Séjour dans les Monts Fuchun / Chun jiang shui nuan

FILM CHINOIS DE GU XIAOGANG | 2020 | 2H30
AVEC QIAN YOUFA, WANG FENGJUAN, SUN ZHANGJIAN
Semaine de la critique, Cannes 2019

Le jour de ses soixante-dix ans, la doyenne de la famille Gu s'évanouit. Les médecins lui diagnostiquent alors une démence. Ses quatre fils vont devoir gérer la situation. Qui va prendre maman en charge ? Pendant ce temps, au dehors, la Chine se transforme…
« Dans ce film d'une grande virtuosité, le réalisateur de trente et un ans déplie à la manière d'un rouleau de peinture ancienne, une chronique familiale sur trois générations et quatre saisons sur fond de mutations de la Chine urbaine. » La Croix


HORAIRES
26 > 28 JUIN

vendredi 17:30
samedi 14:30
dimanche 17:30 D


Dossier de presse

Durant l'été 2016, je suis retourné dans ma ville natale faire des recherches pour nourrir mon écriture. Dans mon souvenir, Fuyang était une petite ville tranquille et peu inspirante. Mais plus j'y séjournais, plus j'étais surpris par les transformations constantes qui s'y produisaient. Cet endroit humble est submergé par des bouleversements sociaux et économiques. En effet, la ville vient d'être intégrée à la municipalité de la ville de Hangzhou où s'est tenu le sommet du G20 en 2016. J'ai compris que j'avais de la chance d'assister à cette transformation immense et émouvante de la ville. Portée par ces courants, ces vagues de changement, chaque personne, chaque famille est profondément reliée avec son environnement qui affecte inévitablement le monde intérieur de chacun. C'est leur quotidien que le film révèle peu à peu, comme on déroulerait une peinture contemporaine, que j'intitulerais « Séjour dans les Monts Fuchun ».

Gu Xiaogang

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Ceci est votre premier long-métrage. Pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?
En un instant, chaque rivière, chaque montagne, chaque homme, chaque femme est doté de dignité et de grâce.

Quelle est l'idée de départ ? Le film a-t-il directement à voir avec le célèbre tableau « Séjour dans les Monts Fuchun » ?
Mes parents possédaient un restaurant à l'endroit où fut peint le tableau. Mais la rénovation et la démolition de la ville ont contraint mes parents à finir leur carrière comme simples gérants de ce restaurant. Au départ, je voulais écrire une histoire qui commémorerait leur vie et ce restaurant. Je suis donc revenu dans ma ville natale afin d'y faire des recherches. Lorsque je me suis remis à vivre dans cette ville, j'ai constaté l'ampleur des mutations, ce qui a développé mon inspiration et m'a conduit à écrire une toute autre histoire. La Chine et l'Occident ont leur propre esthétique artistique. Rien n'est mieux ou moins bien, il y a simplement des différences. La peinture occidentale cherche à exprimer l'espace, tandis que la peinture de paysage traditionnelle chinoise tente de capter le passage du temps afin de garder la trace de quelque chose d'universel : l'éternité du temps et l'infinité de l'espace. Pour ce faire, il sacrifie parfois volontairement d'autres éléments, tels qu'une représentation réaliste des ombres et des lumières. Huang Gongwang, le peintre de « Séjour dans les Monts Fuchun », ajustait constamment le point central de son tableau et construisait divers angles afin de créer une expérience visuelle complète et unifiée. Parfois ses points de vue se situent dans le ciel, parfois sur la terre, parfois dans la forêt. Il est totalement affranchi des chaînes de la peinture bi-dimensionnelle. Les anciens déroulaient ces tableaux, lentement, dans un mouvement allant de droite à gauche. Le déroulement permet d'observer, au fur et à mesure, davantage d'images et de scènes. C'est un peu comme un film.

Où êtes-vous né ?
Là où se déroule le film : à Fuyang, ma ville natale. Bien qu'elle ne soit qu'une petite ville du sud-est de la Chine, elle possède une grande richesse historique et culturelle. Le célèbre écrivain et poète Yu Dafu est originaire de cette région. Comme Huang Gongwang, il a créé une littérature inspirée des paysages de cette province. Aujourd'hui, Fuyang est devenu un district de Hangzhou, la capitale de la province du Zhejiang. La ville accueillera également les Jeux asiatiques de 2022.

Comment s'est déroulée l'écriture ?
L'écriture est très similaire à la réalisation d'un documentaire. Je suis comme une caméra humaine qui collecte des informations. L'écriture est comme le montage, sauf qu'en l'absence de matériel, je peux créer le mien. Par le biais du cinéma, j'essaye de mettre la tradition au présent, sous une forme empirique, au lieu d'en faire un symbole, ou quelque chose de rétrograde. C'est naturel, amusant, revigorant et stimulant pour l'esprit. Mon professeur de calligraphie disait : « Ici, nous apprécions les choses occidentales, modernes, sauvages et en pleine croissance, mais nous pouvons également laisser nos esprits reposer dans une ère idéale. »

Comment avez-vous produit le film ? Est-il difficile de nos jours de produire un film indépendant en Chine ?
Notre film fut tourné en deux ans. Au début nous avons eu beaucoup de difficulté à trouver une société de production, car beaucoup craignaient la longueur du tournage, étalé sur quatre saisons,
en particulier avec un réalisateur dont c'était le premier film.
Moi, je savais que la ville était en pleine mutation. Je ne pouvais pas attendre. Alors, aussitôt le scénario terminé, j'ai commencé à tourner avec très peu d'argent, qui venait principalement de mes amis ou de prêts. La première année, nous avons remporté des prix en argent comptant dans le cadre de l'aide à projets de certains festivals. La deuxième année, j'ai rencontré Factory Gate Films qui m'aaidé à rembourser ma dette et qui est devenue notre société de production. Nous avons terminé le tournage un an plus tard, avec Qu Jing Pictures et ma société Chu Xiao Films.

