SOIRÉE ROHMER

  • THÉÂTRE & CINÉMA
  • SAMEDI 20 MAI
  • 18H
  • GRANDE SALLE
  • TARIF A
  • RÉSERVER

Pour conclure cette semaine de voyage entre théâtre et cinéma, DSN vous propose une immersion dans l’oeuvre d’Éric Rohmer. (Re)plongez dans son chef d’œuvre Le Genou de Claire avant de découvrir l’adaptation à la scène de deux de ses films majeurs, Les Nuits de la pleine lune et Le Rayon vert, par le metteur en scène Thomas Quillardet.
Restauration possible entre la séance de cinéma et le spectacle.

Le Genou de Claire

  • 18H
  • DURÉE : 1H50

FILM FRANÇAIS D’ÉRIC ROHMER
AVEC JEAN-CLAUDE BRIALY, AURORA CORNU, FABRICE LUCHINI

Élégance des personnages, beauté des décors naturels, dialogues écrits à la virgule près, Le Genou de Claire est un condensé du style Rohmer couronné par le prix Louis-Delluc.

Ce huis clos à l'air libre se donne l'apparence d'une toute petite histoire où il ne se passe « rien ». Et pourtant, ces « fragments d'un discours amoureux » composent une extraordinaire étude du désir, de la jouissance verbale, quasi littéraire, qui accompagne toute inclination. Un bijou. Télérama
On retrouve dans Le genou de Claire tout ce qui caractérise le cinéma d’Eric Rohmer : l’élégance des personnages, la beauté d’un décor naturel et des dialogues proches de l’écrit. AvoirAlire.com
L’une des plus grandes réussites du film réside dans le personnage de la jeune adolescente, Laura. Toute la partie du récit qui se concentre sur la relation qu’elle tisse avec Jérôme est une pure merveille de fraîcheur, de naturel et de grâce. Critikat

Où les cœurs s'éprennent

  • 21H
  • DURÉE : 2H

D’APRÈS LES NUITS DE LA PLEINE LUNE ET LE RAYON VERT D’ÉRIC ROHMER MISE EN SCÈNE THOMAS QUILLARDET

COMPAGNIE 8 AVRIL
AVEC LE SOUTIEN DE L’ONDA - OFFICE NATIONAL DE DIFFUSION ARTISTIQUE

 

L’amour, la solitude, la vie de couple, la place de chacun dans l’univers, autant de thèmes chers à Éric Rohmer que Thomas Quillardet a souhaité adapter au théâtre en confrontant deux films très différents. Les Nuits de la pleine lune, scénario très écrit, et Le Rayon vert, qui laisse une large place à l’improvisation, ont marqué une rupture dans le parcours du cinéaste. Les sept comédiens interprètent toute la galerie de portraits de ces deux œuvres, prenant en charge deux phrasés différents, passant d’un univers très intimiste à un autre plus collectif. À travers ces adaptations, Thomas Quillardet dresse le portrait d’âmes sensibles, met en scène nos solitudes, tente à son tour de cerner les contours de l’âme humaine et rend un merveilleux hommage à cette figure majeure de la Nouvelle Vague.

DISTRIBUTION

Mise en scène Thomas Quillardet • Adaptation Marie Rémond et Thomas Quillardet • Avec Benoît Carré, Florent Cheippe, Guillaume Laloux, Malvina Plégat, Marie Rémond, Anne-Laure Tondu, Jean Baptiste Tur • Lumière Nadja Naira. Scénographie James Brandily. Costumes Frédéric Gigout. Régie générale Camille Jamin. Administration le petit bureau/ Claire Guièze.


Production 8 avril. Coproduction Le Théâtre de Saint-Nazaire-scène nationale. Soutiens le Ministère de la Culture - DRAC Ile-de-France, l’ARCADI, Le Petit bureau et le Fonds d’Insertion professionnelle de l’Académie - ESPTL, DRAC et Région ALPC

© photo : DR

Site de la compagnie

 

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Les films d’Eric Rohmer me touchent parce qu’ils sont simples. Ils me touchent aussi parce qu’à la manière d’un épistémologue ils posent sur l’écran nos sentiments, nos sensations. Eric Rohmer n’est pas un bavard mondain qui fait des phrases trop longues, comme on l’entend souvent. C’est un scientifique têtu, qui n’a eu de cesse de punaiser sur l’écran tout ce qui compose un être sensible. Avec lui, l’être humain est décortiqué, la sensation cryogénisée.

Sans morale, sans jugements, les films de Rohmer nous donnent à voir des personnages entiers, à la quête d’un idéal. Des têtus comme lui. Ces personnages, je souhaite les réinventer au théâtre. Reprendre le flambeau, et tenter de cerner, comme il l’a fait, les contours de l’âme humaine. Assiéger le sentiment. Pour mieux l’appréhender. Créer un vade-mecum scénique de nos élans, de nos pensées.

