Jeu. 11 février

20h | Durée 1h30
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Grande Salle
Tarif A

Ainsi passe la gloire du monde

THÉÂTRE | DÈS 12 ANS
Mise en scène Lara Marcou & Marc Vittecoq,
Le Groupe O

Coproduction DSN

« Je ne connais aucun empêchement… je suis comme une pierre sur la route. La pierre rien ne l'empêche. C'est elle l'empêchement… » Platonov, Acte 1 scène 13
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Au départ de cette nouvelle création du Groupe O, il y a Platonov de Tchekhov dans la version intégrale proposée par Morvan et Markowicz. Fidèle à son processus d'écriture collective, le Groupe O ne nous livre ici ni une adaptation, ni une libre inspiration. Il s'agit davantage de garder une référence au texte, à laquelle au fur et à mesure des répétitions se sont agglomérées d'autres œuvres, jusqu'à rendre la pièce de Tchekhov présente en filigrane dans le spectacle. La compagnie poursuit ainsi une recherche initiée avec son précédent spectacle – L'Âge bête accueilli en 2019 – sur les points de correspondance entre la société occidentale du 19e siècle et celle d'aujourd'hui. De l'Angleterre jusqu'à la Russie, nous pouvons trouver au 19e siècle le fondement d'un bon nombre de nos rapports actuels, sociaux, économiques, intimes : rapports hommes-femmes, maîtres-serviteurs, créanciers-débiteurs… De Tchekhov, il ressort, au final, son approche singulière de l'être, sa manière de traiter les situations, de faire feu de son théâtre et de ses récits. Quant à l'histoire, à n'en pas douter, il s'agit bien d'une écriture contemporaine, une histoire d'amour et d'argent, de travail et de ressentiment, de fidélité et d'échec, de désir et de fin du monde. Une histoire d'aujourd'hui…

Avec Margot Alexandre, Martin Barré, Florent Dupuis, Matthias Hejnar, Lilla Sarosdi. Costumes Suzanne Veiga Gomes. Régie Nours.
Production : Le Groupe O. Coproductions : CND de Normandie – Vire, DSN – Dieppe Scène Nationale, Théâtre de Vanves. Soutien et accueil en résidence : L'Éclat Pont-Audemer, L'Arc – Scène Nationale du Creusot, Festival situ, La Fabrique – Saint-Laurent-le-Minier, DSN – Dieppe Scène Nationale, Théâtre de Vanves, CND de Normandie – Vire. Marc Vittecoq et Lara Marcou sont artistes associés au CND de Normandie – Vire.

© photo : Dieter Appelt. Collection Antoine de Galbert, Paris.

Site de la compagnie

Nous prenons comme matériau de départ Platonov de Tchekhov dans la version intégrale proposée par Morvan et Markowicz. Ce ne sera ni une adaptation ni une libre inspiration. Ce sera dans notre processus d'écriture une référence, à laquelle au fur et à mesure des répétitions s'agglomèreront d'autres œuvres, d'autres matériaux, jusqu'à rendre la pièce de Tchekhov présente en filigrane dans le spectacle final.

Partant de Platonov nous continuons une recherche initiée avec notre précédent spectacle - L'Âge bête - sur les points de correspondance entre la société occidentale du 19è siècle et celle d'aujourd'hui. De l'Angleterre jusqu'à la Russie, c'est au 19è siècle que nous pouvons trouver le fondement d'un bon nombre de nos rapports actuels (sociaux, économiques, intimes) et nous venons puiser dans les écrivains de cette époque pour voir ce qui est de l'ordre de l'essentiel, qui a perduré de nos jours après tant de mues successives.

Rapports hommes-femmes, maîtres-serviteurs, créanciers-débiteurs… Il y a de quoi faire à partir de Platonov, cette pièce sur laquelle beaucoup a déjà été dit, une pièce « totale », « inaugurale », « immontable »…
C'est très bien, d'ailleurs nous n'allons pas la monter, mais plutôt prendre à Tchekhov son traitement des situations, son approche de l'être, faire feu de son théâtre et de ses récits, et écrire notre histoire, une histoire d'amour et d'argent, de travail et de ressentiment, de fidélité, d'échec, de désir et de fin du monde.
Une histoire d'aujourd'hui …

Ce qui nous anime beaucoup à la lecture de Platonov, ce n'est pas tant l'absence de père que la présence des femmes et de "La Femme". Que ce soit dans les sujets de discussion, du début à la fin de la pièce, ou dans les situations, dans l'intrigue, la femme est étudiée, décortiquée, critiquée, portée aux nues.
Ces histoires de femmes qui se lient à Platonov ne doivent-elles être que le pendant romanesque de la pièce ?
Une tragi-comédie bien ficelée qui sert à l'auteur de contrepoint facile pour en fait aborder la vraie question, celle des pères, des générations, et poser son regard critique sur sa société ?
Société où seuls les hommes prennent sérieusement part à la vie publique… Société d'un autre temps.

