version de Charles Perrault
version des frères Grimm
version Nivernaise
version Touraine
version du Velay
version de Roald Dahl
version Chinoise
version anonyme en argot
chanson de Lisette Jambel
chanson de Vincent Malone
bibliographie


Le Petit Chaperon Rouge
de Charles Perrault

Grand commis protégé par Colbert, Charles  Perrault (1628-1703) publie des œuvre parodiques et galantes avant de  prendre parti pour les Modernes contre les Anciens, à l'Académie  française dont il était membre (1671). Publiés en 1697, ses Histoires  ou Contes du temps passé (appelés aussi Contes  de ma mère l'Oye) assurèrent sa célébrité et inaugurèrent le  genre littéraire des contes de fées. Le Petit Chaperon rouge,  sans doute son conte le plus célèbre, présente un dénouement rare pour  le genre : la mort de l’héroïne.

Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût  su voir : sa mère en était folle, et sa grand-mère plus folle  encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge qui lui  seyait si bien, que partout on l'appelait le petit Chaperon rouge.
 Un jour, sa mère ayant fait des galettes, lui dit : "Va voir  comment se porte ta mère-grand : car on m'a dit qu'elle était  malade; porte-lui une galette et ce petit pot de beurre." Le petit  Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui  demeurait dans un autre village.
 En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup qui eut bientôt envie de la manger ; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons  qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait. La pauvre  enfant, qui ne savait pas qu'il était dangereux de s'arrêter à écouter  le loup, lui dit : "Je vais voir ma mère-grand, et lui porter  une galette, avec un pot de beurre que ma mère lui envoie."
 "Demeure-t-elle bien loin?" lui dit le loup.
 "Oh ! Oui", lui dit le petit Chaperon rouge ;  "c'est par-delà le petit moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas  à la première maison du village."
 "Eh bien !" dit le Loup, "je veux l'aller voir  aussi : je m'y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et  nous verrons à qui plus tôt y sera."
 Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le  plus court ; et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long,  s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons et à  faire des bouquets de petites fleurs qu'elle rencontrait.
 Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la  mère-grand ; il heurte : toc, toc.
 "Qui est là ?"
 "C'est votre fille, le petit Chaperon rouge", dit le Loup en  contrefaisant sa voix, "qui vous apporte une galette et un petit pot  de beurre que ma mère vous envoie."
 La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu'elle se  trouvait un peu mal, lui cria : "Tire la chevillette, la  bobinette cherra."
 Le Loup tira la chevillette, et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme et la dévora en moins de rien, car il y avait plus de trois jours  qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma la porte et s'alla coucher dans le  lit de la mère-grand, en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque  temps après, vient heurter à la porte : toc, toc.
 "Qui est là ?"
 Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d'abord, mais croyant que sa mère-grand était enrhumée,  répondit : "C'est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui  vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma mère vous  envoie."
 Le Loup lui cria, en adoucissant un peu sa voix : "Tire la  chevillette, la bobinette cherra."
 Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit. Le  Loup, la voyant entrer, lui dit, en se cachant dans le lit sous la  couverture : "Mets la galette et le petit pot de beurre sur la  huche, et viens te coucher avec moi."
 Le petit Chaperon rouge se déshabille et va se mettre dans le lit, où  elle fut bien étonnée de voir comment se mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : "Ma mère-grand, que vous avez de  grands bras !"
 "C'est pour mieux t'embrasser, ma fille."
 "Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes !"
 "C'est pour mieux courir, mon enfant !"
 "Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !"
 "C'est pour mieux Écouter, mon enfant."
 "Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux !"
 "C'est pour mieux voir, mon enfant."
 "Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !"
 "C'est pour mieux te manger." Et en disant ces mots, le méchant  Loup se jeta sur le petit Chaperon rouge et la mangea.

Moralité
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d'écouter toutes sortes de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte;
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais, hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux.

 
 
   
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