Comment avez-vous choisi vos interprètes, sur quels critères ?
J'ai choisi principalement des personnes originaires de la région. Ce sont ma famille et mes amis, ainsi que des locaux repérés dans la rue. Je suis persuadé que chaque kilomètre de paysage, chaque personnage, une fois représenté à l'écran, y gagne de la dignité, au fil du temps.

Avez-vous imaginé des scènes précises ?
Lorsque j'écrivais le scénario je m'inspirais de la vraie nature de ces personnages. Puis l'histoire s'est étoffée. Durant le tournage, le scénario a évolué, en fonction de l'évolution des situations, et du jeu de chacun.

Le tournage a donc eu lieu sur une longue période ?
L'histoire se déroule sur une année, il fallait donc tourner sur un an, afin que les personnages et les paysages évoluent selon les saisons. Mais, à cause des problèmes financiers et à cause du rythme éreintant pour les acteurs, j'ai finalement décidé d'étaler le tournage sur deux ans.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
La plus grande difficulté restait le financement. En dehors de cela, comme c'était mon premier film, j'étais très idéaliste au départ. Mais face aux difficultés, il faut se confronter à la réalité. La passion risque constamment de s'user. Nous avons emprunté de l'argent à des amis pour terminer le tournage de l'été. Avant de rembourser la dette, nous avons commencé à nous préoccuper du tournage de l'automne. J'ai fait de mon mieux pour survivre au tournage d'automne, mais à peine terminé, le tournage d'hiver et de printemps débutaient. J'étais désespéré. La première année fut une véritable bataille avec le film.
Quand nous ne tournions pas, nous nous préparions pour la prochaine étape tout en restant en relation avec les acteurs, tout en priant chaque jour que tout le monde soit en sécurité et heureux. Nos acteurs avaient tous un travail. Par exemple, quand un pêcheur tournait, il prenait le temps de livrer du poisson à ses clients. Si nous avions besoin de lui, nous devions attendre qu'il revienne sur le lieu de tournage. Et comme le cycle de tournage était très long, certains acteurs étaient psychologiquement épuisés. Nous avons fait beaucoup d'efforts pour maintenir leur enthousiasme tout au long du tournage. Heureusement, avec l'aide de ma famille, le soutien de l'équipe de production et de l'équipe, tout s'est très bien fini.

Ce film est le début d'une trilogie ?
Oui, ce film en est le premier volume. Dans l'introduction de ce premier film, j'ai mis un indice qui concerne « La rivière du Printemps rejoint la mer de la Chine de l'Est à Qiantang ». Pour les films suivants, d'abord, il y aura un changement de décor, car nous irons le long du fleuve Yangtsé, faisant ainsi apparaître une nouvelle ville dans ce grand tableau qu'on déroule. Les films suivants raconteront de nouvelles histoires. Certains des personnages du premier film pourraient être développés dans la nouvelle histoire du second. Cela ressemble beaucoup à la célèbre peinture chinoise : « Le long de la rivière pendant le festival de Qingming ». Cette peinture de cinq mètres de long montre l'aspect urbain de l'ancienne capitale chinoise et les conditions de vie des habitants de toutes les classes à cette époque. On y voit toutes sortes de gens, de plantes, d'animaux et de constructions. Il y a tellement de détails sur cette toile que vous pouvez passer des jours devant sans en faire le tour.

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EXTRAITS DE PRESSE

Ce premier film magistral, tourné sur deux ans, au gré des saisons, n'est pas un simple coup d'essai. C'est le premier volet d'une ambitieuse trilogie, dont on attend la suite avec impatience. L'Humanité
Mais la beauté du film tient tout entière dans sa mise en scène très douce. (...) Gu Xiaogang filme beaucoup les paysages, et ses personnages au cœur de ceux-ci. (...) C'est tout simple, sans volonté d'en imposer, et pourtant majestueux et bouleversant. Les Inrockuptibles
Quitte à paraître un peu pompeux, on ose affirmer que cette façon de mettre chaque vie singulière en perspective avec l'évolution d'une famille, d'une société ou d'un paysage, tout en s'accordant au rythme des saisons aussi bien qu'aux soubresauts de l'histoire, touche à l'essence même du cinéma. Libération
C'est ainsi par son attention aux détails, par son respect de la chose filmée, par sa chronique des jours, par le luxe de la durée qu'il s'offre à luimême (deux heures trente minutes) que Séjour dans les monts Fuchun offre une résistance discrète et élégiaque au bruit et à la fureur de la Chine contemporaine (...). Le Monde
Le premier volet d'une fresque familiale, et la naissance d'un grand cinéaste. Télérama
La façon dont Gu Xiaogang noue tous ces fils d'une main sûre, construit un pont d'un art figuratif à un autre et imagine un raccord secret de siècles révolus à l'horizon prochain des Jeux olympiques: la richesse de ce premier film impressionne. Cahiers du Cinéma
"Séjour dans les monts Fuchun" répond à la modernisation, dont nul ne peut ignorer la puissance incomparable qu'elle exerce aujourd'hui en Chine. Il en reconnaît les aspects humains, progrès de la médecine ou libération, très relative, des femmes. Mais il montre à quel point cet esprit introduit dans la société une parcellisation qui n'existait en droit que dans le paysage, c'est-à-dire dans la mise en œuvre artistique d'un site : des maisons et des montagnes. Positif