MERCREDI 13 NOVEMBRE 20H
durée 1h50
RÉSERVER
séance scolaire : jeu 14 nov 14h
GRANDE SALLE
tarif A
THÉÂTRE
dès 13 ans

George Dandin
ou le mari confondu

TEXTE MOLIÈRE
MISE EN SCÈNE JEAN-PIERRE VINCENT
COMPAGNIE A L'ENVI

« Vous l'avez voulu ! Vous l'avez voulu, George Dandin ! Vous l'avez voulu ! Cela vous sied si bien et vous voilà ajusté comme il faut : vous avez justement ce que vous méritez… »

George Dandin, paysan débrouillard, s'est enrichi au fil des ans à grands renforts d'entourloupes. Avide de reconnaissance, il s'est offert un Versailles en modèle réduit, une jeune femme, un titre de noblesse et de beaux habits. Dandin, devenu Monsieur de la Dandinière, non seulement commence à s'attirer les foudres de l'aristocratie locale désargentée, mais assiste impuissant au naufrage de son mariage, son épouse manifestant désormais des velléités d'indépendance…
La pièce nous raconte la descente aux enfers de celui qui s'était cru parvenu au ciel. Dans cette tragicomédie, trois actes, trois tentatives pour rester le maître à bord, trois échecs, trois humiliations : le réel qu'on voulait fuir revient au galop ! Et on ne peut que se délecter des infortunes du sieur Dandin… Dans un décor épuré – une cour de ferme aux murs nus qui se transforme par la grâce de projections vidéo – la mise en scène de Jean-Pierre Vincent nous plonge dans la fantasmagorie, entre le rêve et la réalité triviale.

« C'est du théâtre classique à son meilleur : Jean-Pierre Vincent offre une lecture passionnante pour notre époque de George Dandin, « petite » comédie de Molière, en fait d'une radicalité et d'une modernité étonnantes. (...) Le metteur en scène emboîte avec une précision imparable les mécanismes de la lutte des classes et de la guerre des sexes. Avec un excellent Vincent Garanger. » Le Monde

Dramaturgie Bernard Chartreux. Assistante mise en scène Léa Chanceaulme. Scénographie Jean-Paul Chambas assisté de Carole Metzner. Avec Vincent Garanger, Étienne Beydon, Anthony Poupard, Elizabeth Mazev, Alain Rimoux, Olivia Chatain, Aurélie Edeline, Matthias Hejnar. Costumes Patrice Cauchetier assisté de Anne Autran. Musique originale Gabriel Durif d'après des extraits du Grand Divertissement royal de Versailles (Molière-Lully). Lumière et vidéo Benjamin Nesme. Son Benjamin Furbacco. Maquillage Suzanne Pisteur. Régie générale Xavier Libois. Réalisation costumes Atelier Caraco. Construction décor et accessoires Les ateliers du Préau avec Cyrille Florchinger et Clémentine Pignal. Remerciements Ateliers de La Comédie de Caen CDN de Normandie.

Production : Studio Libre, Compagnie A L'Envi. La compagnie A L'Envi est conventionnée par le Ministère de la culture. Spectacle créé au Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire. Production de création : Studio Libre, Le Préau Centre Dramatique National de Normandie – Vire, Théâtre Dijon Bourgogne – CDN avec la participation du Jeune Théâtre National.

© photo : Tristan Jeanne-Valès, A L'Envi

Site de la compagnie

1668 : Molière prend part au Grand Divertissement de Versailles, ballets, cascades, feux d'artifices, banquets... Il a repris et augmenté La Jalousie du Barbouillé, farce de sa jeunesse pour fabriquer son George Dandin; il a concocté avec Lully une Pastorale qu'ils entremêlent à la comédie. La Pastorale finit bien, la farce finit mal. Les Versaillais s'esclaffent sur le dos du parvenu puni. Mais la pièce est réversible. La société française est là, dans toutes ses tensions ; elle n'a guère changé, quoiqu'on dise… Et c'est ce qui fait qu'on la joue encore.

1958 : Roger Planchon, mettant en scène George Dandin, avait fait faire un pas de géant à l'histoire du théâtre français.  Au fil des années, j'ai vu d'autres Dandin, reprenant toujours, plus moins, la tracée profonde de Planchon. Je ne pensais pas travailler la pièce ; pour moi, Planchon avait tout dit. Je l'ai relue au moment où Pauline Sales et Vincent Garanger nous ont proposé de travailler avec eux. Alors, j'ai lu autre chose… la pièce bien sûr, toute la pièce, rien que la pièce, mais faisant naître une analyse et une imagerie inédites.

2018 : nous jouons George Dandin, pour Le Préau à Vire et pour un peu partout en France

Jean-Pierre Vincent. Mars 2017.