À la lumière de notre époque, traversée par la quatrième vague féministe - celle qui relie ensemble l'intime et le public pour remettre en question la place du corps des femmes dans la société et leur droit à pouvoir en disposer comme elles l'entendent -, les relations entre les hommes et les femmes dans Platonov nous apparaissent comme au centre de la critique sociale qu'on peut tirer de l'œuvre, les situations semblant plus actuelles que jamais.

Un auteur-homme-blanc-du 19è siècle dresse quatre portraits majeurs de femmes très différentes mais toutes fascinées-absorbées par le personnage masculin (anti-) héroïque.

Nous allons faire l'instruction judiciaire de ce schéma, à la manière contemporaine d'un procès (#PlaToo), et voir ce que ces femmes pourraient dire quand on ne les fait pas parler de Michel Platonov.

Dans Caliban et la Sorcière, Silvia Federici étaye l'hypothèse que l'accumulation primitive qui a permis le passage du féodalisme au capitalisme s'est accompagnée et n'a été possible que par une action brutale de la part masculine de la société à l'égard des femmes. Privatisation des biens et terrains autrefois collectifs, mais aussi appropriation et contrôle des savoirs et des corps féminins. Transformation des rapports de travail, mais aussi des relations de genre. Le capitalisme est né de l'exploitation des femmes. Des femmes et des esclaves. On comprend mieux la possible confusion parfois…

Si nous tentons de voir ce qui sépare la perpétuation du système capitaliste de son arrêt, nous devons nous appuyer sur son origine et considérer la captation de la puissance des femmes comme une de ses pierres angulaires. Nous pourrons alors percevoir que les luttes féministes, dont on commence à (enfin) beaucoup parler aujourd'hui, ne sont pas qu'une "amélioration" du système mais bien son possible renversement.

C'est par là que nous pourrons défaire et retisser ensemble des fils que nous allons tirer de Platonov : la dette, l'excès, la fête, l'ennui, le dégoût, la folie, le conformisme, l'impuissance, la leçon de morale, le patriarcat et ses nouveaux masques, l'homme, la femme, l'amour, le désir, la vie nouvelle.

Lors de la cérémonie d'intronisation d'un nouveau pape, il était de coutume qu'un moine se présente par trois fois devant lui pour brûler à ses pieds une mèche d'étoupe et lui annoncer Sancte Pater, sic transit gloria mundi : « Saint Père, ainsi passe la gloire du monde ».
Ce rite était là pour rappeler au souverain pontife qu'il n'était qu'un homme, et de fait, qu'il devait se garder de tout orgueil ou vanité. Il s'inspire de l'antique pratique romaine où, lors du triomphe (parade) d'un général victorieux, un esclave se tenait à ses côtés pour lui murmurer Hominem te esse (« Toi aussi tu n'es qu'un homme ») ou Memento mori (« Souviens-toi que tu mourras »).

De nos jours, cet esclave murmurant à l'oreille de l'homme est une femme.

La fin sera le « méta-thème » de notre histoire.
Cette fin à laquelle, depuis la nuit des temps, nous tentons de donner un sens parce qu'elle ne se laisse pas figurer. Surtout tant que l'herbe est verte et que les oiseaux chantent encore, même s'ils sont moins nombreux.
Nous nous appuierons dans notre écriture sur ce qui fait la force de critique sociale chez Tchekhov : reproduire dans un espace réduit, privé, ce qui se passe à l'échelle de la société, à savoir la mise en relation - la cohabitation forcée - d'êtres de tous milieux, toutes croyances, toutes idéologies. Il les met ensemble sur le radeau de la fin d'un monde, et on prend plaisir à voir arriver le moment de la baignade.

La pièce s'arrête d'ailleurs dès la mort de Platonov : on ne peut donc pas exister sans lui ?
Est-ce que l'histoire doit s'arrêter lorsque disparaissent ceux qui sont au centre ?
Après, dans la scène qui suit, la toute dernière de la pièce, la mort de Platonov ne provoque pas grand chose : des lieux communs ou des paroles égocentrées.
Une scène pénible mais quoi ?
Qu'en attendions-nous de ce Platonov ?
Lui aussi nous l'avions investi du caractère « providentiel » ? Nous l'attendions encore, le sauveur ?
La fin de Platonov est décevante car les hommes sont décevants lorsqu'ils mettent leur salut entre les mains d'un seul.

