ÉDITO
DU DIRECTEUR

Il y a quelque chose de plus important que la logique : l'imagination. Alfred Hitchcock
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La séquence d'ouverture de Fenêtre sur cour (Rear Window) film d'Alfred Hitchcock de 1954, est magistrale et restera comme l'une des plus remarquables de l'histoire du cinéma. Le film s'ouvre sur un bow-window : trois stores se lèvent un par un pendant le défilement du générique. Une cour et ses habitants apparaissent, comme un décor et ses acteurs se découvrent au théâtre après un lever de rideau. Et puis, en un seul plan, Hitchcock nous permet de comprendre l'intimité de son personnage principal, ce pourquoi il est immobilisé, son mode de vie… autant d'indices qui racontent l'histoire récente de cet homme… sans dialogue aucun, uniquement avec des images. C'est une séquence de frustration et de liberté qui se ferme avec un fondu au noir. De frustration, parce que la position de l'acteur principal, comme celle du spectateur est celle de l'immobilisme. De liberté – façon Epictète – où la liberté consiste à vouloir que les évènements arrivent, non comme il nous plaît, mais comme ils arrivent. Comme dans le chef-d'œuvre hitchcockien, les deux saisons de cinéma et de spectacle vivant que nous venons de connaître ont vu jaillir – parmi d'autres saisissements – de périlleux sentiments : ceux de l'abattement puis de la frustration et enfin celui de l'espoir de nos libertés à recouvrer, voire à reconquérir. Relever la dignité de l'esprit humain, le mettre en valeur en un layon d'épanouissements, voilà ce que d'aucuns nomment humanisme. Ce sont les artistes de la nouvelle saison – appuyés par l'équipe et l'association de DSN – qui déploieront cette théorie tout au long des mois à venir. Aussi exigeants que passionnés, ils contribueront à stimuler notre soif commune d'affranchissement… parce qu'ils ont choisi leur société : celle, donc, de l'humanisme… pour mieux faire place, faire sens dans un intérêt commun de l'esthétique et de l'éthique, dont ils sont les porte-paroles.

En une somme d'expressions et de disciplines juste, bâtie sur une nature exigeante, en artisans de l'art, libres et en mouvement, ils conduiront près d'une soixantaine de spectacles pluridisciplinaires – que vous pouvez découvrir dans la plaquette que vous tenez entre les mains – sur des terrains de jeux parfois inattendus. Et pour cela, pour ce combat heureux, nous les remercions !
Le cinéma Art et Essai de DSN – aux trois labels – ne sera pas en reste, ouvert sur le monde et à l'engagement non lucratif, il grandit toujours la Scène Nationale, qu'il élève au niveau de l'offre cinématographique… parce que votre niveau de demande est – à juste titre – lui-même élevé.
Tous ces artistes invités à nous éclairer – sur nos plateaux, sur notre écran et sur nos territoires – créeront ou auront créé pour tuer la mort. Ils vous montreront des héros, ils vous montreront des tragédies, des rêves lumineux… La vie – pour eux – est un fruit ouvert comme un songe savant. Alors, picorons ensemble la grenade… avant que sa pulpe rouge n'explose en une pluie de pépins !

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Philippe Cogney
Directeur de Dieppe Scène Nationale