Vendredi 8 avril 18h30

SPECTACLE ET CINÉMA

AUTOUR DE LES DÉTACHÉ.E.S

Des hommes

FILM DOCUMENTAIRE FRANÇAIS DE JEAN-ROBERT VIALLET ET ALICE ODIOT | 2019 | 1H32
SÉLECTION OFFICIELLE, CANNES 2019

25 jours en immersion dans la prison des Baumettes. 2 000 détenus dont la moitié n'a pas 30 ans... Un documentaire d'une humanité bouleversante que Yann Dacosta a projeté à sa troupe pendant les répétitions de sa pièce.
« La prison, c'est notre société en version cauchemar. Tout y est et tout y est amplifié : les dominants et ceux qu'ils dominent, la pauvreté, les addictions, la folie... » Alice Odiot

À PROPOS DES HOMMES

Derrière la vitre de sécurité, la silhouette agitée d'un détenu tournant en rond. La scène dure, hypnotique. La caméra insiste. Les traits du jeune homme nous deviennent familiers. Sa rage fait place à la détresse. Sous nos yeux, il s'humanise. En un plan, les cinéastes plantent le décor et exposent sans équivoque leur ambition : déceler l'humanité en milieu carcéral.

La première sensation qui transpire de ces images est celle d'une lumière s'infiltrant partout dans ces espaces clos, illuminant tous ces visages heurtés par la vie. En tout point, ce long-métrage porte une exigence photographique qui permet de saisir la trajectoire de ces hommes.

L'audace du film est aussi celle-ci : par une mise en scène sophistiquée, sans misérabilisme, Alice Odiot et Jean-Robert Viallet font sauter les clichés du genre, nous offrant une vision de la prison inattendue, provocante. Révéler l'humanité circulant dans un lieu bâti pour en effacer la trace est un acte subversif. Mais la brutalité du monde carcéral n'est pas occultée. Elle nous est rapportée par le hors-champ, un regard, un murmure. Donner la parole à ces hommes, nous donner à voir ces fragments de vie c'est reconstruire leur destin. Cette liberté d'écriture prise par les cinéastes est un geste esthétique et politique dont on sort grandi.

Christian Sonderegger & Idir Serghine.

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Une plongée au cœur du quotidien d'une des prisons les plus insalubres de France. C'est ce que nous proposent Alice Odiot et Jean-Robert Viallet. Un sujet qui n'est pas le plus évident à proposer à nos spectateurs, et pourtant c'est avec talent que les deux cinéastes réussissent à nous happer dans cet univers rugueux. Ils nous plongent dans la vie de ces détenus, la plupart très jeunes, à peine vingt ans et déjà plusieurs condamnations et séjours à leur actif.

Pour nous familiariser avec cet univers, les plans à l'intérieur de la prison accompagnés par une bande-son judicieusement choisie sont autant de respirations bienvenues dans ce bâtiment en décrépitude. L'œil de la caméra s'amuse avec le surcadrage des grilles, des écrans de télévision constamment allumés ou des fenêtres qui laissent pénétrer la lumière du soleil du Sud, contrastant avec l'insalubrité de l'établissement.

Les deux cinéastes prennent le temps de s'immiscer petit à petit dans ce qui rythme la vie de la prison : les rendez-vous avec l'administration, le troc entre détenus par les fenêtres, les douches ou encore le sport comme échappatoire. Autant de rituels qui ponctuent un quotidien marqué aussi par l'ennui qui ronge les esprits. Comme s'il fallait montrer patte blanche pour rentrer petit à petit dans l'intimité de ces hommes, et que les langues se délient. Les témoignages de ces vies cabossées sont, avec surprise, racontés avec humour pour certains. Tout comme la cocasserie de certains entretiens ou condamnations en interne pour ceux qui ont dérogé aux règles de vie, nous fait presque oublier que ces hommes ne sont pas que des « anges », comme le rappelle la responsable de l'établissement.

Au fur et à mesure des rencontres, les deux cinéastes dressent le portrait d'une certaine jeunesse qui s'est déjà cassée le nez très tôt dans la rue et qui semble l'accepter avec une certaine évidence, comme si le passage aux Baumettes faisait partie de leur apprentissage vers la vie d'adulte...

Julie Szymaszek - Programmatrice
Les 3 Robespierres - Vitry-sur-Seine

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UNE QUESTION D'HUMANITÉ

Le film aurait pu s'intituler Les Baumettes. Les cinéastes et leur producteur ont choisi Des Hommes, titre qui s'est imposé durant le travail de montage.

