Son histoire montre comment s'ouvrir à l'art, à la poésie et à la philosophie peut émanciper d'une condition sociale initiale. Cette idée constitue le métadiscours du roman et de la mise en scène. J'adore cet enfant de quatorze ans entouré d'adultes qui leur fait dire des choses puissantes et belles. Et j'adore Madame Rosa, cette ancienne prostituée et déportée qui garde les enfants des autres prostituées parties faire le trottoir !

Comment l'adaptez-vous ?
Je ne voulais pas faire jouer un enfant. Comme Momo parle au passé, j'ai placé l'adaptation de son point de vue d'adulte. Sa parole convoque des situations et on passe de la narration à l'incarnation. La scénographie représente une cage d'escalier qui monte jusqu'à un appartement, tout petit pour que la grosse Madame Rosa y semble encore plus grosse ! Momo est comme le chef d'orchestre de la représentation. Plus on avance, moins la narration est convoquée, au bénéfice de l'incarnation. Adapter ce roman est un peu angoissant car beaucoup de gens l'aiment et ont déjà une relation avec lui, souvent passionnelle. Il m'a fallu faire des choix, trouver l'essence de ce matériau original et je crois qu'elle tient à cette question majeure : est-ce qu'on peut vivre sans amour ? Traverser ce spectacle, c'est tâcher de répondre à cette question.

Quelle est la leçon de vie de ce spectacle ?
Ce qui me touche beaucoup c'est la grande tension dramatique entre la violence sociale et la manière dont elle est vécue par Momo. Il fait de l'aïkido avec ses émotions, accompagnant leur mouvement pour mieux les maîtriser. Le décalage entre ce qu'on sait et ce qui en est dit est un ressort de jeu très puissant. Tigran Mekhitarian, Momo, tient le plateau. Avec lui, Maïa Le Fourn, Madame Rosa, et le marionnettiste Nicolas Goussef. La musicienne Nabila Mekkid incarne le monde de la prostitution de manière musicale. Elle chante en français, en anglais et en arabe : je trouve important que l'on entende cette langue. La solidarité intercommunautaire du Belleville des années 70 interroge notre actualité. C'est un théâtre sociologique plutôt que politique ; pas un spectacle partisan. Reste que celui qui nous parle raconte quelle place on a donné en France à ces communautés venues d'ailleurs.

Propos recueillis par Catherine Robert, journaliste à La Terrasse
photo © Marina Hoisnard

L'adaptation au plateau

Marionnettes ou pas marionnette, l'hybridité une revendication au service du propos
Depuis ma sortie de l'école nationale supérieure des arts de la marionnette en 2011, j'ai régulièrement été sollicité, en tant que spécialiste, par des compagnies de théâtre au sujet de la dramaturgie de la marionnette dans leurs projets . Parallèlement à ce travail d'accompagnement, qui restait pour moi une continuité de la formation, j'ai commencé mon travail de metteur en scène. Aujourd'hui, après la création de 4 spectacles et à peu près autant de formes brèves, mon regard sur la marionnette comme un outil au service de la narration s'affine et s'affirme. Je ne dis plus que je fais des spectacles de marionnette, mais des spectacles de théâtre dans lesquels s'invite la marionnette. Nul complexe du marionnettiste : j'aime, j'aimerai toujours cette discipline. Je préfère simplement l'envisager au service d'un projet « spectacle » et de sa dramaturgie. La marionnette est intégrée dans mon processus de création, mais elle n'est pas la fin en soi de ma recherche de plateau.

Spécifiquement pour La vie devant soi, j'ai fait le choix de placer l'acteur au centre du projet. C'est sa parole qui éclaire les autres champs convoqués au plateau, leur donne vie.

Si demain, je concevais un spectacle qn'engageant pas de manière évidente la marionnette, ce spectacle resterait néanmoins la création d'un marionnettiste. J'entend par là manipuler la grande image du plateau avec tous les outils du théâtre (lumière, son, espace)

Grace au travail de fond des acteurs de la marionnette française, celle ci est placée dans tous les théâtres comme une discipline ambitieuse, créative, polymorphe et reconnue. Il y'a autant de vision de la marionnette qu'il y'a de marionnettistes. Tenter de trop définir un objet n'est ce pas aussi une manière d'assécher ses possibles…?

C'est donc la nécessité de l'histoire qui se déroule au plateau qui donne ses couleurs marionnettiques aux spectacles du Rodeo Théâtre.

