Samedi 21 mai

2=1 « DENIS LAVANT PRÉSENTE »

DEUX FILMS POUR LE PRIX D'UN !
AVEC HOLY MOTORS(18H) + BEAU TRAVAIL (21H)
BAR OUVERT DE 17H30 À 21H : BOISSONS ET PETITE RESTAURATION.

Suite à un changement dans l'emploi du temps de Denis Lavant, la rencontre cinéma initialement prévue samedi 21 mai aura lieu le dimanche 22 de 13h30 à 14h30 au bar de DSN, merci de votre compréhension.

Holy Motors

FILM FRANÇAIS DE LEOS CARAX | 2012 | 1H55
AVEC DENIS LAVANT, EDITH SCOB, EVA MENDES
SÉLECTION OFFICIELLE CANNES 2012

De l'aube à la nuit, 24 heures dans la vie de Monsieur Oscar. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l'action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?

Dossier de presse

L'Histoire dira qu'avant ou après sa mort il se trouva en présence de Dieu et lui dit : " Moi qui aie été tant d'hommes en vain, je voudrais n'être qu'un : moi ". La voix du Seigneur lui répondit depuis un tourbillon : " Moi-même, je ne suis pas un ; j'ai rêvé le monde comme tu as rêvé ton œuvre, mon Shakespeare, et parmi les figures de mon rêve tu te trouvais, toi qui es comme moi, plusieurs et aucun."  Jorge Luis Borges Everything and Nothing

Vous apparaissez au début du film, dans une sorte de prologue, qui est plus précisément et littéralement une ouverture. D'où vient l'idée d'être physiquement présent à l'écran ?
J'ai d'abord eu cette image d'une salle de cinéma, grande et pleine, dans le noir de la projection. Mais les spectateurs sont tout à fait figés, et leurs yeux semblent fermés. Sont-ils endormis ? Morts ?
Le public de cinéma vu de face – ce que personne ne voit jamais (sauf dans l'extraordinaire plan final de The Crowd de King Vidor). Puis mon amie Katia m'a fait lire un conte d'Hoffmann. Le héros y découvre que sa chambre d'hôtel donne, via une porte dérobée, sur une salle d'opéra. Comme dans la phrase de Kafka, qui pourrait servir de préambule à toute création : "il y a dans mon appartement une porte que je n'avais jamais remarquée jusqu'ici". J'ai donc pensé débuter le film avec ce dormeur réveillé en pleine nuit, qui se retrouve en pyjama dans une grande salle de cinéma remplie de fantômes. Instinctivement, j'ai appelé l'homme, le rêveur du film, Leos Carax. Alors je l'ai joué.

" Il y a dans mon appartement une porte que je n'avais jamais remarquée jusqu'ici".

Dans quelle mesure Merde, votre contribution au film Tokyo !, a joué un rôle dans la conception de Holy Motors, où le personnage de Merde est un des avatars (est-ce le bon terme ?) de Denis Lavant ?
Holy Motors est né de mon impuissance à monter plusieurs projets, tous en langue étrangère et à l'étranger. Butant toujours sur les deux mêmes obstacles : casting et fric. N'en pouvant plus de ne pas tourner, je me suis inspiré de l'ex- périence de Merde, qui était une commande japonaise. Je me suis passé à moi-même la commande d'un projet fait dans les mêmes conditions, mais en France : imaginer vite, pour un acteur déjà choisi, un film pas trop cher. Tout ça rendu pos- sible aussi par l'usage des caméras numériques, que je méprise (car elles s'imposent ou on nous les impose), mais qui rassurent tout le monde.

L'idée des moteurs, de la motorisation, de l'importance des machines est à la fois clairement revendiquée par le titre et présente de manière sous-jacente dans le film. Cette idée est-elle à l'origine du projet ou a-t-elle pris forme petit à petit ?
Il n'y a jamais aucune idée au départ d'un projet, aucune intention. Mais deux trois images et sentiments, que je monte ensemble. Pour Holy Motors, j'avais entre autres l'image de ces extra- longues limousines qu'on voit depuis quelques années. Je les ai croisées pour la première fois en Amérique, et mainte- nant à Paris dans mon quartier chaque dimanche, lors des mariages chinois. Elles sont bien de leur époque. À la fois bling bling et toc.
Belles vues de l'extérieur, mais à l'intérieur on ressent une sorte de tristesse, comme dans un hôtel de passe. Quand même elles me touchent. Elles sont désuètes, telles les vieux jouets futuristes du passé. Elles marquent je crois la fin d'une époque, celle des grandes machines visibles.
Très vite, ces voitures sont devenues le cœur du film, son moteur si je peux dire. Je les ai imaginées comme de longs vaisseaux qui transbahuteraient les hommes dans leurs der- niers voyages, leurs derniers travaux. Le film serait alors une sorte de science-fiction, où hommes, bêtes et machines se trouveraient en voie d'extinction – "moteurs sacrés" solidaires, liés par un sort commun, esclaves d'un monde de plus en plus virtuel. Un monde d'où dispa- raitraient peu à peu les machines visibles, les expériences vécues, l'action.

