Du 24 mars au 1er avril

Saules aveugles, femme endormie

FILM D'ANIMATION FRANÇAIS DE PIERRE FÖLDES | 2023 | 1H49
D’APRÈS L’ŒUVRE D’HARUKI MURAKAMI

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Un chat perdu, une grenouille géante et un tsunami aident un attaché commercial sans ambition, sa femme frustrée et un comptable schizophrène à sauver Tokyo d’un tremblement de terre et à redonner un sens à leurs vies…
« Le cinéaste choisit six nouvelles de l'écrivain japonais. Le travail d'adaptation est admirable, il élague les histoires, réduit le nombre de personnages et enchevêtre les destins de ses héros réduits à quatre principaux et invente un récit où chacun est un peu le miroir de l'autre. »
À partir de 14 ans

HORAIRES

vendredi 16:30 | 20:45
samedi 14:30 | 18:45
dimanche 16:30
mardi 16:30 | 20:45

mercredi 16:30
jeudi 14:15 | 18:45
vendredi 18:30
samedi 18:30 D

Dossier de presse
Dossier pédagogique

Pierre Földes

Artiste complet, Pierre Földes est à la fois réalisateur, compositeur et peintre. Né aux Etats-Unis, de père hongrois et de mère britannique, Pierre Földes est le fils d’un pionnier de l’animation informatique, Peter Földes, récompensé à Cannes et aux Oscars. Il grandit à Paris, où il étudie le piano et la composition. Il fait ses débuts en tant que compositeur à New-York pour le cinéma et la publicité avant de revenir en Europe. Passionné de dessin et d’animation, il écrit et réalise lui-même plusieurs court-métrages en adaptant un pipeline de fabrication à ses idées de films. Il développe ainsi une technique et un style personnels et singuliers.

«Lauréat – Prix spécial 2021 de la Fondation Gan pour le Cinéma».

REALISATEUR ET COMPOSITEUR
Les Allemands du Pont-Neuf [cm]
Petites scènes d’été [cm]
Mikrodramas [cm]
Coffee and bananas [cm]
De la subjectivité de la notion d’existence liée à l’authenticité de la jouissance féminine [cm]

COMPOSITEUR
2008 The Oaks (Série TV) (1 épisode)
2007 Babylon Fields (Fiction TV)
2007 Pose Down (Vidéo)
2007 Egy rém rendes család Budapesten (Série TV)
2007 Tincs, ami van… (thème principal)
2007 A kukkoló… (thème principal)
2007 Kicsi a ház, nagy rakás… (thème principal)
2007 Házassági évforduló… (thème principal)
2007 A rettenthetetlen… (thème principal)
2007 Independent Lens – A Fish Story (série TV documentaire – 1 épisode)
2005 12 and Holding (arrangeur et musicien)
2004 From Other Worlds – Barry Strugatz
2004 Critical Path : R. Buckminster Fuller [cm] – Benita Raphan
2002 And She Was – Frank Rainone
2002 2+2 (Short) – Benita Raphan
2002 Hitman 2 : Silent Assassin (Jeu-vidéo – compositeur / arrangeur)
2001 L.I.E. – Michael Cuesta
2001 Musique des Jeux Olympiques d’hiver (Salt Lake City)
1999 On the Q.T. – Yale Strom
1996 J’ai échoué [cm] Philippe Donzelot
1990 Outremer – Brigitte Roüan

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DES NOUVELLES DE MURAKI ENCHEVÊTRÉES

Tokyo, quelques jours après le tremblement de terre et le tsunami de 2011. Kyoko quitte subitement son mari après avoir regardé les images du tremblement de terre cinq jours
d’affilée.
Son mari Komura, désemparé, prend une semaine de congé et entreprend un voyage dans le Nord pour y livrer une boîte au contenu énigmatique à deux jeunes femmes.
Son collègue de bureau, Katagiri, un modeste agent de recouvrement, disgracieux et solitaire, rentre chez lui un soir et se retrouve nez à nez avec une grenouille de deux mètres de haut lui demandant de l’aide pour sauver Tokyo d’un autre tremblement de terre imminent.
Au travers de souvenirs, rêves et fantasmes, Kyoko, Komura et Katagiri, influencés par leurs visions du tremblement de terre sous la forme de saules maléfiques, d’un lombric géant, d’un vœu secret, d’une boîte mystérieuse et d’un corridor sombre et sans fin – tentent de renouer avec eux-mêmes.

