JEUDI 14 MAI 20H
durée 1h
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GRANDE SALLE
tarif A
THÉÂTRE
dès 14 ans

AUTOUR DU SPECTACLE
cinéma

Les Naufragés

D'APRÈS PATRICK DECLERCK
MISE EN SCÈNE EMMANUEL MEIRIEU
COMPAGNIE BLOC OPÉRATOIRE

Le témoignage d'un homme parti vivre avec les oubliés, les naufragés, les indigents.

Nous les côtoyons tous les jours. Souvent ils sont ivres et peinent à mendier. Ils sentent mauvais, vocifèrent et font peur. Nos regards se détournent. Qui sont ces marginaux aux visages ravagés ? Ce sont les clochards. Fous d'exclusion. Fous de pauvreté. Fous d'alcool. Et victimes surtout. De la société et de ses lois. Du marché du travail et de ses contraintes.
Face au micro, seul en scène, le narrateur livre le récit de Patrick Declerck, cet anthropologue-psychanalyste qui a vécu en immersion avec les clochards de Paris pendant 15 ans. Il choisit de se faire embarquer incognito avec eux dans un centre d'urgence pour y mener une étude ethnologique, puis ouvre une consultation d'écoute aux SDF et pratique la psychanalyse comme un infirmier de guerre répare les corps sur le front. Un patient devenu son ami se laisse mourir devant le centre, sa dépouille disparaît, cela l'obsède, il va mener son enquête…
Le comédien François Cottrelle érige la parole de ces hommes fracassés. La pièce d'Emmanuel Mérieu donne chair au roman de Patrick Declerck dans un décor d'embarcadère de fin du monde, accompagné d'un dispositif visuel et sonore prégnant qui rappelle celui de Des hommes en devenir, présenté à DSN en 2018.

« Les Naufragés gifle le public. Avant de lui mettre des larmes plein le cœur. » Télérama

Avec François Cottrelle. Adaptation François Cottrelle, Emmanuel Meirieu. Musique Raphaël Chambouvet. Costumes Moïra Douguet. Lumières, décor, vidéo Seymour Laval, Emmanuel Meirieu. Son : Raphaël Guénot.

Production : Le Bloc Opératoire, La Comédie Odéon, Les Nuits de Fourvière. La compagnie Bloc Opératoire est conventionnée par la Drac Rhône Alpes. Soutien : Région Auvergne Rhône Alpes, la Ville de Lyon.

© photo : Pascal Gély

Site de la compagnie

Metteur en scène/adaptateur

Né à Versailles en 1976. Artiste associé au CDN de l'Est. Conventionné DRAC Auvergne Rhône Alpes, Région Auvergne Rhône Alpes

Ses spectacles sont présents sur tout le territoire national dans le réseau des scènes labellisées, notamment à : La Criée CDN, Le CDN de Poitou, le CDN de l'Est, Châteauvallon SN, Bonlieu SN, Les Gémeaux SN, Le Carreau SN, Angoulême SN, La Halle aux Grains SN, l'Agora SN, l'Arc SN, le TNB, la SN de Dieppe, la SN de Saint Quentin-en-Yvelines, la SN du Mans, le Théâtre de National de Nice, Le Grand Marché CDN, L'archipel SN… A Paris, il présente ses spectacles au Théâtre des Bouffes du Nord, au théâtre du Rond-Point, et à la Villette.

Il mène des études de philosophie et de droit. Quarante et un an à créer un théâtre stimulant et actuel. Passionné par les acteurs et le récit, il aborde le théâtre en créateur d'émotions fortes. Il porte à la scène les auteurs d'aujourd'hui et toujours avec l'envie de faire entendre d'une manière simple la puissance des histoires tout en créant des archétypes de théâtre inoubliables : des êtres brisés, des marginaux grandioses et viscéralement humains, " ces derniers qui seront les premiers ". Qu'il travaille avec des interprètes confirmés ou révèle des talents bruts, sa direction d'acteur est unanimement saluée.
Avec De Beaux Lendemains qu'il a présenté aux Bouffes du  Nord  en  2011, et " Mon traître " créé au théâtre Vidy-Lausanne en 2013, et repris en janvier 2017 au Théâtre du Rond-Point, puis " Des Hommes en devenir " à la Villette, il a su démontrer son talent pour l'adaptation de romans à la scène.
" A chacun de mes spectacles, des êtres viennent se raconter, seul en scène,  dans une adresse publique, assumée. Ces personnages de roman devenus des hommes de chair et d'os, des êtres vivants, humains, crèvent le quatrième mur pour se confier à nous, partager leurs émotions. Pour se réparer et nous réparer. Et que nous reformions, peut-être, le temps d'un spectacle, et même si c'est incroyablement vaniteux de le dire et de l'espérer, la famille humaine ", écrit-il.