L'annonce de la catastrophe est justement là pour que la catastrophe n'ait pas lieu. Günther Anders faisait de Noé, vêtu d'un vieux sac et la tête recouverte de cendres, un prophète allant et disant : "La catastrophe a eu lieu demain, et je vous pleure vous les morts à qui je parle".
Hans Jonas complétait : "La prophétie de malheur est faite pour éviter qu'elle ne se réalise".
Et Jean-Pierre Dupuy de conclure : "La fatalité est la somme de nos démissions".

Lara Marcou se forme d'abord à la danse classique et contemporaine au CNR de Grenoble, à la Compagnie Coline (Istres), puis chez Merce Cunningham et Trisha Brown à New-York. Elle obtient en 2011 son Diplôme d'Etat de professeur de danse contemporaine.
Elle se forme au théâtre à partir de 2003, à l'École du Théâtre National de Chaillot puis au conservatoire du 5ème arrondissement.
Entre 2006 et 2014 elle travaille comme danseuse et actrice avec Sara Llorca, Das plateau, Les yeux grands ouverts, Pauline Susini, Chrystel Calvet et Sylvain Creuzevault. Elle participe à Un Festival à Villeréal ; comme actrice dans Je sais que c'est l'été réalisé par Léo-Antonin Lutinier et Lionel Gonzàlez (2011) et comme metteure en scène de la création Il n'est pas donné à tout le monde… d'aller à Corinthe (2012)
En 2014 elle réalise Il faut détruire Carthage (court métrage, 30').
Elle travaille actuellement sur la version longue de ce premier court métrage.
En mai 2015, elle mène un laboratoire sur l'héroïsme en StudioLab à la Ménagerie de Verre. En 2016 elle met en scène les élève du conservatoire d'Annecy dans Platonov et crée Le Groupe O avec Marc Vittecoq
En 2014 et 2015 elle co-dirige Un Festival à Villerville avec Marc Vittecoq. Ils créent en 2016 le Festival SITU dont la quatrième édition a eu lieu en septembre 2019 à
Veules-les-Roses et Sotteville-sur-Mer.

En 2018 elle met en scène L'Âge bête (création au CDN de Normandie Rouen et tournée, production PAN).

Marc Vittecoq est né en 1981 d'un père sportif et d'une mère migraineuse. Il commence véritablement le théâtre en 2001, après de longues études, auprès de Bob Villette qui, entre autres, le prépare pour le concours du Conservatoire. Au CNSAD (2003-2006), il travaille principalement avec Muriel Mayette, Árpád Schilling et quelques camarades.
Depuis 2007, il travaille régulièrement en tant qu'acteur-auteur ou assistant avec Árpád
Schilling et la compagnie de théâtre hongroise Krétakör : Éloge de l'escapologiste Laborhotel, URBAN RABBITs, Noéplanète, A Párt (The Party).
Depuis 2008, il fait partie du collectif la vie brève en tant qu'acteur-auteur avec Jeanne Candel : Robert Plankett (2010-2012), Le Goût du Faux et autres chansons (2014-2016) et met en scène QUOI (Th.de la Cité internationale, Th. de Vanves 2015).
En 2014 et 2015 il organise et co-dirige Un Festival à Villerville.
Il co-réalise avec Sébastien Téot les films TARPAN (2014), et QUOIfilm (2015).
Il écrit et met en scène avec Matthieu Gary et Sidney Pin (La Volte) le spectacle de cirque Chute!Il joue dans Un Ours of cOurse, conte musical pour enfants de Lawrence Williams et Alice Zeniter.
Pour Un Festival à Villeréal il met en scène Migrations (2011), L'École (2012), et QUOI (2015). Dans le cadre de SITU2017, il monte et joue la création cirque-théâtre La Mouette, en collaboration avec Matthieu Gary, Sidney Pin et Fragan Gehlker.
En 2016, il crée la compagnie Le Groupe O avec Lara Marcou, avec qui il co-dirige et organise le Festival SITU, festival de créations théâtrales et cinématographiques à Veules-les-Roses en Normandie, dont la quatrième édition a eu lieu en septembre 2019.
En 2018 il collabore à la mise en scène de L'Âge bête, m.e.s Lara Marcou, premier spectacle du Groupe O (création au CDN de Normandie Rouen et tournée).
Il co-met en scène Clinamen Show du Groupe Bekkrell (création octobre 2019, Cirque-Théâtre d'Elbeuf, CIRCa, Le Monfort, Festival Spring).
Il jouera dans la prochaine pièce de la Compagnie ATLATL, FORTUNE / Récits de littoral #2.