Imaginons un paysan débrouillard, et mieux que cela, car le génie des affaires peut se nicher partout et la fortune commencer avec rien. Il a gratté et gratté, dans les céréales, ou le beurre, ou la bidoche – veaux, vaches, cochons, poulets. Il a entourloupé beaucoup de naïfs. Il a gagné beaucoup d'argent. Il a racheté des terres et agrandi ses domaines, gagné toujours plus d'argent. Il a fait le voyage de Paris et poussé jusqu'à Versailles où il a tout visité. Revenu ébloui, il se fait construire un Versailles modèle réduit, en pleine campagne, une petite Cour d'Honneur, histoire d'épater les nobliaux du coin qui l'ont toujours mis de côté.

Il s'est aussi payé les vêtements à la mode et se promène en marquis dernier cri : sa perruque est blonde, mais sa moustache est restée noire, il ne se rase qu'une fois par semaine, et sous ses parures, il a gardé son vieux tricot de corps, sa mascotte.
Bien sûr, il a fallu aussi s'acheter une femme et un nom. Les nobliaux les plus proches, famille appauvrie depuis longtemps, portant haut mais sentant la poussière et l'eau bénite, avaient une fille, jolie et bien élevée, comme au couvent. Ils possédaient assez de terres pour négocier un viager confortable contre un mariage humiliant : ainsi se tenaient-ils par la barbichette, pour la vie…

Le gars Dandin est devenu Monsieur De la Dandinière, noblesse illusoire, mais perçue comme un danger à l'époque par les soi-disant propriétaires de la France. Déjà.
Le couple Dandin s'est installé dans la nouvelle maison avant même la fin des travaux : on est encore dans les enduits ; il reste un petit tas de fumier dans un coin ; le puits central a été comblé, seulement recouvert d'un petit plancher de bois.
La vie du couple n'est pas joyeuse. La jeune femme ne supporte pas les manières brusques du mari qui l'a achetée. Et ce, d'autant plus qu'il a pris de mauvaises habitudes côté boisson : il est brutal et sent le cabaret. En tout cas, le mariage récent n'a pas encore été consommé… Comme elle le prend de haut – noblesse oblige – il devient violent. La nuit, on entend des cris au loin. C'est pourquoi tous les jours, les beaux-parents, par hasard, passent aux nouvelles.

C'est là que commence notre histoire en forme de théâtre : la descente aux Enfers de celui qui s'était cru parvenu (sic) au Ciel. Ne la racontons pas ici dans le détail : elle est assez simple et droite, en apparence du moins. Trois actes, trois tentatives pour rester le maître à bord, trois échecs, trois humiliations : le réel qu'on voulait fuir revient au galop. Le pire étant que le bonhomme sait pratiquement tout dès le départ, il le dit et le répète : inépuisable lutteur d'un combat perdu d'avance.

«Vous l'avez voulu, vous l'avez voulu, George Dandin, vous l'avez VOULU ».

Il sera «confondu», c'est-à-dire «convaincu d'une erreur (ou d'une faute)». Il y a bien dans chaque acte une forme de procès, que lui-même cherche à intenter, et qui se retourne contre lui, avec châtiment à la clé. L'aristocratie, même morte, est épargnée. «L'impunité n'y est point punie», écrivait Ramon Fernandez. Mais «confondu» signifie aussi «troublé, agité, éperdu». Comme dans d'autres scénarios de Molière, il y a un «devenir fou» du personnage central : c'est la tragicomédie de George Dandin De la Dandinière. Mais qui sait ? Attendons la fin, la vraie fin, tragi-comique…

Jean-Pierre Vincent. Mars 2017.

Allons jusqu'au bout. On a vu beaucoup de mises en scène généreuses s'apitoyer finalement sur le triste sort du «pauvre Dandin». Oui, les nobles sont infects, oui Angélique a des raisons de se venger, mais elle le fait sans aucune pitié. Mais Dandin n'est pas un ange. La lutte des classes (et des sexes) lui casse les reins, mais il en a cassé bien d'autres. Jusqu'au bout avec la farce donc, jusqu'au bout de la cruauté noire. Dandin, s'il est un parvenu ridicule, doit l'être jusqu'à la fin.

À partir d'une situation bien réelle, Dandin entre pas à pas dans un monde de folie. Mais c'est la comédie entière qui est un méchant rêve. Le texte est simple et direct, mais il appelle, ou déclenche, ou permet, très vite, une foule d'images et de visions. C'est ainsi que se développera notre récit, non dans un réalisme rural, mais dans une fantasmagorie onirique.

Vidons d'abord presque entièrement le décor. Assurons la limpidité graphique des rapports de force. Tout est simple, c'est une farce; tout se complique : c'est une comédie; le réel se transforme, c'est une mise en scène. Notre enjeu est de créer un autre réalisme que celui hérité de Planchon. Pas de ferme en bois, ni d'échafaudages, ni de maison bourgeoise XVIIème siècle forcément trop petite. Seulement des restes, des allusions. Le décor minimaliste comme un écran blanc va en produire plusieurs autres : rêve de Versailles, église du voisinage, ciel de nuit orageuse, etc.