Patrick Declerck

Né à Bruxelles en 1953.

Anthropologue, psychanalyste, philosophe et romancier.

Il a suivi pendant plus de quinze ans les clochards de Paris
D'abord comme ethnographe à la Maison des Sciences de l'Homme, puis
en tant que psychanalyste à la Mission France de Médecin du Monde, enfin comme consultant au Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre.

De cette expérience, il tire deux livres :
" Les Naufragés – avec les clochards de Paris ", devenu un livre phare des éditions Terre Humaine, ouvrage majeur de l'anthropologie contemporaine, de nombreuse fois récompensée et " Le sang nouveau est arrivé, pamphlet sur l'horreur SDF ", publié aux éditions Gallimard.

Le prix Victor Rossel 2012 (prix littéraire le plus important en Belgique francophone) lui a été décerné pour " Démons me turlupinant ".

Nous les côtoyons tous les jours. Souvent ils sont ivres et peinent à mendier. Ils sentent mauvais, vocifèrent et font peur. Nos regards se détournent. Qui sont ces marginaux aux visages ravagés ? Ce sont les clochards. Fous d'exclusion. Fous de pauvreté. Fous d'alcool. Et victimes surtout. De la société et de ses lois. Du marché du travail et de ses contraintes.

Patrick Declerck a suivi les clochards de Paris pendant quinze ans.
Etudiant, il décide de se faire embarquer avec les clochards jusqu'au centre d'hébergement d'urgence de Nanterre pour y mener une étude ethnographique.
Incognito, en immersion complète, ils partagent leur nuits…
" Un vieux bonnet, un collier antipuce pour chien autour du bras, un autre autour de la cheville, des poudres insecticides et anti gale, je verse sur mes vêtements la moitié d'une bouteille de mauvais vin et je rejoins la tour Saint Jacques où j'attends le passage du bus de ramassage ".
En 1986, il ouvre la première consultation d'écoute destinée aux SDF. Il pratique la psychanalyse au Centre de Soins Hospitaliers de Nanterre, comme un infirmier de guerre répare les corps sur le front.
" La consultation psy, j'y allais en chaussure montante. A causes des puces. A cause des milliers de poux qui dégoulinent en cascade quand on rase la tête d'un patient et qu'on détruit les nids. ".
Un patient l'obsède encore : Raymond qui était devenu son ami. Raymond qui s'est laissé mourir devant le centre d'accueil, une nuit d'hiver et dont le corps a disparu.
Après sa mort, Patrick va mener l'enquête, essayer de comprendre. Et chercher sa dépouille.

Depuis dix ans, Emmanuel Meirieu porte des romans à la scène, et toujours sous la forme de témoignages. Face au public, au micro et seuls en scène, des êtres viennent se raconter, brisés, viscéralement humains.
" Au théâtre, je crois d'abord aux mots et aux histoires pour dire ce que nous vivons, ce que nous ressentons, au plus profond de nous-même, dit-il. Je suis convaincu qu'on peut faire du théâtre de milles façons, après quinze ans de travail, j'ai trouvé la mienne : un personnage vient se raconter à vous, tout simplement. Quand je fais du théâtre, je veux que les spectateurs oublient que c'est du théâtre. Je veux que, dès les premiers mots prononcés, ils croient que celui qui leur raconte son histoire est celui qui l'a vraiment vécu, comme dans un groupe de parole. Qu'ils croient que les acteurs prononcent ces mots-là pour la première fois de leur vie, et qu'ils le font pour eux. Il n'y a qu'au théâtre que le personnage d'une histoire est physiquement présent comme cela devant nous, vivant, dans le même endroit du monde et au même moment, respirant le même air, séparé simplement de quelques mètres de nous. Il n'y a qu'au théâtre qu'il peut s'adresser directement à nous, vous pouvez presque le toucher. Ces personnages de roman devenus des hommes de chair et d'os, des êtres vivants, humains, crèvent le quatrième mur pour se confier à nous, partager leurs émotions. C'est nous qu'il regarde, c'est à nous qu'ils parlent. Ce ne sont plus des monologues de théâtre, ce sont des témoignages, des faits vécus par la personne qui nous les raconte.