Ses scénarios adaptés au théâtre auront une autre résonance. Ils seront une galerie de portraits, de prototypes étudiés dans le tube à essai de la cage de scène. Car sa filmographie n’est pas à ranger dans la poésie surannée ou la pause affectée. Non, elle mériterait une salle dans la grande galerie de l’évolution du Jardin des Plantes. Tout l’humain y est : son corps qui aime, son corps qui attend, son corps inquiet, son corps joyeux. Ce sont ces corps-là que prendra en charge notre plateau.

Comme une phrase proustienne, ces films accompagnent et donnent à voir le mouvement de balancier qui régit nos vies. Ce balancier, il oscille sans cesse, entre l’enthousiasme et la déception. Cette perpétuelle contradiction humaine, très fertile car elle appelle à l’action. C’est ce qu’Eric Rohmer nous donne à voir dans ses films. Et c’est que je voudrais porter aujourd’hui sur les plateaux de théâtre.

Thomas Quillardet

Lors de notre première résidence de recherche (en octobre dernier à la Piscine à Antony), nous ne savions pas très bien sur quels films de Rohmer travailler en premier. La résidence avait pour but d’explorer toute sa filmographie et nous savions que c’était l’ensemble des Comédies et Proverbes qui nous attirait. Mais il fallait faire un choix pour commencer. Nous hésitions. Après quelques lectures, deux scénarios sont ressortis très clairement pour nous tous : Les Nuits de la Pleine Lune et le Rayon Vert. Ce qui nous a plu, c’est un mélange délicat entre amertume et humour, grands idéaux et banalité, solitude et collectif. Les deux figures féminines y sont particulièrement attachantes. Nous y avons tous vu très clairement un matériau passionnant pour l’acteur. Après plusieurs résidences, nous n’arrivions plus à nous détacher de ces deux textes, et surtout nous ne pouvions plus les séparer. Ils forment maintenant, pour nous, une paire inséparable. C’est pour cela que nous envisageons de les mettre en scène sous forme de diptyque, au cours d’une même soirée.

Il se trouve, par ailleurs, que les deux films sont reliés par plusieurs attaches secrètes. D’abord ils se suivent chronologiquement puisque Les Nuits de la Pleine Lune date de 1984 et le Rayon Vert de 1986. Ensuite, le second a été créé en contre point du premier. Eric Rohmer a voulu réinventer une méthode de travail pour le Rayon Vert. A l’inverse des Nuits de la Pleine Lune, très écrit, très préparé, il a voulu construire son scénario à partir d’improvisations. C’est une rupture très importante dans sa filmographie. Les structures des deux films se répondent. L’une est l’inverse de l’autre, tout en creusant les mêmes motifs : l’être, le devenir femme, la solitude. Delphine et Louise, cherchent de nouvelles modalités pour « être » avec « l’autre ». L’une cherche à réinventer l’indépendance au sein du couple, l’autre ne lâchera jamais son idéal de couple, et refuse la médiocrité des échanges.

- Deux écritures
Mettre en scène les deux scénarios au cours d’une même soirée, c’est mettre en scène deux pièces différentes. L’une basée sur des dialogues très écrits, souvent en huis clos, binaire. L’autre au contraire, faite de scènes très courtes, où il y a souvent plus de quatre personnages. Dans le premier, les personnages sont souvent confinés, dans l’autre ils passent leur temps dehors. C’est cela qui nous plait dans la confrontation des deux scénarios. Les acteurs prennent en charge deux phrasés différents, et passe d’un univers très intimiste à un autre plus collectif où la parole circule beaucoup plus. Cette confrontation nous paraît être à la source de toute l’équation scénique qui structurera notre travail de scénographie et de direction d’acteur.

- Deux adaptations
Nous aurons un traitement très différent des deux textes.

Notre adaptation des Nuits de la Pleine Lune sera très fidèle. Il faudra se mettre dans ses pas car la structure est déjà revendiquée chez Rohmer comme théâtrale. Nous allons cependant créer quelques respirations dramaturgiques, rappeler que nous sommes au théâtre. Nous voulons nous surprendre, et légèrement dévier de la trajectoire du scénario. Retrouver au plateau, une malice et une distance propre à la manière de filmer de Rohmer. Nous trufferons donc le réel de fantaisies qui donneront plus de liberté et de corps aux personnages. Et plus de place à l’imaginaire.

Pour le Rayon vert, le travail est tout autre. Nous devons retisser un texte fait d’ellipses, de nombreux voyages. L’adaptation du Rayon Vert confronte le temps cinématographique et le temps théâtral. Il faut inventer d’autres scènes, écrire d’autres situations qui viendront étoffer la trame. Nous voulons écrire « à la manière de », partir de nos vraies vies, pour les remettre dans la fiction de Delphine. Pour cela, Marie Rémond et Thomas Quillardet écriront des scènes en amont des répétitions. Il s’agit bien là d’un travail de réécriture, d’insérer quelques nouvelles scènes dans un scénario déjà très précis.