Haruki Murakami

Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma, puis a dirigé un club de jazz, avant. d’enseigner dans diverses universités aux États-Unis. En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au Japon.
Ont notamment paru chez Belfond Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (2002), Kafka sur le rivage (2006), L’éléphant s’évapore (2008), Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (2009), la trilogie 1Q84 (2011 et 2012), Underground (2013), le recueil de nouvelles Des hommes sans femmes (2017), Le Meurtre du Commandeur, livres 1 et 2, De la musique – Conversations (2018), Profession romancier (2019) et Première personne du singulier (2022). Tous les ouvrages de Haruki Murakami sont repris chez 10/18.
Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu le prestigieux Yomiuri Literary Prize, le prix Kafka 2006, le prix de Jérusalem pour la liberté de l’individu dans la société en 2009, le prix international de Catalogne 2011, le prix Hans Christian Andersen en 2016 et le prix Mondial Cino Del Duca 2022. (source Belfond)

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Je pense que certains d’entre nous, à un moment de leur vie, connaissent une sorte de prise de conscience qui nous aide à nous rendre compte que le chemin que nous avons choisi n’était peut-être pas le meilleur, ou que la personne que nous sommes devenue n’était pas celle que nous avions imaginée. Ça a pu arriver comme ça, par paresse ou par des choix que nous avons ou non effectués. Ce « wake-up call » peut venir d’une rencontre, d’une séparation, de quelque chose qui nous tombe dessus, ou peut-être simplement par l’influence d’un évènement quel qu’il soit.

Dans le cas de ce film, c’est un tremblement de terre, celui qui a déclenché le tsunami de mars 2011. Les personnages sont dans une impasse, mais l’ignorent. Ils dorment. Un séisme aussi réel qu’intérieur les aide à ouvrir les yeux sur des vérités qu’ils se sont cachées.

J’ai découvert Haruki Murakami du temps où j’habitais à New York, où je travaillais comme compositeur freelance de musiques de films. J’ai été tout de suite séduit par son style, où se mêle le surnaturel avec le quotidien, un auteur qui apporte un souffle frais en racontant ce qui se passe dans les profondeurs, tout en ne décrivant que les délicates vaguelettes de la surface.

À mon retour en Europe, je me suis mis à l’animation que je connaissais par mon père, Peter Földes, animateur de génie césarisé en son temps. J’ai commencé alors à développer mon projet de long métrage d’animation 2D basé sur l’oeuvre de Murakami.

Quand j’ai eu carte blanche pour choisir des nouvelles à adapter, la 1ère que j’ai choisie était Saules aveugles, femme endormie et j’ai décidé d’en faire le titre du film. Pour autant, le film n’est ni une adaptation de cette seule nouvelle, ni l’adaptation du recueil de nouvelles qui porte également ce titre ; en réalité, j’ai choisi des textes parmi trois recueils de nouvelles différents de Haruki Murakami.

J’ai arrêté mon choix sur les six nouvelles suivantes : Crapaudin sauve Tokyo – Un ovni a atterri à Kushiro – Le jour de ses vingt ans – Le petit grèbe – Saules aveugles femme endormie – L’oiseau à ressort – Les femmes du mardi qui me parlaient, qui allaient bien ensemble, parce qu’elles m’attiraient, m’excitaient, éveillaient en moi toutes sortes de choses aussi délicates qu’indescriptibles, aussi profondes qu’inattendues, mais sans autre plan en tête que celui d’exploiter ce qui m’inspirait.

Dans mon travail d’adaptation, j’ai procédé par étapes. La première, plus timide et respectueuse a consisté à suivre de près les textes avec tous leurs personnages. Chaque histoire était alors bien distincte et suivait son cours jusqu’à son terme. Il y avait à ce stade cinq histoires, dont une un peu absurde que j’avais découpée en tronçons et qui servait de promenade, de respiration entre les autres, un peu à la manière des Promenades dans la pièce pour piano.

Au fur et à mesure que je retravaillais le scénario, la dizaine de personnages pouvait et devait selon moi, être concentrée sur quatre personnages principaux, dont ils seraient les différentes facettes. J’ai donc imaginé peu à peu une histoire globale où la structure de chaque nouvelle s’en trouvait découpée, déconstruite. De cette deuxième étape est née un scénario composé d’histoires entièrement enchevêtrées avec les mêmes personnages qui les traversent.

La troisième étape a consisté à créer une structure en 7 parties, où la beauté, la singularité et le rythme inhérent à chaque histoire sont recréés, tout en maintenant l’existence de personnages transcendant toutes les histoires au sein d’une continuité globale, inédite cette fois, et dont au départ, je ne connaissais pas bien le sens.

Ce n’est que plus tard que la compréhension de ce que j’écrivais m’est apparue. Les événements qui m’ont moi-même touchés ont ainsi naturellement entrés au cœur de l’histoire que je racontais, et en ont créé l’ossature, la chronologie, qui se trouve relativement explosée et déconstruite dans la narration finale du film.