À Versailles en 1668, la pièce était mêlée de musique, ce qui explique en partie sa brièveté. Dès sa reprise à Paris, plus de musique, ce qui explique son autonomie – qui s'est affirmée ainsi au long des siècles. Mais à la relecture, cette présence de Lully, et donc du luxe Versaillais, mais aussi cette présence des bergers amoureux, m'ont semblé un fantôme très présent. Nous allons travailler à un retour subreptice de Lully dans notre jeu ; et Molière nous a laissé un berger : le silencieux Colin serait-il musicien à ses heures ?

Dans un décor sans âge, les costumes seront absolument d'époque – toujours cet écart voulu et productif chez nous entre Jean-Paul Chambas le peintre et Patrice Cauchetier le costumier. Dandin ne sera pas un paysan demi-riche, vite rappelé à l'ordre, mais un fou de parvenu abattu en plein vol. Plus dure sera la chute. Présenter une telle pièce, c'est aussi organiser pour le public un voyage dans le temps, dans l'imaginaire, dans un charme de l'ailleurs. L'actualité des situations, la violence des humiliations n'y perdra rien, bien au contraire.

Mine de rien, et malgré sa forme presque schématique, cette œuvre de Molière montre un tableau complet, du haut au bas de l'échelle, de la société française et de ses tensions, qu'il a pu observer de près au cours de ses tournées de jeunesse. Comme nous le savons trop bien, beaucoup des choses ont à peine changé dans notre paysage traditionnel… La France reste un vieux pays où nous pataugeons. George Dandin nous saute aux yeux, nous renvoie l'image de nos comptes pas réglés. On va mettre une nouvelle fois le doigt dessus, mais aussi comme si c'était la première fois. Souriez, vous êtes filmés…

Jean-Pierre Vincent. Mars 2017.

Bravo à Vincent Garanger (Dandin), Olivia Chatain (Angélique), Alain Rimoux et Elizabeth Mazev (les Sotenville). Ils provoquent cette « mâle gaiété » évoquée par Musset à propos de Molière : « Si triste et profonde / Que, lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer. » l'Obs

Dans les oniriques décors de Jean-Paul Chambas -une vache coupée en deux, des ciels superbes, des suggestions d'espaces qui ouvrent l'imaginaire du spectateur – Jean-Pierre Vincent a monté de cri de désespoir avec un humour acide. Vincent Garanger est le paysan parvenu de Molière, pas franchement sympathique, gauche et madré. Il est superbe, comme ses partenaires (Elizabeth Mazev, Alain Rimoux). Ni bon ni méchant. Juste vrai dans un monde d'apparences, de mensonges et d'illusions, déjà. La première société de spectacles…Télérama

En s'ancrant sur une ligne de force consistant à exacerber le comportement de tous pour se moquer d'une société à bout de souffle, Jean-Pierre Vincent nous renvoie à nous-mêmes, en s'amusant de l'image d'un grouillant panier de crabes. On rit jaune au final de se rendre compte que sur cette scène, comme dans la vie, chacun n'est plus motivé que par le désir de devoir sauver sa peau ? Les Inrockuptibles

Q UI A CRÉÉ, lors du Grand Divertissement royal de Versailles, donné par Louis XIV le 18 juillet 1668, une pièce sur la lutte des classes et la condition féminine, sous le couvert d'une histoire incongrue de riche paysan anobli par son mariage avec une jeune aristocrate ? Une comédie si féroce, si poilante, si pessimiste, si actuelle que le toujours aussi furibard Jean-Pierre Vincent n'a pu résister à la mettre en scène pour nous parler d'aujourd'hui ? Molière, le Karl Marx de Versailles, bien sûr ! (...) Nul besoin d'en faire des tonnes sur scène pour relever le comique de sa situation etsa cruauté. Une lecture fine etprécise suffit. Résultat : depuis sa création, en février, authéâtre du Préau-CDN deNormandie, à Vire, le spectacle triomphe à travers laFrance. Le Canard Enchainé

« C'est une pièce extraordinaire et d'une grande violence», souligne le metteur en scène Jean-Pierre Vincent qui, a près de 60 ans de théâtre, dont une partie comme administrateur de la Comédie Française , « et c'est une plongée dans la société française , une France du passé qui ressemble étrangement par moments à une France d' aujourd'hui. » La pièce vient d'être créée à Vire au Préau, Centre dramatique national de Normandie et Vincent Garanger interprète le rôle-titre. Il y a bien longtemps, Roger Planchon lui avait prédit qu'il jouerait un jour George Dandin. Ce dernier est un personnage complexe : on serait tenté de le plaindre dans son statut de cocu frustré et humilié. En même temps, son attitude de parvenu roué et sûr de son bon droit dans ce mariage arrangé n'attire guère la sympathie. Du coup, il est impossible de prendre parti dans ce tableau pour le moins féroce de la lutte des classes en haut de l'échelle sociale. Le Progrès