Dimanche 13 septembre, 17h30

EN VERSION RESTAURÉE
Séance suivie d'une conférence de Youri Deschamps, rédacteur en chef de la revue Éclipses.

Quand passent les cigognes

LETYAT ZHURAVLI

FILM RUSSE DE MIKHAIL KALATOZOV | 1958 | 1H37 | AVEC TATIANA SAMOILOVA, ALEKSEY BATALOV, VASILI MERKURYEV | PALME D'OR, CANNES 1958

Moscou, 1941. Veronika et Boris sont éperdument amoureux. Mais l'Allemagne envahit la Russie, Boris doit partir sur le front. Mark, son cousin, évite l'enrôlement et reste auprès de Veronika qu'il convoite. Sans nouvelle de son fiancé, la jeune femme succombe aux avances de Mark mais elle s'engage comme infirmière dans un hôpital de guerre dans l'espoir de retrouver Boris...

Document AFCAE

En 1957, quatre ans après la mort de Staline, Kalatozov tourne sonœuvre majeure. Nikita Khrouchtchev devient le nouveau leader. Lors du 20e Congrès duParti Communiste en 1956, il dénonce le culte de la personnalité et les crimesde son prédécesseur. Le régime entreprend une longue et pénibledéstalinisation. Un nouveau cinéma voit le jour, toujours contrôlé maisallégé de sa rhétorique marxiste et de son idéologie réaliste socialiste. Le filmtémoigne de l'ouverture propre à cette période de "dégel", et dénonce lesravages de la guerre plus qu'il n'exalte les vertus du patriotisme.
La Palme d'or qu'obtient le film au Festival de Cannes va lui permettre unesortie importante en France un mois après avoir obtenu cette récompense,alors que les films qui y sont majoritairement diffusés sont français etaméricains. Ayant réuni 5 millions de spectateurs à sa sortie, Quand passent lescigognes reste à ce jour la seule Palme d'or russe et le plus grandsuccès d'un film russophone en France. Il est également un des raresfilms à avoir remporté la Palme d'or et l'Oscar du Meilleur Film Étranger.

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Une mise en scène majestueuse auservice d'une grande histoire d'amour

Mikhaïl Kalatozov signe un film virtuose dont le lyrisme accompagnemagnifiquement cette histoire d'amour sur fond de Seconde Guerre mondiale.La puissance de l'histoire qui est comptée, celle de l'amour entre Boris etVeronika que la guerre va séparer, est un grand mélodrame qui induit unlien fort entre l'individu et le collectif. En ce sens, le destin de Veronikas'élargit à celui de tout un peuple.

Quand passent les cigognes est un des premiers films soviétiques où unpersonnage féminin très complexe domine l'action. Son importance pourle succès du film en France tient probablement surtout à la fortemédiatisation de son interprète, phénomène tout à fait inédit pour une actricesoviétique. Formée à l'École d'art dramatique de Moscou selon les principesdu célèbre metteur en scène Stanislavski, Tatiana Samoïlova devient ainsi lapremière star soviétique.

Concernant la mise en scène, on ne peut pas parler du film, ni de la carrièrede Kalatozov sans évoquer le duo qu'il forme avec Sergei Ouroussevski, sondirecteur de la photographie.

Dans de nombreux plans virtuoses, Ouroussevski utilise la caméra à l'épaule- technique qu'il a appris lors de son service militaire en tant que caméraman.Il utilise le terme "off-duty camera" afin de décrire la mobilité et lasensibilité de son travail. La caméra bouge avec les acteurs, tourne parfoisafin de souligner le côté "enfantin" des deux amoureux. On peut apprécierpleinement son talent dans la scène finale où Veronica part à la recherche deBoris à travers la foule sur le quai d'une gare, ou encore lorsque Veronica etBoris grimpent quatre à quatre les escaliers de l'appartement. Et tout cela,avant l'invention du steadicam !

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Mikhail Kalatozov est un réalisateur d'origine géorgienne né le 28 décembre1903 dans l'Empire russe à Tbilissi. Après avoir suivi des études d'économie, ilreçoit en 1937 le diplôme de l'Académie des Arts de Leningrad. Il débute aucinéma comme acteur puis poursuit comme opérateur. Il réalise sa premièreœuvre majeure en 1930, Le Sel de Svanétie. En 1932, son film Le Cloudans la botte est interdit étant taxé de négativisme par les autoritéssuprêmes. De 1941 à 1945, en pleine Seconde Guerre mondiale qui réduitl'activité cinématographique en URSS, il devient attaché culturel à LosAngeles. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre et sera nommé vice-ministre du cinéma de l'URSS. Le prix Staline de 2e classe lui est décerné en1950, pour le film Le Complot des condamnés. Le film recevra égalementun prix spécial de la Paix au Festival international du film de Karlovy Vary lamême année.

Kalatozov remporte la Palme d'or du Festival de Cannes en 1958 avec Quandpassent les cigognes qui lui confère un succès international. Le filmremporte également l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. Leréalisateur russe se voit couronné pour une œuvre à part dans safilmographie.

Son avant dernier film Soy Cuba (1964) traitant de la révolution cubaine estoublié puis est redécouvert dans les années 1990.

En 1967, il devient réalisateur aux studios Mosfilm. Il meurt le 27 mars1973 à Moscou.

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EXTRAITS DE PRESSE

Nous trouvons tout ici : la profondeur du champ et les plafonds d'Orson Welles, les travellings acrobatiques d'Ophüls, le goût viscontien de l'ornement, le style de jeu de l'Actors Studio. Éric Rohmer
La clef du pouvoir émotionnel et de la fascination de Quand passent les cigognes réside dans laforme, plus que dans le fond. C'est le romantisme, le lyrisme, parfois délirant, du style et de l'agencement des images, qui confère sa puissance au contenu. L'extraordinaire virtuosité d'Ouroussevski donne vie à des séquences qui devaient, sur le papier, relever de la démence. [...]Kalatozov et Ouroussevski, en plus des moyens considérables et de circonstances favorables, ont eu cette chance supplémentaire : Tatiana Samoïlova, l'extraordinaire écureuil de ce film, pleine degrâce et d'intériorité, grande héroïne romanesque, petite fille logique et passionnée des aînées tumultueuses d'une grande tradition littéraire. Jacques Doniol-Valcroze
D'une grande puissance émotionnelle, le film marqua aussi par la virtuosité formelle de plusieurs scènes. Dont la dernière, cultissime, que Claude Lelouch considère comme la plus belle de l'histoire du cinéma… Ouest France
Alors, quelles que soient les grues ou les cigognes, il faut aller regarder passer ce drôle d'oiseau-cinéma qui plane dans le film de Kalatozov : c'est la vie même, aérienne. Libération 1986
Les images du film de Kalatozov sont actives, (…) une véritable complicité a uni le réalisateur et son opérateur, ajoutant aux images ce que l'ampleur du décor, ce que les mouvements de la foule (…) n'auraient pas pu produire seuls. Cahiers du cinéma 1958