Les immanquables

Effacer l'historique

FILM FRANÇAIS DE GUSTAVE KERVERN ET BENOÎT DELÉPINE | 2020 | 1H46 | AVEC BLANCHE GARDIN, DENIS PODALYDÈS, CORINNE MASIERO | OURS D'ARGENT, BERLIN 2020
Photo du réalisateur

Benoît Delépine et Gustave Kerven, les deux compères de Groland, l'émission télévisée culte, sont des auteurs de cinéma à part entière. Ils l'ont prouvé dès leurs premiers films : Aaltra et Avida, brûlots cyniques, tournés en noir et blanc, qui rappelaient aussi bien l'humour d'Aki Kaurismaki que la violence des artistes surréalistes. En 2010, Kervern et Delépine rencontrent un large public grâce à Mammuth avec Gérard Depardieu. Dans Le Grand Soir avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel en 2012 et I Feel Good avec Jean Dujardin en 2018, ils creusent encore plus profondément leur sillon : la comédie sociale populaire à visées politiques (révolutionnaires ?). Effacer l'historique s'inscrit pleinement dans ce registre. Trois voisins d'un lotissement de province, accablés par les réseaux sociaux, décident de mener la bataille contre les géants du numérique. Ils vont trouver des ressources de solidarité, d'humanité et de dérision pour combattre des ennemis aussi puissants qu'intouchables. Benoît Delépine commente : « Les grandes marques sont mieux protégées que les personnes physiques. On n'avait pas le droit de citer Cupertino, la ville d'Apple. C'est comme si on n'avait pas le droit de citer Clermont-Ferrand parce que c'est la ville de Michelin ! Non mais on rêve ! » Pour camper ces « Don Quichotte 2.0 », trois nouveaux viennent rejoindre la troupe : l'humoriste Blanche Gardin, la comédienne Corinne Masiero et le sociétaire de la Comédie-Française Denis Podalydès. C'est ce dernier qui parle le mieux du travail des réalisateurs : « le mélange de rigueur formelle et d'extrême liberté dans le ton, la narration et le jeu. Le dadaïsme et l'austérité de moyens, au profit d'une acuité politique et d'une force comique irrésistible. Leur cinéma est fou, hyper audacieux, d'une richesse esthétique très mystérieuse et variée. » Un cinéma qui fait du bien en appuyant là où ça fait mal comme le résume le comédien : « désespérée et optimiste, ce n'est peut-être pas contradictoire. Il n'y a pas de bonne comédie sans un fond désespéré ; et le rire qu'elle provoque, ça suffit à lui donner sa couleur optimiste, sa raison d'être, sa force subversive. »

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