Ces histoires enchevêtrées racontent comment un événement marquant va être le déclencheur d’une remise en question existentielle. La façon dont chaque histoire opère est à l’instar de ce que je souhaite accomplir avec le film. Je ne cherche pas à clarifier, à apporter de conclusion, ni à énoncer les choses. Ainsi à la fin du film, les personnages n’ont pas « résolu » leurs problèmes mais ils sont parvenus à changer de cap, à prendre conscience. C’est le sujet du film. J’aimerais nourrir le spectateur de l’intérieur, pour qu’une fois assimilé, le film lui inspire un regard sur lui-même.

Pour ce faire, j’ai voulu une mise en scène plutôt sobre, simple, privilégiant les cadres fixes. Il en résulte un découpage et des cadrages précis et variés où la réalité des échanges dialogués se mêle souvent à ce qui y est décrit, en particulier entre Frog et Katagiri, où Katagiri imagine ce que Frog, son alter ego, lui raconte.

Mon but est de créer une ambiance, un mystère propre à inspirer un questionnement à chaque instant. L’image est donc construite à cette fin. Je ne cherche pas à décrire la réalité mais plutôt à la transposer dans une vision assez expressionniste pour mettre en exergue ce qui me semble le plus important. Pour moi, c’est un peu le propre de l’animation, d’interpréter l’image, les décors, les mouvements mais aussi de la simplifier, pour permettre au spectateur de recréer sa vision des choses.

Ainsi, les figurants n’apparaissent que comme des ombres plus ou moins transparentes, plus ou moins colorées suivant leur importance dans l’image. Les décors, le plus souvent assez construits, sont parfois composés de quelques traits seulement.

L’acting lui, est issu d’un travail avec des comédiens dans une mise en scène plus proche du théâtre que du réalisme. C’est donc au cours d’un tournage de prise de vues réelles, sans éclairage ni décors, que l’acting est pré-determiné avec les comédiens. Cette technique diffère de celle de la rotoscopie en ce sens que l’animateur ne décalque pas la vidéo live mais s’inspire du travail du comédien, de ses expressions, du rythme et de   ses mouvements comme base de son animation. Bien que les voix définitives ont été réenregistrées en post production par souci de recréer une bande-son plus travaillée, les voix témoins du tournage servent à l’animateur pour incarner les personnages.

Les « promenades » telles que je les ai évoquées plus haut, se sont transformées, dans la version actuelle du scénario, en moments contemplatifs qui correspondent à la numérotation visible des chapitres du film. C’est durant ces moments de respiration, que la musique conjuguée aux images, joue un rôle actif en aidant à introduire un nouveau climat, tout en laissant le temps de digérer le chapitre précédent.

Compositeur de formation, je suis très porté sur les questions liées à la bande-son et j’ai signé la composition de la musique du film. Le sound design fait pour moi partie intégrante de la composition musicale. Cette musique cherche avant tout à donner un climat, une ambiance plutôt que de souligner des émotions déjà présentes à l’image en cherchant avant tout à révéler des détails sensoriels. À cette musique orchestrale, se joignent des éléments éléctro-acoustiques et dans certaines scènes, un style s’inspirant des films noirs Japonais des années 50.

En tant que réalisateur, mon but est de faire un film innovant, qui raconte d’une manière originale une histoire délicatement magique, ancrée dans un quotidien banal bouleversé par des cataclysmes aussi intérieurs que réels. Pour montrer cette intériorité au sein d’un réalisme magique, l’animation est pour moi le parfait medium, parce que tout doit être recréé de toute pièce résultant ainsi en un décalage renforcé de la réalité. Ce besoin de décalage, de transposition est essentiel dans mon approche de réalisation.

Pierre Földes

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EXTRAITS DE PRESSE
« Pourquoi tu ne ferais pas un petit voyage ? » Földes, également auteur de la musique, parvient à faire de ces croisements d’histoires un labyrinthe mental et pénètre l’intime de chaque être sans jamais les trahir. Sa mise en scène d’une grâce et d’une pureté absolues, étreint le spectateur pour ne plus le lâcher. Un miracle. Première
Mais, parmi les indices qui flottent dans ce film singulier, fidèle à Murakami, c’est un aphorisme de Nietzsche qui s’impose, comme belle loi du cinéma d’animation : « La plus grande sagesse, c’est de n’avoir peur de rien. » Télérama
Si la narration a tendance à s’étirer, on est emporté par ce film pour adultes, scandé par des parenthèses oniriques, qui se démarque par son animation impressionnante. Le Journal du Dimanche
Un récit polyphonique qui juxtapose les partitions solitaires de héros en butte à la dépersonnalisation de la société nipponne, à ses traumas résiduels, au stakhanovisme du monde du travail et à la solitude qui en découle. Un trait angoissant et une mise en scène claustrophobique. L'Obs
Saules aveugles, femme endormie est une expérience parfois déconcertante, qui à l'instar des personnages demande de lâcher prise pour trouver le sens qui manque a priori. Ecran Large