Avec " Les Naufragés ", Emmanuel nous donnera à écouter le témoignage d'un homme parti vivre avec les oubliés, les naufragés, les indigents.

" J'ai voulu pour ces hommes fracassés, sans paroles, sans histoires, sans traces, ériger une sorte de monuments. Un mémorial qui leur ressemble un peu. Un peu de travers donc. D'un goût douteux parfois. Quelques pierres sans plus. Presque ruines... "

" L'odeur, je me souviens surtout de l'odeur, qui vous prend à la gorge, imprègne vos vêtements, une odeur d'aisselles et d'entrejambes, de pieds purulents qui ont pas été déchaussés depuis des semaines. Pendant quinze ans de ma vie je me suis intéressé aux clochards de Paris, je les ai suivis dans la rue, dans le métro, les centres d'hébergement, à l'hôpital. J'ai aidé à les soigner, je pense en avoir soulagé plusieurs, je sais n'en avoir guéri aucun. Je les ai haïs la plupart du temps. Ils puent. Ils puent la crasse et le mauvais vin, ils puent la haine et la rancœur. Ils se volent entre eux, ils terrorisent les plus faibles, ils guettent comme des rats le sommeil des autres pour leur voler une bouteille à moitié vide, ils violent leurs femmes, les prostituent pour de l'alcool ou des cigarettes, elles protestent même pas, elles ricanent comme des sorcières avec des bouches édentées... Mais il n'y a pas eu que la haine. C'est pour ça que je suis resté longtemps à les regarder, à les écouter. C'est pour ça que maintenant que je les ai quittés, il y a des soirs ils me manquent un peu. D'abord, je pensais faire académique, ethnographique, vous décrire en détail les différentes pratiques de la mendicité, leurs échanges micro-économiques, la géographie de leurs déplacements, mais maintenant je peux plus. Les souvenirs se bousculent, les morts et les vivants, les morts vivants, tous ceux que j'ai croisés, le temps d'un mot, d'un pansement, d'un comprimé, un repas chaud. Raymond… Raymond. Sa petite tête toute ronde, son gros pif de Raymond… "

"Emmanuel Meirieu ne sait pas créer un spectacle sans être totalement habité par son sujet. Un mausolée théâtral pour les sans-abri." Fabienne Darge, Le Monde

"Comme un poème noir sans merci, dicté par l'épouvante d'une réalité soigneusement cachée." Jean Pierre Léonardini, L'Humanité

"En adaptant l'essai de Patrick Declerk, Emmanuel Meirieu illumine les Nuits de Fourvière (...) Interprété avec maîtrise par Patrick Cottrelle qui, pieds nus, pantalon et chemise souillés, fait penser dans la pénombre au comédien Olivier Gourmet, le monologue porte haut l'étendard de l'indignation, sans jamais chavirer dans une pleurnicherie que, déjà, l'auteur réprouve à l'évidence.". Gilles Renault, Libération

"Le récit bouleverse et est aussi universel que le sont Les bas-fonds de Maxime Gorky." Armelle Heliot, Le Figaro

"Un spectacle d'une intensité visuelle et émotionnelle exceptionnelle. D'une maîtrise absolue". René Solis, La Dispute, France Culture

"Une émotion d'autant plus forte que François Cottrelle (à l'origine du projet) évite tout pathos dans sa diction et que le propos humaniste fustigeant les ravages du libéralisme, l'intolérance doublée d'indifférence à l'égard des marginaux, n'est jamais dilué dans le flot d'images, de musiques (Arvo Pärt, Chopin) et de sons tournoyants. (...) La force d'un théâtre qui sait ouvrir grand nos yeux, et les mouiller de larmes". Philippe Chevilley, Les Echos

"Un spectacle invraisemblable par son embrasement autant spatial que poétique. Un monument pour les fracassés." Jean-Pierre Thibaudat, Mediapart

"Emmanuel Meirieu plonge dans l'outre monde des clochards avec un texte poignant. (...) La mise en scène spectaculaire contraste avec son écriture clinique, par laquelle il restitue le témoignage de Patrick Declerck, à la lumière crue des néons." Bénévent Tosseri, La Croix