" J'appelle expérience un voyage au bout du possible de l'homme ". (Georges Bataille)

Qui est Monsieur Merde ? Est-ce un fantôme venu du passé ? Un compagnon de travail ?
Monsieur Merde, c'est mon immonde. C'est la grande régression post 11 septembre (des terroristes qui croient à des his- toires de vierges au paradis, des gouvernants qui jubilent de pouvoir enfin profiter de leurs pleins pouvoirs, tels des enfants tout-puissants. Et des peuples sidérés, comme des orphelins seuls dans le noir). Monsieur Merde, c'est la peur, la phobie. L'enfance aussi. Monsieur Merde, c'est le comble de l'étranger : l'immigré raciste.

Le personnage de Monsieur Oscar aurait-il pu être interprété par quelqu'un d'autre que Denis Lavant ?
Si Denis avait refusé le film, j'aurais proposé le rôle à Lon Chaney ou à Chaplin ou à Peter Lorre, Michel Simon.

Dans quel garage remise-t-on les humains lorsqu'ils ont fini leur journée ? Y a-t-il pour eux quelque chose de comparable au lieu où se termine le film ? 
Là où les humains se garent pour la nuit – ce qu'on appelle "la maison". Mais où est la vraie demeure de chacun ? Ou bien vaut-il mieux vivre sa vie par monts et par vaux, en explora- teur, parcourant terres et mers ? Mais peut-être nos vraies maisons sont-elles, déjà, nos ordinateurs ?

"Tu entends ce cri de guerre que les hommes lancent à la face de l'avenir le provoquant au combat ," (Leonid Andreïev)

Jean-Michel Frodon

https://www.gncr.fr

EXTRAITS DE PRESSE

Un film d'une liberté suprême. L'Humanité
Conquérant souverain, faussement mélancolique, incroyablement ludique, sidérant d'originalité et d'invention : Carax décoche un film génial. Les Inrockuptibles
La beauté et l'étrangeté s'imposent, irréfutables. Ces sentiments contradictoires qu'évoque le même film donnent une idée de son ampleur. (...) Ce qu'accomplit Denis Lavant dans "Holy Motors" tient du prodige. Le Monde
Chacune des exténuantes incarnations [de Monsieur Oscar] transfigure le film lui-même, dans la clarté éblouissante de ses effets comme l'intensité mate de son mystère, en un jeu de dupes et de doubles. Libération
"Holy Motors" est un film de fulgurances, où rien n'est donné, où tout est offert, ses beautés multiples sont convulsives, de celles qu'André Breton célébrait et appelait de ses voeux, avant tout elles sont de cinéma (...) c'est ce qui éblouit aussi. L'Obs
Carax revisite l'histoire du cinéma et jongle avec les correspondances. (...) [Le film], fort heureusement, n'est pas qu'un hommage au septième art. Il célèbre, aussi, la vie et ses illusions, la vie comme une succession vertigineuse de rôles, un tourbillon plus ou moins absurde de personnages. Télérama
Carax, pactisant avec l'ennemi - le numérique -, réussit à nous entraîner dans un carrousel d'images aussi étrangement émouvantes que celles du cinéma des premiers âges, et, multipliant les réminiscences, les rémanences (...) nous fait monter sur son vertigineux manège des métamorphoses. Marianne
Peu de cinéastes ont le courage de questionner ainsi leurs spectateurs, à part Godard évidemment, sans s'ériger en petit juge comme le fait Haneke, mais avec l'angoisse profonde de l'artiste qui se demande s'il reste des spectateurs pour voir la beauté dans le monde. Cahiers du Cinéma