- Deux héroïnes
L’impression forte qui se dégage de cet agencement de scénarios est que les deux héroïnes se répondent. Delphine est la suite de Louise, Louise annonce Delphine, Delphine reprend le flambeau de Louise. Comme toujours, chez Rohmer, l’une est une variation de l’autre. L’une semble échouer pour renaître. Les deux films nous montrent deux figures féminines fortes et sensibles, cramponnées à leur idéal. Des révolutionnaires de l’âme, trop tendres pour savoir résister aux assauts du réel.

- Le cosmos
Le dernier élément qui nous attire chez Rohmer, c’est ce lien constant qu’il fait avec notre place dans l’univers. Nous ne sommes pas dans un petit entre-soi parisien. Tous les personnages agissent en lien avec le cosmos. C’est ce qui les relie à l’humanité toute entière. Dans les deux films, il est question d’astrologie, de planète, de lune, de soleil. Rohmer met en scène l’humain mais il interroge plus largement sa place dans l’univers. Tout ce que nous faisons est-il le fruit du hasard ou celui de la nécessité ? Suis je guidé par mon instinct ? Par le hasard ? Pourquoi sommes-nous ? Pourquoi agissons-nous ? Il ne répond, bien sûr, jamais à ces questions. Il nous laisse juste, pour parfaire nos doutes, cette maxime dans un de ses cahiers critiques : « Tout est fortuit, sauf le hasard ».

Jeune professeur de lettres à Vierzon, Jean-Marie Maurice Schérer publie en 1946 un roman, Elisabeth, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier. Directeur en 1950 de La Gazette du cinéma et animateur au Ciné-Club du Quartier Latin, il fait alors la connaissance de Godard, Rivette, Truffaut, ou encore Chabrol - avec lequel il signe en 1955 un livre sur Alfred Hitchcock. Ce groupe de futurs réalisateurs intègre rapidement les Cahiers du cinéma, dont Rohmer sera rédacteur en chef de 1957 à 1963. Aîné de la bande, il est le premier à passer à la mise en scène, en 1950, avec le court-métrage Journal d'un scélérat.

Mais c'est seulement en 1959 qu'il réalise son premier long Le Signe du lion, sorti sans succès trois ans plus tard. En 1962, il crée avec Barbet Schroeder, la société Les Films du Losange, qui produira la majorité de ses films. La même année, il entame un cycle baptisé Contes moraux. On trouve dans ces intrigues sentimentales les thèmes chers au cinéaste (la tentation de l'infidélité, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre légèreté et sophistication, dialogues littéraires et mise en scène épurée. Ma nuit chez Maud (1969), et Le Genou de Claire (1970, Prix Louis Delluc) sont particulièrement remarqués. "Auteur" français par excellence, il écrit seul les scénarios de ses films, même s'il s'essaie parfois à l'adaptation littéraire (La Marquise d'O en 1976, ou Perceval le Gallois en 1978).

Aux Contes moraux succède une autre collection, les Comédies et proverbes, qui couvre les années 80. On peut citer parmi les œuvres de cette série Pauline à la plage (1982) ou Le Rayon vert (1986), film en grande partie improvisé qui obtient le Lion d'Or à Venise (Rohmer recevra cette même distinction pour l'ensemble de sa carrière en 2001). La décennie suivante est marquée par les Contes des quatre saisons, dans lesquels le cinéaste poursuit son exploration des jeux de l'amour et du hasard. Parallèlement, il s'offre régulièrement des intermèdes, en tournant des "hors-séries", tels 4 Aventures de Reinette et Mirabelle ou L'Arbre, le maire et la médiathèque, deux fables qui prouvent que Rohmer est autant rat des champs que rat des villes.

En construisant une œuvre cohérente et exigeante, Rohmer s'est vite attiré les faveurs de la critique internationale, et s'est constitué au fil des années un public fidèle et fervent. S'il choisit souvent des jeunes comédiens inconnus, il lui arrive de faire appel à des acteurs confirmés, comme Jean-Louis Trintignant (Ma nuit chez Maud), André Dussollier (Le Beau Mariage) , ou Melvil Poupaud (Conte d'été). Et c'est dans ses films que furent révélés Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, acteurs fétiches du cinéaste devenus des valeurs sûres du cinéma français. Discret, voire secret, cet homme érudit a écrit un essai musicologique sur Mozart et Beethoven, et mis en scène des pièces de théâtre. A plus de 80 ans, il continue son parcours singulier en signant coup sur coup trois films d'époque :L'Anglaise et le Duc (2001), qui se déroule pendant la Révolution Française, le film d'espionnage Triple agent (2004), et Les Amours d'Astrée et de Céladon, adaptation du roman pastoral d'Honoré d'Urfé.

Eric Rohmer meurt le 11 janvier 2010 à Paris.