L'immanquable du mois

La Fille au bracelet

FILM FRANÇAIS DE STÉPHANE DEMOUSTIER | 2020 | 1H36
AVEC MELISSA GUERS, CHIARA MASTROIANNI, ROSCHDY ZEM, ANAÏS DEMOUSTIER
Photo du réalisateur

Dans la famille Demoustier, les spectateurs de cinéma commencent à bien connaître Anaïs. L'actrice trentenaire s'est construit une belle filmographie en évoluant devant les caméras de Michael Haneke, Pascale Ferran, François Ozon, Bertrand Tavernier, Christophe Honoré et en intégrant la « famille » de Robert Guédiguian (trois films ensemble dont le dernier Gloria Mundi). Il faudra désormais compter avec son frère, Stéphane. De dix ans son aîné, le réalisateur frappe en effet un grand coup avec son troisième film. Très librement adapté d'un long métrage espagnol lui-même inspiré de plusieurs faits divers, La Fille au bracelet suit minutieusement le procès de Lise, une adolescente accusée du meurtre de sa meilleure amie et porteuse d'un bracelet électronique à la cheville. Solidement documenté et mis en scène au cordeau, le film s'avère d'une efficacité remarquable pour décrire la mécanique judiciaire : « Le fait de tourner dans un vrai tribunal agissait nécessairement sur l'expérience du tournage (…) Les figurants dans le tribunal n'avaient pas lu le scénario, et ils découvraient donc le procès au fur et à mesure. L'audience était partagée sur la culpabilité de Lise. Certains changeaient d'avis en cours de route, c'était drôle. C'était bon signe également, car je voulais que cette incertitude demeure à l'écran. C'est un film sur l'interprétation des faits, sur le doute. » Mais La Fille au bracelet, servie par une interprétation impeccable (la jeune inconnue Melissa Guers crève l'écran, les parents Chiara Mastroinai et Roschdy Zem sont impressionnants et Anaïs Demoustier très crédible en procureure féroce) est aussi (surtout ?) un film bouleversant sur les liens familiaux à l'épreuve du mystère insondable de l'adolescence : « Je voulais regarder cette jeunesse sans la juger. Or dans une affaire judiciaire, tout est exacerbé et le procès agit donc comme un miroir grossissant des rapports intergénérationnels. (…) À travers ce portrait en creux, je voulais parler de la famille. (…) On a toujours l'impression de connaître ses enfants mais l'évidence apparaît inéluctablement : ce sont des êtres autonomes qui nous échappent de plus en plus. » Comme le déclame l'avocate de Lise au cours de son plaidoyer : « Que sait-on réellement de la vie des adolescents ? de leurs amours, de leurs désirs, de leurs rêves ? » Cette question, qui plane jusque dans la magnifique dernière séquence, résonnera certainement bien au-delà dans la tête des spectateurs. (+ d'infos)