Que reste-t-il d'humanité dans cette prison dénoncée à de nombreuses reprises pour ses conditions de détention inhumaines (y compris par les plus hautes autorités administratives) ? Par quels interstices par-vient-elle à ressurgir ? Plutôt que de se focaliser sur ce lieu emblématique de l'univers carcéral en France, Alice Odiot et Jean-Robert Viallet se sont intéressés à ses occupants : les détenus mais également le personnel pénitentiaire, qui se laisse rarement filmer en immersion. Des images émerge la nécessité impérieuse de faire lien, envers et contre tout : on s'invective et on s'interpelle constamment, à travers les fenêtres, les barreaux, les couloirs interminables… Le dispositif mis en place par les cinéastes, favorisant l'émergence de la parole, semble ainsi répondre à ce besoin fondamental d'un rapport humain, d'un échange. Les protagonistes ont été prévenus en amont du tournage, mais aucune préparation particulière n'a été mise en place afin d'obtenir les scènes les plus naturelles possibles. On pressent aussi l'urgence de part et d'autre de témoigner de ces conditions de vie et de travail rendues insupportables. La vulnérabilité affleure souvent mais ces voix qui s'élèvent par-delà les verrous sont filmées sans misérabilisme. Elles dressent un constat implacable, qui nous questionne en tant que spectateurs et citoyens : est-ce ainsi que les hommes vivent ?

LE CHOIX DU CINÉMA

Cinéastes mais aussi journalistes (et récompensés chacun par le Prix Albert Londres en 2010 et 2012), Alice Odiot et Jean-Robert Viallet ont décidé dès la genèse du projet de réaliser un film de cinéma plutôt qu'un reportage. Pas de commentaire en voix off, pas de format préconçu, mais une expérience immersive pour le spectateur dont la forme serait dictée par les images et le matériel sonore recueillis. Les questions de mise en scène se donc posées d'emblée : où placer la caméra ? Quelle distance avec les détenus ? Comment ne pas s'imposer comme un œil supplémentaire, après celui des surveillants, puis de l'institution en général ? Le film affiche une grande sobriété dans sa manière de contourner les contraintes spatiales : il privilégie les plans fixes, évite les axes regard (que ce soit du point de vue des détenus ou de celui du personnel pénitentiaire), et il s'écarte de tout sensationnalisme. La force des images vaut égale-ment par leur dimension métaphorique : l'insalubrité des Baumettes qui transparaît dans chaque scène ne figure-t-elle pas celle d'un système à bout de souffle ? Le travail sur le son favorise tout autant notre sen-sation d'immersion ; dans un lieu aussi chargé sur le plan sonore que la prison, les cinéastes ont su créer une dynamique entre sons environnants et intériorité des personnages. Ainsi passe-t-on de séquences dominées par les échos de lourdes portes qui se ferment, par la clameur lointaine de personnes incarcé-rées, à des scènes de monologues où la parole des détenus surgit en voix off. L'emploi de la musique semble participer du même mouvement : suspendre le temps et accéder à cette part d'intimité qui jusqu'ici se dérobait à notre regard.

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EXTRAITS DE PRESSE

Alice Odiot et Jean-Robert Viallet livrent un documentaire exceptionnel sur ceux qui étaient incarcérés dans le fameux établissement marseillais aujourd'hui fermé. Terrible. L'Humanité
Âpre et tendu, le film prend le pouls de cet univers de souffrance et de solitude, souvent privé d'horizon. Télérama
Belle réussite [qui] tient dans la façon dont "Des hommes" parvient à saisir quelque chose de l'expérience carcérale qui dépasse la simple description d'un monde en autarcie. Car ce qui accable, au-delà des multiples restrictions, c'est le poids du temps, qui s'incarne à l'écran et dont la pesanteur engourdit les corps et les esprits. Les Inrockuptibles
"Des hommes" n'est ni le documentaire définitif sur la vie en milieu carcéral qu'il ne prétend pas être ni le portrait fouillé, en profondeur, en long ou en large, des personnes qui y apparaissent. Il réussit ce qui est peut-être un exploit, n'avoir pas tellement de «sujet» (beaucoup de films en ayant trop) dans un endroit où se posent les plus graves questions - la «privation de liberté», la justice et la loi, le crime ou la faute - et où elles se posent sous les formes du destin et de la souffrance. Libération
Des hommes confirme la vitalité d'un certain cinéma documentaire français, bien décidé à radiographier les réalités dérangeantes de l'Hexagone. Personne ne s'en plaindra. Marianne
Les réalisateurs Alice Odiot et Jean-Robert Viallet ont filmé le centre pénitentiaire de Marseille pendant vingt-cinq jours. Ils signent un film bouleversant. Le Parisien
Instants de vie et de vérité, misère sociale, horizon zéro. Les documentaristes filment des hommes qui ont souvent des allures de gamins perdus. Remuant. La Voix du Nord
Assez édifiant dans son discours et brillant sur son dispositif cinématographique, "Des hommes" provoque un choc d'une rare intensité. L'Express
Il faut aussi saluer l'apport de la mise en scène, chaque cadre révélant la promiscuité des corps et la vétusté de cette maison d'arrêt. Salutaire, tant dans sa dimension sociétale que dans sa puissance humaniste. Le Nouvel Observateur
Les réalisateurs parviennent à faire du cinéma (bande-son électro, témoignages de détenus greffés à des images où ils se taisent) d'une matière dense, sans que l'enquête se mue en spectacle complaisant ou voyeuriste. Le Journal du Dimanche