Simon Delattre septembre 2018

Des espaces pluriels
Avec Tiphaine Monroty nous pensons l'espace comme un prétexte à raconter. Avec cette notion d'adresse au public, nous souhaitons ne pas chercher à dissimuler la cage de scène du plateau, qui sera donc à nu. Ce qui se raconte, se raconte au théâtre. Mais les changements d'adresse doivent également permettre de poser l'illusion lors des scènes incarnées. C'est pourquoi l'appartement de Madame Rosa, lui, sera matérialisé extrêmement concrètement mais dans des proportions exiguës, pour souligner l'aspect gigantesque de Madame Rosa.

L'escalier sur scène, quant à lui, sera composé de marches incohérentes les unes par rapport aux autres, comme une succession de points de vus différents sur la perspective des marches. Un terrain de jeu qui mettra le corps en alerte et permettra de mettre en jeu le corps dans différentes tensions.

La lumière sur le plateau sera globale, pour souligner ce choix esthétique de la cage de théâtre à nu, mais des resserrements ponctuels pourront se présenter à mesure que l'histoire se déplie.

La marionnette comme outil pour raconter
Le personnage de Madame Rosa sera incarné par Maïa le Fourn, tour à tour costumée d'un corps démesuré puis par le biais d'une marionnette géante pour accentuer les descriptions de Romain Gary à son sujet. Au fur et mesure que le roman se déplie, Madame Rosa semble devenir de plus en plus énorme. Monstrueuse. Inhumaine. Presque irréelle.

Univers sonore
Je souhaiterais qu'un espace au plateau soit dédié à une musicienne. Elle sera l'incarnation de la prostitution. Elle aura en charge d'accompagner la narration et de permettre les bascules dans des scènes plus oniriques. Nabila Mekkid, chanteuse et parolière du groupe Nina Blue jouera ce rôle. J'aimerais qu'elle chante et qu'elle se fasse la voix des prostituées. Guitare électrique, nappes sonores, chansons en arabe, français et anglais, le son sera tour à tour ouaté et enveloppant, séduisant et violent… Alternant de la berceuse au rock.

« Le rodéo est la tentative de faire corps pour un temps donné avec une bête sauvage, de partager avec elle ses trajectoires.

Les enjeux de la création théâtrale m'apparaissent proche de ceux du rodéo : dompter la bête sauvage qui se cache derrière chaque projet, donner à voir les images de ce combat, cette chevauchée, cette tentative de faire corps avec la nature brute contenue dans toute proposition artistique.

Le rodéo est une discipline populaire, tout comme doit l'être, il me semble, le théâtre aujourd'hui. Ne pas plonger dans l'élitisme d'un coté, mais rester exigeant dans ce qu'on propose, et toujours faire confiance aux spectateurs.

La compagnie se redéfinit à chaque instant, mais on peut dire qu'au Rodéo Théâtre, on aime les auteurs, de préférence vivants. On aime le théâtre qui raconte des histoires. On utilise des marionnettes et elles sont l'un de nos outils de prédilection. Elles me permettent d'aborder le plateau d'un point de vue cinématographique, de varier les échelles, de créer des images qui prennent le relais de ce qui peut être dit. »

Simon Delattre

«Mieux que le droit du sang, mieux aussi que le droit du sol, c'est celui du coeur qui scelle les attachements : Romain Gary le dit trente ans après la Shoah, dont Madame Rosa est rescapée ; Simon Delattre le rappelle aujourd'hui, alors que gronde la bêtise raciste et que d'aucuns confondent hérédité et parenté…(...) C'est le coeur et non pas le ventre qui fait la maman ; c'est l'amour, plutôt que le genre, qui fait les parents ; c'est la tendresse, mieux que les certificats de naissance, qui fonde les familles. Il est des évidences auxquelles notre époque devrait se résoudre sereinement (...) Entre théâtre, marionnettes et musique, Simon Delattre imagine une touchante adaptation du roman de Romain Gary. (…) L'ensemble compose un univers poétique et rêveur qui ressemble à une boîte à musique ouverte par un enfant rieur et émerveillé. » www.journal-laterrasse.fr

« Un remarquable quatuor d'interprètes qui met particulièrement bien en valeur la dimension poétique et imagée du texte de Romain Gary. » Le Monde

« Porté par le jeu habité des comédiens, époustouflante et vibrante Maia Le Fourn en Madame Rosa, Tigran Mekhitarian, ingénu et fougueux à souhait en Momo, et la présence évanescente et rockeuse de Nabilla Mekkid, corps généreux à toutes les prostituées de la terre, qui prête sa voix légèrement fêlée et son, cet hymne à la vie, un brin naïf souligne le texte de Gary et ensorcèle un public conquis. » www.loeildolivier.fr

« La poésie visuelle répond bien à la poésie un peu folle du texte de Gary-Ajar, la tendresse et l'humanité font la nique à la pauvreté et à la mort, les symboles visuels sont forts et utilisés sans excès. » toutelaculture.com