
Habitué du Festival de Cannes, ou` il n’a jamais décroché la Palme d’or (malgré le bel accueil de VOLVER en 2006, récompensé par un très judicieux prix d’interprétation féminine collectif), le cinéaste espagnol Pedro Almodovar a, semble-t-il, préféré ne pas participer à l’édition 2013 et décidé de sortir son dernier film en dehors de tout contexte festivalier. C’est peut-être parce qu’il sait que les comédies sont rarement à l’honneur dans les festivals les plus prestigieux. LES AMANTS PASSAGERS se présente en effet comme le grand retour d’Almodovar au style loufoque et volontiers outrancier qui l’a fait connaître à ses débuts (PEPI LUCI, BOM ET AUTRES FILLES DU QUARTIER, FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS). Après une série de films plutôt sombres et dominés par la problématique de l’identité (du mélodrame TOUT SUR MA MÈRE à l’anxiogène LA PIEL QUE HABITO en passant par l’autobiographique LA MAUVAISE ÉDUCATION), les spectateurs s’apprêtent donc à retrouver la face joyeuse et exubérante du réalisateur madrilène. Il s’explique : « Le film n’est pas une comédie réaliste, ni surréaliste, ni néoréaliste, c’est une comédie « irréaliste et métaphorique ». Le récit se déroule principalement dans un lieu hypnotique et labyrinthique : le ciel au-dessus de Tolède. L’avion n’arrête pas de tourner en rond : il n’est pas difficile d’y voir une métaphore de la société espagnole, dirigée par le gouvernement actuel. (…) Le style que j’avais en tête était celui de la screwball comedy des années 30, 40 (Howard Hawks, Franck Capra…). Des scènes avec plein de personnages dans de tout petits espaces (…). De l’alcool, des drogues, de grandes catharsis et des explosions sexuelles. Bref, une comédie déjantée. Mais c’est aussi une comédie morale (…) dans le sens ou` tous les personnages apprennent quelque chose sur eux-mêmes et sont moins disposés à se mentir ou à mentir aux autres. » Une sorte de Y-A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION version Movida ? Comme à son habitude, Pedro Almodovar a soigné les décors et les costumes pour en faire un véritable feu d’artifice bigarré. Il a inclus dans la bande originale du film signée Alberto Iglesias quelques chansons pop des plus réjouissantes et il a engagé une troupe de comédiens déchaînés (emmenée par Antonio De la Torre, Hugo Sylva et Miguel Angel Silvestre, trois acteurs très populaires en Espagne, qui forment un inoubliable trio de stewards). Tout cela devrait assurer un voyage haut en couleur aux passagers de la compagnie Peninsula. Embarquement immédiat à la porte de DSN et, en version originale, Buen viaje !
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