L'immanquable du mois

Le Traître / Il Traditor

FILM ITALIEN DE MARCO BELLOCCHIO | 2019 | 2H31
AVEC PIERFRANCESCO FAVINO, MARIA FERNANDA CANDIDO, FABRIZIO FERRACANE
Sélection officielle, Cannes 2019
Photo du réalisateur

À presque 80 ans, le réalisateur italien Marco Bellocchio poursuit son étude aussi romanesque que critique des grandes « institutions » de la société italienne : après la famille (Les Poings dans les poches en 1966), la religion (Au nom du Père en 1971), l'armée (La Marche triomphale en 1976) et la politique (Buongiorno, notte sur l'extrême gauche en 2004 puis Vincere sur le fascisme en 2009), il s'attache cette fois à la mafia en faisant le portrait d'un des premiers grands repentis de Cosa Nostra. Epaulé par un comédien au sommet de son art (le ténébreux Pierfrancesco Favino), Marco Bellochio nous conte une incroyable histoire vraie : celle de Tommaso Buscetta, alias Don Masino. Ce sicilien commence sa carrière dans le crime en 1945 et progresse rapidement au sein de la hiérarchie mafieuse avant de s'enfuir au Brésil dans les années soixante pour échapper aux poursuites judiciaires. On le surnomme alors : « Le Boss des deux mondes ». Mais, en 1982, alors qu'il s'est remarié et a deux jeunes enfants, Buscetta est arrêté par la police brésilienne. Fatigué, écoeuré par les exécutions de ses proches commandités par d'anciens amis (dont le sinistre Toto Riina soupçonné d'une centaine d'assassinats), il prend une décision qui va changer sa vie : il accepte de rencontrer le juge Falcone qui parvient à le convaincre de collaborer avec la justice. 475 personnes sont arrêtées et le premier « maxi-procès » a lieu à Palerme. Paradoxalement, celui qui passe pour un délateur aux yeux du monde entier se présente comme un homme d'honneur, fidèle à l'organisation qu'il a intégré dans sa jeunesse, il déclare : « Par le passé, la Cosa Nostra n'avait rien à voir avec l'entité perverse qu'elle est aujourd'hui. […] J'ai décidé de collaborer avec l'Etat pour empêcher que d'autres croient en la dignité et l'honneur de Cosa Nostra. Ces valeurs ont été ensevelies sous une montagne de victimes innocentes ». Le Traître, sélectionné en compétition au dernier festival de Cannes, a remporté un grand succès à sa sortie dans les salles de cinéma italiennes. C'est un film de genre(s) (un haletant film de gangsters autant qu'un brillant film de procès) et une page d'Histoire contemporaine mais c'est surtout le portrait d'un homme complexe qui, après être revenu de tout, atteindra un but pourtant apparemment inaccessible : mourir dans son lit. (+ d'infos)